Visite du pape François à Fatima : des Portugais en profitent pour louer des chambres à prix d'or

Des pélerins attendent le pape François à Fatima, au Portugal, le 12 mai 2017.
Des pélerins attendent le pape François à Fatima, au Portugal, le 12 mai 2017. (PEDRO NUNES / REUTERS)

Un million de catholiques sont attendus ce week-end au Portugal pour la canonisation de deux bergers de Fatima. Une occasion en or pour les riverains de ce village. 

Trouver un logement abordable pour ce week-end à Fatima, c'est un véritable chemin de croix. Le pape François est attendu dans cette ville du centre du Portugal, vendredi 12 mai, pour le centenaire des apparitions supposées de la Vierge Marie à trois jeunes bergers et la canonisation de deux d'entre eux. L'événement devrait attirer jusqu'à un million de pélerins catholiques pour le week-end aux abords de la basilique. L'occasion pour les riverains de louer à prix d'or une chambre, un appartement ou une maison.

Pour dormir au plus près du pape, comptez 2 500 euros

Les pélerins qui convergent vers Fatima vont sans doute brûler la chandelle par les deux bouts avant d’allumer un cierge. Les lits se font rares dans la région et il leur faudra un miracle pour en débusquer un à un prix raisonnable. Dès le 14 mars, les autorités du district de Leiria alertaient déjà les touristes. Dans un entretien au journal portugais Dinheiro Vivo (en portugais), le vice-président de la chambre de commerce d'Ourém-Fatima assurait que tous les hôtels affichaient déjà complet à 120 kilomètres à la ronde autour du sanctuaire. "Il n’existe que 16 500 lits disponibles dans la région, une capacité largement insuffisante pour la venue du pape", soulignait-il.

De fait, impossible de réserver la nuit du 12 au 13 mai dans un établissement professionnel. Même le site spécialisé Booking n'a pas de solutions. A deux jours de l’évènement, en cherchant bien, le client pouvait encore s’adjuger une chambre dans les environs, à plus de 500 euros.

L'alternative qui s'offre alors aux clients est toute trouvée : louer le logement d’un particulier ou loger chez l’habitant. Un modèle collaboratif a priori économique très prisé par les classes moyennes européennes et américaines. Pourtant, à l’occasion de la nuit passée par le pape François au Portugal, aucun site de réservation ne propose de chambre à moins de 300 euros. La valeur des logements proposés peut gonfler jusqu’à 50 fois leur prix initial. Exemple ? Un appartement à 300 mètres du sanctuaire, loué habituellement 24 euros la nuit, se négocie à près de 600 euros. 

"Une question d'offre et de demande"

La palme revient à Cecilia, décoratrice d’intérieur, qui loue sur Airbnb sa chambre double dans le centre de Fatima à 2 575 euros. Pour elle, hors de question de se justifier auprès de franceinfo qui la contacte : "Vous croyez que cette plate-forme sert à répondre à des interviews ? Nous voulons être tranquilles."  

Pour justifier ces prix, les propriétaires invoquent directement la venue historique du pape et mettent en avant certaines commodités pour attirer la clientèle. "Endroit idéal pour ceux qui veulent assister a la venue du pape. Mon village offre tout le confort pour profiter du silence et du calme de la nature", poste Martine dans son annonce rédigée en français. Elle met à disposition une chambre à Batalha, un petit village à 17 kilomètres du sanctuaire, pour 450 euros la nuit. Et propose même d’aider son client à se rendre à Fatima.

Au Portugal, si certains en font une activité à part entière, la location d’espaces privés a surtout explosé avec la crise économique. Elle permet aux propriétaires de compléter leur salaire. Tous assurent qu’il n’y a rien d’illégal. "Je dispose d’une licence d’hébergement local pour 9 chambres qui sont déjà réservées pour l’occasion, justifie Christophe auprès de franceinfo, je peux faire des factures pour les clients qui le désirent." Sa dernière chambre encore disponible, à une dizaine de mètres du sanctuaire, offre une vue imprenable sur la basilique. Christophe admet l’inflation des prix et ne s’en étonne pas : "Comme pour n’importe quelle autre activité, c’est une question d’offre et de demande. De combien les hôtels français ont-ils augmenté leurs prix à l’occasion de l'Euro, en 2016 ?"

Des loueurs opportunistes

La visite du pape a convaincu certains particuliers de sauter le pas. Ils louent pour la première fois et concèdent volontiers profiter de cette pénurie de chambres pour engranger un petit pactole. Flavio en témoigne : "Je connais des amis qui vivent à une heure du sanctuaire et qui ont trouvé un locataire capable de débourser 750 euros pour la nuit. Alors je me suis dit que j’allais y arriver aussi en proposant ma chambre plus proche à un prix bien inférieur." L’explosion des prix ne le surprend pas non plus. Lui critique la gourmandise de l’Etat : "Les 35% d’impôts que nous payons sur chaque location poussent beaucoup de Portugais à ne pas déclarer cette source de revenus."

Les rencontres publiques du chef de l’Eglise catholique drainent du monde et brassent beaucoup d’argent. En Egypte déjà, le mois dernier, des habitants avaient mis à disposition des pèlerins des chambres à des prix prohibitifs. Un phénomène qui pourrait être amené à prendre encore de l'ampleur lors des prochains déplacements du pontife argentin.