Cinéma : « Plaire, aimer et courir vite », de Christophe Honoré, en DVD le 25 septembre

Plaire, aimer et courir vite
Plaire, aimer et courir vite (Ad Vitam)
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1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes

Extrait d'entretien avec Christophe Honoré

Comment résumer l’histoire, la matière de ce film ?

Un premier amour et un dernier amour. Un début dans la vie et une fin dans la vie, à travers une seule et même histoire d’amour, celle du jeune provincial Arthur et de l’écrivain agonisant Jacques. Le film voudrait conjuguer cette association de sentiments : l’élan et le renoncement. L’histoire d’amour racontée précipite deux choses : d’une part les débuts dans la vie d’Arthur, d’autre part la fin de la vie de Jacques. Il est possible que sans cet amour Jacques aurait vécu plus longtemps, parce qu’il est précipité dans l’idée que sa maladie, le sida, le rend inapte à cet amour, qu’il n’est plus capable de le vivre. Je crois que le vrai sujet du film est là, dans les effets contraires de l’amour. C’est un film qui assume sa part de mélodrame, mais pas tant du côté de l’amour impossible que de la vie impossible.

Cette histoire-là a-t-elle une valeur particulière pour vous ?

C’est toujours un peu dangereux de chercher des explications intimes après coup, parce qu’il y a au fond tout un faisceau complexe de raisons ou de motivations qui vous portent à écrire une histoire. Disons qu’après deux adaptations littéraires, Ovide et la Comtesse de Ségur, je souhaitais revenir à une sorte de réalisme et à une histoire à la première personne : le réalisme du récit personnel... Le désir premier était vraiment d’écrire une histoire entièrement originale.

D’autre part je voulais faire revivre les années 90. Je voulais me servir de la fiction pour faire revivre l’étudiant que j’étais à cette époque, et faire revivre cette figure de l’écrivain que j’aurais rêvé de rencontrer, ce qui ne s’est jamais produit. Je me suis mis presque naturellement à relire Hervé Guibert, Bernard-Marie Koltès, Pier Vittorio Tondelli, Jean-Luc Lagarce... Toutes sortes de récits évoquant le Sida ou lui faisant face. Je me suis senti animé par une forte et belle envie d’écrire, qui aurait aussi pu donner naissance à un roman puisque je ne me posais à cet instant aucune question de mise en scène. L’écriture, du coup, a-t-elle aussi été vive et rapide : cinq ou six semaines. Progressivement, les personnages de Jacques et Arthur ont aussi convergé : c’est un peu le même personnage à deux moments de sa vie. Dans les yeux du plus jeune, l’autre est un modèle, une aspiration. Dans les yeux de Jacques, Arthur est une évocation de sa propre jeunesse, presque un souvenir.

Le film donne le sentiment d’être aussi animé par une volonté de réparation.

Il y a sans doute de ça... et aussi une volonté de consolation. J’appartiens à une génération d’artistes et d’homosexuels pour lesquels aborder la question du sida est particulièrement délicate et compliquée. Parce qu’il fallait sans doute entendre d’abord la parole des malades avant celle de ceux qui ont été témoins sans être victimes. C’était une priorité. Et puis il y a eu un délai, un temps nécessaire avant d’oser prendre la parole... Aujourd’hui encore, je me sens inconsolé de la mort de gens que j’ai connu et de ceux que je n’ai pas connu mais que j’aurais rêvé de rencontrer, et qui continuent toujours à m’inspirer. Ils ont provoqué chez moi le désir de cinéma et de littérature, mais je n’ai jamais pu envisager sinon une transmission du moins une rencontre avec eux et, aujourd’hui, je le ressens toujours profondément comme un manque. Ce film n’est pas pour moi une manière de combler ce manque, peine perdue, mais de faire revivre ce manque de manière romanesque et de m’offrir par la fiction la possibilité d’une rencontre qui n’a pas eu lieu. Le manque de ces artistes disparus est douloureux pour moi. Pas de nouveau livre de Guibert, pas de film de Demy, pas d’article de Daney sur le cinéma d’aujourd’hui... C’est cruel. Ça me donne du chagrin. Mais c’est aussi handicapant dans mon travail de cinéaste ou d’écrivain. Tous les cinéastes, tous les artistes, ont la volonté à un moment ou l’autre de se trouver des filiations, des pères, sans prétendre hériter de qui que ce soit. Nous nous exprimons librement, certes, mais nous sommes orphelins, sans appui.

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