Wikileaks, NSA, Offshore Leaks, Panama Papers: bienvenue au pays des «leaks»

Le lanceur d\'alerte américain Edward Snowden et les logos de Wikileaks et de l\'ICIJ, organisations à l\'origine de révélations majeures depuis 2010
Le lanceur d'alerte américain Edward Snowden et les logos de Wikileaks et de l'ICIJ, organisations à l'origine de révélations majeures depuis 2010 (Géopolis)

Aujourd’hui les Panama Papers, hier les WikiLeaks… Les fuites d'envergure se sont multipliées ces dernières années. Derrière ces révélations, des lanceurs d’alerte comme Julien Assange et son organisation WikiLeaks, Chelsea Manning ou encore Edward Snowden et des journalistes, notamment ceux du Consortium international pour le journalisme d'investigation (ICIJ).


Les Panama Papers, dernier scandale d'évasion fiscale mis au jour le 3 avril 2016 par le journal allemand Süddeutsche Zeitung et le Consortium international pour le journalisme d'investigation, constitue la plus grosse fuite de documents jamais traitée depuis le Cablegate de WikiLeaks en 2010. Retour sur les «Leaks» majeurs qui ont marqué l'actualité ces six dernières années.  

Le volume des fuites Panama Papers comparé aux WikiLeaks (Cablegate), aux Offshore Leaks, LuxLeaks et SwissLeaks. Source: Süddeutsche Zeitung
Le volume des fuites Panama Papers comparé aux WikiLeaks (Cablegate), aux Offshore Leaks, LuxLeaks et SwissLeaks. Source: Süddeutsche Zeitung (Capture d'écran/Süddeutsche Zeitung)

Le «Cablegate» de WikiLeaks
Dans la soirée du samedi 28 novembre 2010, l’ONG créée par Julien Assange, commence à diffuser 251.287 câbles diplomatiques, provenant de 274 ambassades, consulats et missions diplomatiques. Les documents couvrent une période allant du 28 décembre 1966 au 28 février 2010. Cette diffusion inédite, baptisée Cablegate, est relayée par de grands médias internationaux comme The Guardian, Le Monde, El País, Der Spiegel et le New York Times.

Depuis ces révélations, les sites, l'ONG et Julien Assange ont été pris dans une spirale de problèmes techniques, de difficultés financières et d'ennuis judiciaires, notamment pour son fondateur. Les exploits de WikiLeaks ont fait des émules dans le monde entier et l'ONG continue à faire des révélations majeures. Les plus récentes concernent les négociations entre le Fonds monétaire international (FMI) et la Grèce. 

L'analyste militaire américain Bradley Manning, qui a fait sa transition et s'est rebaptisé Chelsea, est accusé par la justice américaine d'être à l'origine des fuites qui ont permis les révélations de WikiLeaks, notamment du «Cablegate». Elle aurait téléchargé des serveurs de l'armée plus de 700.000 documents classés et les auraient transmis à WikiLeaks. Chelsea Manning a été condamnée à trente-cinq ans de prison en 2013 par un tribunal militaire pour «violation de la loi sur l'espionnage». 

Edward Snowden et le système de surveillance mondial de la NSA
L'informaticien américain Edward Snowden, employé de l'entreprise Booz Allen Hamilton et consultant de l’Agence nationale de sécurité (NSA), révèle en 2013 le vaste programme de surveillance des communications éléctroniques mis en place par l'agence américaine de renseignement grâce au système PRISM.

Il rentre en contact avec la documentariste Laura Poitras, qui a réalisé Citizenfour (oscar du meilleur film documentaire en 2015), et se confie au journaliste Glenn Greenwald, alors au Guardian, à qui il transmet entre «15 et 20.000 documents». Le jeune homme, âgé de 29 ans à l'époque, révèlera son identité en juin 2013.

Edward Snowden souligne que le programme de la NSA ne vise pas que les terroristes mais permet aux Etats-Unis de faire de l'espionnage économique et industriel. Si la NSA ne peut pas écouter tous les Américains, elle ne se gêne pas pour placer le monde entier sur écoute, y compris les chefs d'Etat des puissances alliées aux Etats-Unis. Persécuté par les Etats-Unis, le lanceur d'alerte a trouvé asile en Russie. 

