Venezuela : Hugo Chavez, l'homme qui voulait rester président

(Jorge Silva Reuters)

Il est au pouvoir depuis plus de 13 ans, et voudrait poursuivre ainsi jusqu'en 2019. Exubérant, aussi admiré que controversé, l'homme fort du Venezuela est pour la première fois réellement menacé sur le plan électoral, par Henrique Capriles, l'homme le plus riche du pays, candidat d'une trentaine de partis d'opposition. Retour sur le bilan d'Hugo Chavez et de son projet "socialiste du 21e siècle".

On pourrait l'imaginer affaibli, après les multiples traitements contre un cancer détecté en 2011. Pourtant Hugo Chavez reste un orateur infatigable, comme son mentor cubain Fidel Castro, capable d'électriser les foules des heures durant. D'ailleurs, lui-même se dit aujourd'hui "totalement guéri" , et surtout capable de continuer à gouverner "jusqu'en 2019" . Il cumulerait alors deux décennies à la tête du Venezuela. Si son jeune adversaire, le candidat du centre-droit Henrique Capriles, ne lui subtilise pas sa victoire annoncée...

Car Chavez n'a jamais perdu une élection. Il a en revanche déjà raté un coup d'État, c'était en 1992, et celui qui était à l'époque lieutenant-colonel avait passé deux ans en prison. C'est là qu'il a commencé à forger son immense popularité. En 1998, il accédait à la plus haute fonction, avant de remporter tous les scrutins suivants, à chaque fois qu'il s'est présenté.

"Un appétit exagéré pour le pouvoir"

Mais ces victoires successives lui valent aussi d'être taxé d'autoritarisme par ses opposants. Il faut dire que le président est omniprésent, et qu'il tient d'une main de fer l'ensemble des moyens médiatiques et institutionnels pour se maintenir au pouvoir. "Chavez est un mélange contradictoire de gauchisme et de militarisme" , explique l'historienne Margarita Lopez Maya, ancien soutien passé dans l'opposition. "Il a un appétit exagéré pour le pouvoir. Une de ses principales motivations est de rester sans limite au pouvoir." En 2009, il a d'ailleurs fait voter par référendum une révision de la Constitution, pour pouvoir se présenter à sa propre succession. Il a aussi été un fervent soutien de personnages au moins aussi controversés que lui, comme Mouammar Kadhafi, Mahmoud Ahmadinejad ou Bachar al-Assad.

Pour beaucoup, Chavez a rendu aux plus défavorisés "leur dignité"

Reste que la popularité du président Chavez est loin d'être sans cause. Grâce aux ressources pétrolières du pays, qu'il contrôle, il a lancé de nombreux programmes sociaux dans la santé et l'éducation. Sous sa présidence, le chômage a été divisé par deux, le taux de pauvreté est passé de 49,4% à 27,8% (entre 1999 et 2010), la mortalité infantile de 19,15% à 13,95%, et l'analphabétisme de 9,1% à 4,9%.

"Le prochain gouvernement Chavez sera meilleur que le précédent gouvernement Chavez" - Chavez

Cela n'empêche pas Hugo Chavez de reconnaître des "erreurs dans l'application de certains programmes" . Le président n'a pas non plus réussi à émanciper son pays de la manne pétrolière. Il demande du coup aux 19 millions de Vénézuéliens appelés aux urnes de lui donner plus de temps, pour achever "sa révolution socialiste" . Une révolution en chemise rouge (la couleur des partisans de Chavez) où tout n'est pas rose, loin de là : le pays affiche le taux d'homicide le plus élevé d'Amérique du Sud (50 pour 100.000 habitants en 2011, selon les chiffres officiels), sans oublier les pénuries, les coupures d'électricté ou la corruption.

Quel que soit le résultat de l'élection ce dimanche, les partisans du perdant pourraient bien essayer d'en découdre. Près de 140.000 soldats sont mobilisés en cas de troubles. Le port d'armes et la vente d'alcool sont également interdits depuis vendredi dans tout le Venezuela. Un pays qui a d'ailleurs fermé ses frontières en attendant l'issue du scrutin.

Vous êtes à nouveau en ligne