"Un bain de sang pourrait avoir lieu" : au Venezuela, un 1er-Mai sous tension après une tentative de coup d'Etat

Des sympathisants du président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas, le 1er mai 2019. 
Des sympathisants du président vénézuélien Nicolas Maduro à Caracas, le 1er mai 2019.  (YURI CORTEZ / AFP)

L'opposant Juan Guaido a appelé ses partisans à poursuivre les manifestations mercredi au lendemain de violents heurts survenus à Caracas. Le président Nicolas Maduro dénonce lui une "escarmouche putschiste". Thomas Posado, spécialiste du Venezuela, livre son éclairage à franceinfo.

Mardi 30 avril au Venezuela, le leader de l'opposition et président autoproclamé Juan Guaido avait déjà incité la population et l'armée à se soulever. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont alors manifesté dans les rues de la capitale Caracas. Dans un message diffusé sur les réseaux sociaux mardi soir, Guaido a réitéré son appel pour inciter la population à prendre part à "la plus grande manifestation" dans l'histoire du pays, mercredi 1er mai. Son objectif : mettre la pression sur Nicolas Maduro, le président qui n'a pas, pour l'heure, été renversé.

Trois mois après l'autoproclamation de Juan Guaido comme nouveau président du pays, franceinfo fait le point sur la situation avec Thomas Posado, spécialiste du Venezuela docteur en science politique à l’Université Paris VIII. 

Franceinfo : Où en est le rapport de force entre le régime et l'opposition au Venezuela ? 

Thomas Posado : Le rapport de force était jusqu'à hier plutôt favorable au président Nicolas Maduro. La vague de mobilisation apparue au moment de l'auto-proclamation de Juan Guaido, et jusqu'au 23 février, lorsque lui et ses partisans ont essayé de forcer l'entrée de l'aide humanitaire au Venezuela, s'est essoufflée. De par l'absence d'objectifs politiques à court-terme, mais aussi parce que Nicolas Maduro gardait le contrôle de l'armée, ce qui est son principal atout dans cette situation.  

Du côté de Juan Guaido, sa principale force est d'avoir le soutien de plus de 50 pays dans le monde. Mais le soutien des gouvernements européens et latino-américains est surtout symbolique, il ne change pas vraiment la donne. La France par exemple a beau soutenir Guaido, elle conserve aussi des relations avec le gouvernement effectif. Le soutien des Etats-Unis est plus concret, puisqu'ils ont gelé les fonds de Citgo, la filiale américaine de la compagnie pétrolière publique vénézuélienne, et les ont confiés à Juan Guaido. 

L'appel à l'insubordination a donné un nouvel espoir qu'il puisse y avoir une nouvelle mobilisation qui fasse partir Nicolas Maduro du pouvoir.Thomas Posado, spécialiste du Venezuela franceinfo

Ce qui a changé mardi, c'est qu'il y a eu une réactivation de la mobilisation du camp Guaido, qui se trouvait plutôt dans une impasse. Le fait que Leopoldo Lopez [le fondateur du parti de Juan Guaido, Voluntad Popular] se soit échappé de son assignation à résidence hier est aussi un pari médiatique qui joue sur la transgression de l'ordre de Maduro. Hier, un nombre significatif de militaires se sont retournés contre Maduro. Mais pas en nombres suffisants pour faire vaciller l'armée vénézuélienne, qui compte des millions de réservistes. 

Pourquoi la date du 1er-Mai a-t-elle été choisie par Guaido pour appeler à la plus grande manifestation de l'histoire du pays ? 

Depuis le début des années Chavez, les manifestations du 1er-Mai sont extrêmement politisées. Elles ont perdu de leur spécificité de revendication des travailleurs et des syndicats, mais sont polarisées soit en faveur, soit en défaveur du gouvernement. Sachant qu'il n'y avait plus eu de temps fort dans la mobilisation de l'opposition vénézuélienne depuis le 23 février, cette échéance symbolique était importante pour la réactiver. 

Que peut-on attendre de cette nouvelle journée de mobilisation ? 

C'est difficile à prédire. Quels moyens d'action vont être utilisés par les manifestants : des moyens pacifiques, des moyens armés ? Du côté du régime, vu que tous les yeux sont braqués sur le Venezuela, Nicolas Maduro a peu d'intérêt à faire usage de répression violente. Mais va-t-il parvenir à contenir une situation explosive sans utiliser ces moyens de répression ? Ce qu'on a constaté dans les manifestations de janvier, c'est qu'il y avait eu assez peu de répression violente. Mais il y avait eu des répressions ciblées par des forces spéciales dans les quartiers populaires, avant et après les manifestations. 

Vu la situation de tension d'hier, si des militaires tirent sur d'autres militaires, il est possible que nous ayons des affrontements meurtriers extrêmement brutaux. Le Venezuela est une poudrière, et une étincelle pourrait avoir des conséquences dramatiques, et un bain de sang pourrait avoir lieu. 

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