Venezuela : Henrique Capriles, l'opposant qui fait trembler Chavez

(Carlos Garcia Rawlins Reuters)

PORTRAIT - Ce nouveau visage de l'opposition vénézuélienne a comblé son retard dans les sondages à la faveur d'une campagne marathon à travers le pays. A 40 ans, l'ex-gouverneur de l'Etat de Miranda, deuxième Etat le plus peuplé du pays, entend bousculer le scrutin de dimanche face au président Chavez qui brigue un nouveau mandat et pourrait cumuler deux décennies au pouvoir.

40 ans, mince
et photogénique, Henrique Capriles est l'image de la réussite. Lorsque cet
avocat se lance en politique, au centre-gauche, c'est pour tout emporter. Elu maire, député et gouverneur, il vise maintenant la présidence du Venezuela. Il a déjà réussi à prendre la tête d'une opposition qui
n'a jamais été autant en mesure de déstabiliser l'animal politique Hugo Chavez, au pouvoir depuis 1999.
A tel point que les analystes parlent d'un véritable "espoir" pour le
Venezuela
.

Ce catholique, petit-fils d'immigrés
juifs européens rescapés de l'holocauste nazi, fait de la foi le pilier central
de son engagement dans le combat politique
. Accusé de
n'avoir pas réagi face à une attaque de l'ambassade de Cuba lors d'une
tentative de coup d'Etat contre Hugo Chavez, en avril 2002, il est condamné. Il
ne cherche pas à fuir et purge sa peine de prison. Il en tire un mantra : " Quand
tu passes par la prison, il y a deux chemins: ou tu t'éloignes de tout ce que
fait ta foi, la partie chrétienne, ou tu t'en rapproches. Je m'en suis
rapproché
" , confie Henrique Capriles.

Campagne marathon à travers tout le pays

Et sur le terrain, il
endosse le costume du pèlerin des temps modernes. Casquette aux couleurs du Venezuela
vissée sur la tête
, chaussures de footing aux pieds, "el flaquito"
(le maigre) comme l'ont surnommé les Vénézuéliens, avale les kilomètres au gré
d'une campagne marathon ("Hay un camino " :* " Il y a une route " , * titre son site de campagne) dans plusieurs centaines de villages du pays. Comme
gouverneur, il s'était principalement consacré à l'éducation, à réhabiliter des
logements insalubres et à faciliter l'accès à la santé. Le candidat à la
présidence fait cette fois davantage l'éloge de l'initiative privée tout en assurant que
la première priorité de l'Etat doit être la politique sociale. 

"Chavez représente le chemin du socialisme. Un Etat qui veut être maître de tout. Je représente le chemin du progrès" (Henrique Capriles)

L'opposant a joué
finement. Pour ne pas s'aliéner les classes populaires, Henrique Capriles n'a
pas affronté directement Hugo Chavez. Il n'a pas non plus joué sur la faiblesse physique du président, convalescent d'un cancer du foie. Capriles
n'évoque d'ailleurs jamais l'état de santé de son adversaire. Il se contente juste de
marquer leur différence : "Chavez représente le chemin du socialisme. Un
Etat qui veut être maître de tout. Je représente le chemin du progrès"
,
affirme Henrique Capriles, qui souhaite " appliquer au Venezuela le modèle
brésilien
" où l'Etat et le secteur privé "combinent leurs
efforts"
.

Hugo Chavez en revanche,
sentant la menace, n'a pas eu les mêmes scrupules. Les adjectifs peu amènes ont
fleuri au fil de la campagne. " Nul " , " médiocre " , puis
" lèche-cul " de l'impérialisme, le président a ensuite qualifié Henrique
Capriles de " candidat de l'étranger " , " candidat anti-patrie *"

  • et enfin " candidat apatride " . Le glissement sémantique en référence
    aux origines juives de Capriles (le "juif errant"), annonce la
    violence qui va suivre. Hugo Chavez ira même jusqu'à qualifier son adversaire de " porc " .
    Ouvrant la voie à une violente campagne antisémite contre Hugo Capriles. 

Jeudi soir la campagne a
pris fin, lors d'un meeting électrique à Caracas pour Hugo Chavez, et d'une dernière
virée en province pour Henrique Capriles. Dimanche près de 19 millions de Vénézuéliens
devront faire leur choix. Hugo Chavez reste favori dans
les sondages, bénéficiant, selon les dernières enquêtes, d'une dizaine de
points d'avance sur son challenger.

Vous êtes à nouveau en ligne