Violences au Venezuela : les miss se mobilisent

Miss Venezuela 2012, Maria Gabriela Isler, entourée de ses dauphines, lors de son élection, à Caracas (Venezuela). 
Miss Venezuela 2012, Maria Gabriela Isler, entourée de ses dauphines, lors de son élection, à Caracas (Venezuela).  (ARIANA CUBILLOS / AP / SIPA )

Alors que la contestation de la rue se durcit, la mobilisation se joue aussi sur les réseaux sociaux où les reines de beauté, très populaires dans le pays, lancent un appel au calme. 

Les miss au chevet du Venezuela. Sur internet, les reines de beauté se mobilisent pour dénoncer les violences qui ont entaché les manifestations anti-gouvernementales, ainsi que la mort de deux d'entre elles. Dans un geste d’apaisement, le chef de l'Etat, Nicolas Maduro, a annoncé la tenue d’une "conférence nationale de paix" mercredi 26 février. 

Pour appeler au calme, les miss ont choisi de se mobiliser sur les réseaux sociaux à travers une vidéo et des selfies publiés sur leurs comptes Twitter, autour du hashtag #Misses4Peace, comme ici Miss univers 2013, Gabriela Isler.

La mobilisation s'internationalise avec de nombreuses miss étrangères qui témoignent de leur soutien.

Car le président Nicolas Maduro est confronté depuis début février à la plus importante contestation depuis son élection, en avril 2013. Les étudiants, soutenus par l'opposition, ont initié les manifestations, qui ont à plusieurs reprises basculé dans la violence. Déjà 14 morts, dont au moins huit par balles, et 140 blessés.

Deux miss assassinées depuis le début de l'année

"Nous exigeons la paix au Venezuela qui pleure aujourd'hui la mort violente de deux de nos reines ainsi que de milliers de jeunes qui sont sortis dans la rue pour ne jamais rentrer, victimes de l'insécurité ou d'attaques pour avoir manifesté pacifiquement", expliquent les miss, qui se défendent de mener "une action politique", raconte La Nacion (en espagnol).  

Car le mouvement de protestation s'est d'abord focalisé sur la dénonciation des violences qui gangrènent le pays, symbolisées notamment par l'assassinat d'une miss qui a suscité une vague d'indignation sans précédent. Début janvier, Monica Spear Mootz, 29 ans, Miss Venezuela 2004, et son compagnon sont retrouvés assassinés au bord d'une route, probablement tués à cause d'un vol qui aurait mal tourné. 

"C'est un déclencheur, car s'en prendre aux miss, c'est s'en prendre au cœur même de la société vénézuélienne. Plus personne ne peut être en sécurité puisque même les stars sont menacées", analyse Adeline Joffres, docteure en sciences politiques et membre du groupe d'études interdisciplinaire sur le Venezuela, contactée par francetv info. "La violence a explosé ces dernières années, surtout à cause de la frontière poreuse avec la Colombie et le trafic de drogue et d'armes. Caracas est l'une des villes les plus criminogènes au monde", poursuit la spécialiste. Selon l’Observatoire de la violence au Venezuela (OVV), les actes criminels ont coûté la vie à près de 25 000 personnes en 2013, et le taux d’homicides est de 79 pour 100 000.

Un mois plus tard, le 18 février, comme le rapporte DirectMatin.fr, c'est une autre jeune fille de 22 ans, Génésis Carmona, Miss Tourisme 2013 de l’Etat de Carabobo, qui est assassinée d'une balle dans la tête, lors des manifestations contre le gouvernement. Un autre choc dans ce pays fournisseur officiel de Miss Univers, qui entretient un lien tout particulier avec ses reines de beauté, érigées en modèles et qui sont un facteur de rayonnement international. 

Un pays au bord du gouffre

Partie de province, la mobilisation des universités a atteint Caracas puis l'ensemble du pays. Les revendications se sont élargies aux thèmes économiques. Très vite rejoints par l'opposition, les étudiants manifestent contre les pénuries et l'inflation record, qui a dépassé les 56% sur l'année 2013. 

A ces problèmes s'ajoute le mécontentement politique. Le principal visage de l'opposition, Leopoldo Lopez, fondateur du parti de droite Voluntad Popular, est détenu depuis le 12 février dans une prison militaire, accusé d’incitation à la violence. Il prône la pression de la rue pour faire chuter le gouvernement. Plus modéré, le principal chef de file de l’opposition au gouvernement et candidat malheureux à la présidentielle, HenriqueCapriles, est resté majoritairement en retrait, jugeant que les conditions n'étaient "pas réunies" pour obtenir le départ de Nicolas Maduro

Pour Adeline Joffre, "il y a peu de chance que la conférence de paix [annoncée par le président] aboutisse à un apaisement car les deux parties campent sur leurs positions. Mais on ne peut pas prédire la suite des événements". Elle détaille : "En 2002-2003, après la tentative de coup d'Etat contre Hugo Chavez, la situation était très tendue. Il y a eu plusieurs morts mais le bras de fer a été gagné par le gouvernement. Idem en 2013 à la suite de l'élection présidentielle contestée. Les Vénézuéliens sont très attachés à la démocratie et à la paix sociale. Il faut leur faire confiance." 

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