"L'homosexualité n'est pas une pathologie", réagit le Syndicat des psychiatres français après les propos du pape sur l'orientation sexuelle des enfants

Le pape François est accueilli par la foule lors de son audience hebdomadaire place Saint-Pierre, au Vatican, le 13 juin 2018.
Le pape François est accueilli par la foule lors de son audience hebdomadaire place Saint-Pierre, au Vatican, le 13 juin 2018. (MASSIMO VALICCHIA / NURPHOTO / AFP)

Le président du Syndicat des psychiatres français réagit aux déclarations du pape François, qui a recommandé le recours à la psychiatrie lorsque des parents constatent des "tendances homosexuelles" chez leurs enfants. 

Sa déclaration a suscité l'ire des associations LGBT+. Le pape François a recommandé le recours à la psychiatrie lorsque des parents constatent des "tendances homosexuelles" chez leur enfant, dimanche 26 août, au cours d'une conférence de presse dans l'avion qui le ramenait d'Irlande à Rome. "Quand cela se manifeste dès l'enfance, il y a beaucoup de choses à faire, par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C'est autre chose quand cela se manifeste après 20 ans", a estimé le souverain pontife.

Une déclaration retirée du verbatim du pape par le Vatican, lundi. "Avec ce mot, il n'avait pas l'intention de dire qu'il s'agissait d'une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique", a expliqué une porte-parole du VaticanFranceinfo a demandé son éclairage au docteur Maurice Bensoussan, président du Syndicat des psychiatres français.

Franceinfo : En tant que psychiatre, que pensez-vous des propos du pape François ?

Maurice Bensoussan : L'homosexualité a un temps été prise dans les considérations de la psychiatrie, car tout ce qui ne relevait pas d'une sexualité validée [hétérosexuelle] était une perversion. Mais il y a longtemps que la psychiatrie a renoncé à faire de l’homosexualité une pathologie [l'Organisation mondiale de la santé a retiré l'homosexualité de la Classification internationale des maladies le 17 mai 1990]

Faire l'amalgame entre l'orientation sexuelle et la maladie mentale n'est pas pertinent. 

L’homosexualité est une orientation sexuelle et ne saurait être ramenée à une pathologie : cet amalgame est à dénoncer.Maurice Bensoussan, président du Syndicat des psychiatres françaisà franceinfo

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’occuper des personnes homosexuelles en souffrance, mais cela ne peut pas se résumer à une question d’homosexualité.

Les troubles que peuvent rencontrer, comme tout le monde, les personnes homosexuelles n'ont-ils pas parfois pour origine le regard que la société porte sur l’homosexualité ?

Il faut se méfier des causalités directes comme celles-là. Comme les autres, les personnes homosexuelles peuvent être en situation de vie difficile, à laquelle participe la sexualité. Ces patients peuvent s'interroger sur le sens de leur vie, sur leur orientation sexuelle et sur les interrogations qu’elle génère. Sans compter que le fait d’être homosexuel ne protège pas des autres pathologies mentales, que tout le monde peut rencontrer.

Que diriez-vous aujourd’hui à un ou une jeune qui viendrait vous consulter pour évoquer son orientation sexuelle ?

Le psychiatre ne donne pas forcément de conseils comme dans les séries télé. Il va chercher à comprendre le patient et à l'aider à dépasser les difficultés qu'il peut rencontrer, à faire des liens autour du problème qu’il aborde, sans tabou et sans référence à l’ordre quel qu’il soit. La psychiatrie aujourd’hui ne stigmatisera pas, ou alors il s'agit d'archaïsmes et d'épiphénomènes qui ne représentent pas les recommandations de la profession et ce qui est enseigné.

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