Victime du réchauffement climatique, l'Alaska continue sa course au pétrole

A Shishmaref en Alaska, une maison détruite par l\'érosion de la plage.
A Shishmaref en Alaska, une maison détruite par l'érosion de la plage. (AFP/ Gabriel Bouys)

Le pétrole représente 90% des recettes fiscales de l’Alaska. Le gouverneur du 49e Etat américain veut une relance de la prospection et de la production pétrolière. La région arctique est pourtant aux avant-postes du réchauffement climatique : hausse du niveau de la mer, fonte du permafrost, déplacement des populations, pêche sinistrée. La région brûle mais chacun veut boucler son budget.


En déplacement à Anchorage (Alaska), le président Obama a dressé un constat sombre des efforts engagés pour lutter contre le changement climatique : «Nous n’avançons pas assez vite. Le climat change plus rapidement que nos efforts pour y répondre.»
Ce déplacement en Alaska ne doit rien au hasard. La région vit en accéléré les effets d’une catastrophe annoncée. Avec la fonte des glaces de mer, les côtes ne sont plus protégées des tempêtes et de l’érosion. Partout les digues s’érigent et les villages se déplacent, pour résister aux vagues de l’océan. La fonte des sol gelés (permafrost) menace les maisons, les routes et les infrastructures industrielles. Le glacier Exit a reculé de 300 mètres en 10 ans, affirment les scientifiques. Même les phoques et les caribous sont menacés.
 
Discours du président Obama à Anchorage en Alaska sur la menace du réchauffement climatique
Discours du président Obama à Anchorage en Alaska sur la menace du réchauffement climatique (AFp/ mandel Ngan )

En première ligne face au réchauffement climatique, le gouverneur de l’Etat, Bill Walker, a pourtant lancé un message étonnant au président Obama : «Nous devons mettre plus de pétrole dans notre oléoduc, nous devons avoir plus d’accès aux ressources.» Le secteur pétrolier représente un emploi sur trois en Alaska et les recettes fiscales sont en bernes avec la chute de cours du brut.
 
Le représentant de l’Alaska au Congrès, le républicain Don Young, se bat depuis quarante ans pour l’expansion des zones de forages. Il a obtenu en partie satisfaction. En juin 2015, le président Obama a donné son feu vert à la compagnie Shell pour des prospections en mer de Tchouktches, il est vrai déjà autorisées par son prédécesseur George W.Bush.
 
L'Alaska, symbole de nos contradictions
L’Alaska illustre la contradiction d’un monde drogué au pétrole qui ne veut pas voir la catastrophe se déroulant sous ses yeux. Comme le disent les écologistes, «tout le monde est d’accord pour le tri des déchets, mais personne ne veut descendre les poubelles…»

«Notre maison brûle, mais nous regardons ailleurs», avait lancé le président français Jacques Chirac le 2 septembre 2002 lors du 4e sommet de la Terre… En 2015, la maison brûle toujours mais les scientifiques se demandent si on arrivera à freiner l’incendie. Le dégel du permafrost risque de dégager des milliards de tonnes de gaz à effet serre, enfermés jusqu’ici dans les sols gelés.

Mais pour la première fois, les Etats-Unis et la Chine, principaux pollueurs de la planète, ont pris conscience de la gravité de la situation. Après avoir longtemps bloqué les négociations internationales sur le climat, les deux premières économies du monde semblent enfin déterminées à agir. Une note d’espoir à trois mois de la conférence de Paris sur le climat.  
Vous êtes à nouveau en ligne