Quatre questions sur la crise migratoire qui frappe le Venezuela et déstabilise l'Amérique latine

Des migrants vénézuéliens marchent vers le Pérou, le long de la route panaméricaine à Tulcan, en Équateur, après avoir traversé la Colombie, le 21 août 2018.
Des migrants vénézuéliens marchent vers le Pérou, le long de la route panaméricaine à Tulcan, en Équateur, après avoir traversé la Colombie, le 21 août 2018. (LUIS ROBAYO / AFP)

L'exode massif de centaines de milliers de Vénézuéliens inquiète les pays voisins, en proie à de vives tensions, nourries par une xénophobie grandissante de leurs populations.  

C'est la plus grande crise migratoire qu'ait connue le Venezuela. Selon le dernier décompte de l’ONU, depuis trois ans, 2,3 millions de Vénézueliens ont fui la misère, soit 7% de la population du pays. A titre de comparaison, note RFI, "1,8 million de migrants sont entrés dans toute l'Union européenne en quatre ans."

Une pression migratoire qui pèse sur l'Amérique latine. La Colombie, le Pérou ou le Brésil tentent de s'organiser pour accueillir les milliers de personnes qui affluent chaque jour à leurs frontières, en voiture, en bus ou à pied. Mais certains pays commencent à émettre des restrictions à l'entrée sur leur territoire. Franceinfo vous explique les raisons de cet immense exode et son impact sur la région. 

Pourquoi cet exode ?

Les Vénézuéliens sont étranglés par la crise économique : l'inflation pourrait atteindre 1 000 000% fin 2018, selon le Fonds monétaire international, et le PIB devrait s'effondrer de 18%. Autrefois l'un des pays les plus riches d'Amérique latine grâce à ses immenses réserves de pétrole, le Venezuela est désormais en proie à des pénuries alimentaires et de médicaments, dont les prix ont explosé depuis 2014 avec la chute du prix du pétrole. 

Cette crise économique s'accompagne d'une crise politique profonde. Très critiqué, le président Nicolas Maduro a été forcé de reconnaître "l'échec" du modèle productif vénézuélien lors du congrès de la formation au pouvoir, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV), le 30 juillet 2018. "J'estime qu'il faudra deux ans environ pour revenir à la stabilité et pour que nous puissions observer les premiers signes de la nouvelle prospérité économique (...)" avait-t-il assuré ce jour-là. Mais face à cette situation, des millions de personnes ont préféré partir, ces dernières années.

Qui sont ceux qui choisissent d'émigrer ?

Avec 90% des Vénézuéliens réfugiés dans un des pays de la région, les profils sociaux sont très variés. "Avant, c'était des gens diplômés qui arrivaient", explique à RFI la responsable de la mobilité dans une préfecture à la frontière colombo-équatorienne. "En plus, ils avaient un peu d'économies qui leur permettaient de vivre le temps de s'installer (...) Maintenant, c'est différent. Les gens qui arrivent sont dans une situation extrêmement précaire", constate-t-elle. 

Des profils modestes auxquels s'ajoute la classe moyenne, comme ce directeur d'école de 39 ans qui explique au Point fuir l'insécurité pour pouvoir "faire [son] footing sans risquer d'être tué pour une montre". Un autre habitant, chef des achats dans une école d'ingénieurs, précise à l'hebdomadaire qu'il part parce qu'il n'est plus en mesure de s'acheter une paire de chaussures qui lui coûte "cinq mois de travail", à cause de l'inflation. 

Vers quels pays fuient-ils ?

La plupart des Vénézueliens visent les pays frontaliers, à commencer par la Colombie, qui a accueilli 600 000 migrants fin 2017. Au total, un million de Vénézueliens sont arrivés dans ce pays, où ils bénéficient d'un droit de séjour temporaire.

Le Pérou est également très attractif, en raison du dynamisme de son économie. Chaque jour, le pays accueille 3 000 réfugiés vénézuéliens et les demandes d'asile y ont triplé depuis 2017. Au total, le nombre d'arrivées sur son sol se chiffrera bientôt à un demi-million.

L'Equateur, le Chili, le Brésil ou encore l'Argentine, qui a accueilli plus 50 000 Vénézueliens, font partie des principales destination d'exil. Une part non négligeable de Vénézuéliens a même choisi de franchir l'Atlantique, pour s'installer en Espagne. D'après France Inter, entre janvier et avril 2017, ils étaient "près de 4 500 ressortissants" à avoir demandé l'asile de l'autre côté des Pyrénées.

Comment s’organisent les pays d’accueil ?

Cette vague migratoire inédite crée de vives tensions dans les pays sud-américains, où le sentiment antimigrant progresse peu à peu.

A la frontière brésilienne, certaines villes sont très engorgées, comme Pacaraima et ses 12 000 habitants, qui a vu affluer "plus de 120 000 réfugiés vénézueliens depuis le début de la crise" explique France 2. "La ville s’est transformée, on ne contrôle plus rien", déplore un habitant dans Libération. Dans plusieurs villes brésiliennes, des heurts violents se sont produits entre les migrants et la population locale. L'armée a parfois dû être déployée sur place. 

Face à la pression migratoire, plusieurs pays ont durci leurs conditions d'entrée. Le Pérou, la Colombie et l'Equateur exigent désormais la présentation d'un passeport. Jusqu'ici, seule une carte d'identité suffisait pour y entrer. Vendredi 24 août, à 24 heures de la mise en place de cette mesure de durcissement au Pérou, des milliers de Vénézueliens, arrivés à pied, se pressaient d'atteindre la frontière. 

Avec plus de 4 000 migrants arrivant chaque jour, l'Equateur a déclaré l'état d'urgence à sa frontière, afin de "mobiliser de meilleurs moyens pour les recevoir", explique RFI. Beaucoup de migrants "sont en effet malades faute de médicaments dans leur pays", précise la radio. Jeudi 23 août, ce petit pays d'Amérique latine a annoncé qu'il quittait l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), union régionale créée en 2004 à l'initiative du Venezuela et de Cuba, pour protester contre "le manque de volonté" de Caracas de régler la crise migratoire actuelle.

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