Cinéma : "Tout ce qu'il me reste de la révolution" de Judith Davis, au cinéma le 6 février

un film de Judith Davis
un film de Judith Davis ("Tout ce qu'il me reste de la révolution")
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Issue d’une famille de militants désabusée, Angèle est née « trop tard ». En colère et déterminée, elle essaye de changer le monde et fuit les rencontres amoureuses. Que lui reste-t-il de la révolution, de ses rendez-vous ratés et de ses espoirs à construire ?

Extrait d'entretien avec Judith Davis, réalisatrice de "Tout ce qu'il me rester de la révolution"*

Le film est-il né du spectacle que vous avez créé en 2008 avec votre troupe l’Avantage du doute ?

Même si la plupart des acteurs sont communs aux deux, Tout ce qu’il me reste de la révolution n’est pas une adaptation du spectacle, mais il en prolonge l’esprit. Avec la compagnie, nous aimons nous emparer de sujets au croisement de sujets personnels et de sujets de société. Tout ce qu’il nous reste de la révolution, c’est Simon… était notre premier spectacle, un geste inaugural pour une compagnie préoccupée par la notion d’engagement. Nous étions partis de la réalité de cette troupe, constituée de gens de générations et de parcours différents, et un trait s’était tiré entre l’héritage des luttes des années 60-70 et le « que faire ? » d’aujourd’hui. Le spectacle était aussi le résultat d’un méticuleux travail d’enquête pour s’échapper de l’histoire officielle et raconter une histoire plus intime. Pourtant, ayant grandi dans une famille militante, avec une vraie culture de gauche, j’étais très réticente à parler de cette époque, de 68 et de son folklore. Tout s’est libéré quand j’ai compris que je pouvais me saisir de ce ras-le-bol. À tel point qu’après le spectacle, j’ai gardé la sensation de ne pas en avoir fini avec cette histoire.

Comment réaliser un premier film dont on est par ailleurs l’actrice principale ?

Je n’arrivais pas à écrire le personnage d’Angèle tant qu’il ne s’agissait pas d’un « double de fiction ». Une fois le film écrit, j’aurais pu choisir de travailler avec une actrice pour me concentrer sur la réalisation, mais tous les acteurs qui participaient au projet, et qui pour la plupart font partie de la compagnie, m’ont dit que ce personnage était trop proche de moi pour qu’il soit interprété par quelqu’un d’autre. Il faut avouer que le jouer moi-même a permis un gain de temps énorme. J’ai beaucoup travaillé le découpage en amont avec la chef opératrice du film, et sur le tournage, Claire Dumas, qui joue le rôle de Léonor, a été mon binôme. Elle était là tous les jours et m’aidait à avoir un regard sur mon jeu. Elle fait aussi partie de la compagnie, nous nous connaissons par cœur. Sans ce collectif, le film n’aurait aucun sens et n’aurait tout simplement pas pu se faire.

Pourquoi faire de ce personnage principal une urbaniste ?

J’ai failli moi-même faire des études d’urbanisme, « pour avoir des idées pour améliorer le quotidien des gens et les appliquer concrètement dans la réalité ». Cette réflexion un peu naïve d’Angèle au début du film a été la mienne à l’adolescence. J’ai pris un autre chemin, mais cet intérêt pour la ville est resté en moi. J’ai grandi sur les boulevards des Maréchaux et je trouve que c’est un endroit intéressant, plus tout à fait Paris, pas encore la banlieue. L’histoire urbanistique de Paris, c’est l’histoire de ses luttes. Elle me passionne et je trouvais important d’inscrire mes questionnements politiques dans le concret de nos paysages. La plupart des idées qu’on entend dans le film, et notamment celle de la rue reliant la ville et la banlieue, je les ai empruntées à Éric Hazan.

un film de Judith Davis 
un film de Judith Davis  ("Tout ce qu'il me reste de la révolution")

Si la question de l’engagement et du politique sous-tend tout le film, cela reste quand même, et peut-être avant tout, une comédie qui explore notre époque avec bienveillance. Vous teniez à réaliser un film drôle ?

La pulsion de départ du film est mon interrogation sur la manière dont on vit dans le monde d’aujourd’hui et sur la possibilité de se réunir pour essayer de faire des choses ensemble. Une réflexion qui peut vite devenir un peu lyrique et déprimante ! D’autant que le constat que je dresse de mon époque n’est ni complaisant ni positif. Pour pouvoir me confronter au réel de la manière la plus franche possible, j’ai ressenti le besoin de passer un pacte avec le spectateur. En passer par la comédie, c’est aussi un geste politique. Rire de ce qui nous arrive fait du bien, nous fédère. Rire ensemble, c’est déjà le début de quelque chose. Même dans les scènes d’émotions, je cache des blagues, j’aime le mélange des genres. L’important, c’est le dosage : jusqu’où peut-on aller ? Mais ma plus grande peur en travaillant à ce film était que le spectateur sorte de la salle de cinéma accablé. La joie est une énergie vitale qui de nos jours est déjà un élan, une bribe d’espoir, et je souhaitais qu’on la ressente en découvrant le film.

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* Entretien issu du dossier de presse

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