Evasion fiscale 
> Panama Papers (3 avril 2016)
Pendant un an, environ 400 journalistes appartenant à plus d'un centaine de médias du monde entier, répartis dans quelque 80 pays, ont participé à l'exploitation d'environ 11,5 millions de documents confidentiels (mails, photos, documents PDF et autres qui couvrent une période allant des années 1970 au printemps 2016) de la société panaméenne Mossack Fonseca, dirigée par le Suisse Jurgen Mossack et son associé panaméen Ramon Fonseca. Ils ont été fournis par une source anonyme qui a contacté le journal allemand Süddeutsche Zeitung (SZ)

Les Panama Papers, souligne le quotidien, «montrent comment une industrie mondialisée, menée par des banques, des firmes juridiques et des sociétés de gestion de patrimoine, gère secrètement la fortune des plus riches et des plus célèbres: des politiciens, en passant par des dirigeants de la Fifa, des ecrocs et des trafiquants de drogue, à des célébrités et à des athlètes professionnels)».





> SwissLeaks (8 février 2015)
Les SwissLeaks illustrent la façon dont la filiale suisse de la banque HSBC a continué à fournir des services financiers à des clients liés au trafic d'armes, des diamants du sang et à des affaires de corruption et reconnus comme tels, notamment par les Nations unies et des tribunaux disséminés à travers le monde. Par ailleurs, l'établissement bancaire les a continuellement rassurés sur le fait qu'ils bénéficieraient du secret bancaire. 

A l'origine de ces documents, Hervé Falciani. Ingénieur informaticien à la HSBC, il a été arrêté en 2008 par la police suisse qui le suspecte d'avoir dérobé des données à la HSBC Private Bank (Suisse) en vue de les vendre à des banques au Liban. Il prendra la fuite avec sa famille et trouve refuge dans un premier temps en France. Les documents, qui sont en possession du fugitif, seront finalement transmis aux autorités françaises. Ces dernières les partageront avec d'autres pays, comme les Etats-Unis. Les données parviennent à l'ICIJ grâce au Monde. Une équipe de journalistes, originaires de 45 pays, a planché sur les données transmises. 
 
> Luxembourg Leaks ou LuxLeaks (5 novembre 2014)
Le journaliste français Edouard Perrin, alors à France 2 et aujourd'hui au sein de la rédaction de Cash Investigation (émission diffusée sur France 2 dont la rédaction a eu aussi accès aux Panama Papers), est le premier à travailler sur les Luxembourg Leaks. Son enquête démarre en 2012 et il est ensuite rejoint par ses collègues de l'ICIJ qui étaient également en possession d'une série de documents. 



L'enquête finale, qui sera publiée le 5 novembre 2014, expose les accords fiscaux secrets que le Luxembourg a passé avec plusieurs multinationales. Pour beaucoup d'entreprises, contre une présence anecdotique, le duché est devenu un paradis qui leur permet de payer moins de taxes. Pepsi, Ikea, Fedex et 340 autres firmes ont eu recours à ce type d'arrangement. Le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) a ainsi aidé les multinationales à obtenir au moins 548 décisions fiscales entre 2002 et 2010 dans ce pays. Certaines sociétés auraient bénéficié de taux d'imposition inférieurs à 1% sur les profits qui ont transité par le Luxembourg. 

A la suite des LuxLeaks, un ancien auditeur de la filiale luxembourgeoise de PwC, Antoine Deltour, et un autre employé de l'entreprise ont été accusés par la justice luxembourgeoise de «vol domestique, d’accès ou de maintien frauduleux dans un système informatique, de divulgation de secrets d’affaires, de violation de secret professionnel et de blanchiment-détention des documents soustraits», indique le journal luxembourgeois Le Quotidien. De même que le journaliste Edouard Perrin. Il est considéré, lui, comme «coauteur ou complice des infractions de divulgation de secrets d’affaires et de violation de secret professionnel et, comme auteur, de l’infraction de blanchiment-détention des seuls documents soustraits par le second collaborateur». Leur procès est prévu pour le 26 avril 2016. 



> OffshoreLeaks
Le dossier OffshoreLeaks, diffusé le 3 avril 2013, s'appuie sur un ensemble de 2,5 millions de documents sur plus de 120.000 sociétés et trusts offshore utilisés par des politiciens, des escrocs et des grandes fortunes. Ils ont été disséqués par 112 journalistes répartis dans 58 pays sous la houlette de l'ICIJ. Les informations édifiantes sur l'univers de l'offshore, tirées de ces documents, seront publiées par plus d'une quarantaine de médias dans le monde entier. Parmi eux, The Guardian (Grande-Bretagne), Le Monde (France), le Süddeutsche Zeitung et le Norddeutscher Rundfunk (Allemagne), The Washington Post (Etats-Unis) et le Canadian Broadcasting Corporation (CBC, Canada). 

Les documents collectés donneront lieu à une base de données. Cette dernière rassemble plus de 100.000 firmes, trusts et fonds offshore, situés notamment dans les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans, les îles Cook et Singapour, et les réseaux associés. 
Vous êtes à nouveau en ligne