Italie : le pape préoccupé d'entendre des "discours qui ressemblent à ceux d'Hitler"

Le pape François, après son allocution publique hebdomadaire, au Vatican, le 7 août 2019.
Le pape François, après son allocution publique hebdomadaire, au Vatican, le 7 août 2019. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

Le souverain pontife s'est exprimé dans une interview donnée à "La Stampa", alors qu'une crise politique est en cours en Italie.

Un parallèle avec l'Allemagne nazie et l'éloge de l'Union européenne. Le pape François a fustigé le souverainisme, une attitude de "fermeture" qui "mène à la guerre", et a jugé que le populisme avait un discours "très proche", dans un entretien publié vendredi 9 août par La Stampa. Ce commentaire, s'il ne cite nommément aucun pays, intervient au beau milieu d'une crise politique déclenchée en Italie par le leader d'extrême droite Matteo Salvini.

"Le souverainisme est une attitude d'isolement. Je suis préoccupé parce qu'on entend des discours qui ressemblent à ceux d'Hitler en 1934. 'Nous d'abord. Nous...nous' : ce sont des pensées qui font peur", a souligné le souverain pontife dans l'interview au quotidien turinois. Le pape n'a évoqué ni nom, ni pays en particulier.

"Un pays doit être souverain, mais pas fermé"

Matteo Salvini, homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue, a fait éclater jeudi 8 août la coalition au pouvoir dans laquelle il était allié au Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), provoquant une crise politique. Si des élections anticipées se tiennent à l'automne, il devrait concourir seul et les sondages lui prédisent une large victoire, avec l'appoint du parti post-fasciste Fratelli d'Italia.

Matteo Salvini, qui se dit ami du dirigeant hongrois Viktor Orban et de la cheffe de l'extrême droite française Marine Le Pen, revendique appartenir à un "front souverainiste" dont le but est de "chasser les oligarques européens".

Dans l'interview, le pape a estimé qu'"un pays doit être souverain, mais pas fermé. La souveraineté doit être défendue, mais les rapports avec d'autres pays, avec la Communauté européenne, doivent également être défendus. Le souverainisme est une exagération qui finit toujours mal : elle mène à la guerre."

Un appel à l'unité de l'Europe

Interrogé sur "le populisme", il a estimé qu'il s'agissait "du même discours". "Les populismes nous mènent aux souverainismes : ce suffixe en 'isme' ne fait jamais du bien", a-t-il asséné. Marine Le Pen a réagi sur Twitter, jugeant cette phrase "affligeante" : "quid du catholicisme et du christianisme à ses yeux?!" s'est interrogée la dirigeante du Rassemblement national.

Le pape estime que l'Europe, qui représente "l'unité", "ne doit pas se dissoudre". "Elle s'est affaiblie avec les années, aussi en raison de quelques problèmes de gouvernance, de dissensions internes. Mais il faut la sauver. Après les élections, j'espère qu'un processus de relance va commencer", a-t-il dit. Il a dans le même temps salué la nomination d'une femme à la tête de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen.

Le pape évoque régulièrement le danger de la montée des partis populistes anti-immigration, mais ne nomme jamais les pays ou les dirigeants concernés.

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