VIDEO. Présidentielle américaine : une électrice raconte ses neuf heures d'attente pour voter par anticipation

FRANCEINFO

Plus de 21 millions d'Américains avaient déjà voté, par correspondance ou en personne, vendredi, à moins de 20 jours de l'élection présidentielle aux Etats-Unis. Un niveau de participation record, provoquant de longues files d'attente devant les bureaux de vote.

En se dirigeant vers l'un des deux bureaux de vote par anticipation de son comté en Géorgie (Etats-Unis), lundi 12 octobre, Alexis Henshaw s'attendait à attendre "une heure ou deux". Cette professeure de sciences politiques avait prévu, avec son mari, des chaises et un peu d'eau. Le couple d'électeurs, motivé pour voter dès cette semaine pour l'élection présidentielle, ne s'imaginait "sûrement pas" patienter neuf heures avant d'atteindre l'isoloir.

"J’ai vécu dans sept Etats différents, j’ai voté deux fois ici et à plusieurs reprises en Géorgie, et je n’ai jamais vu ça", souligne auprès de franceinfo Alexis Henshaw. Comme elle, de nombreux Américains ont attendu des heures (parfois plus de dix) avant de pouvoir voter pour leur futur président. Une affluence inédite, liée à la pandémie de Covid-19. Par crainte d'être contaminés le 3 novembre prochain, un nombre record d'électeurs a choisi de voter par anticipation, en personne ou par correspondance, ce qui est possible dans 43 Etats et à Washington. Plus de vingt millions d'Américains avaient ainsi déjà voté vendredi, d'après le Projet Election de l'université de Floride (page en anglais)

A leur arrivée près du bureau de vote, "il y avait quelques centaines de personnes déjà devant nous", relate Alexis Henshaw. "Une femme âgée a passé quatre ou cinq heures dans la file d’attente, avant que quelqu’un ne vienne lui dire qu’il y avait des machines pour lui permettre de voter sans attendre." 

Pendant une majeure partie du temps, nous n'avions ni nourriture ni eau.

Alexis Henshaw, électrice américaine et professeure de sciences politiques

à franceinfo

Après des heures d'attente, Alexis Henshaw n'a eu d'autre choix que d'aller chercher à manger pour son mari diabétique. "Après ça, des bénévoles sont venus donner aux gens de l’eau et de la nourriture", précise-t-elle. 

Des dysfonctionnements pénalisant les minorités

Cette participation inédite, à moins de trois semaines du scrutin présidentiel, n'explique pas à elle seule une telle attente. "La Géorgie a indiqué aux comtés de mener des vérifications supplémentaires", car "de nombreuses personnes ont demandé à voter par correspondance ou ont reçu des bulletins de vote par correspondance", relève Alexis Henshaw. "Cela a créé beaucoup de confusion et beaucoup d’attente", alors qu'une seule une personne était chargée de vérifier le droit des électeurs à voter dans le bureau de vote. 

L’intérêt pour participer à cette élection était bien connu. Les commissions électorales auraient dû l’anticiper, en ayant plus de machines et de personnes disponibles.

Alexis Henshaw

à franceinfo

Aux Etats-Unis, les minorités sont les premières concernées par ces problèmes. "Des recherches en sciences politiques montrent que les électeurs noirs américains attendent en moyenne deux fois plus longtemps que les électeurs blancs pour voter, et ce, à travers le pays", rappelle Alexis Henshaw. "C’est quelque chose que j’ai pu observer", poursuit l'enseignante en sciences politiques. "Une majorité des électeurs autour de nous étaient des électeurs noirs." 

La réduction du nombre de bureaux de vote constitue une des causes du problème. Comme le souligne le Washington Post (article en anglais), plus de 1 000 d'entre eux ont fermé à la suite d'une décision de la Cour suprême, en 2013. Des Etats républicains, comme la Géorgie, le Texas ou l'Arizona, sont particulièrement concernés, notamment dans des quartiers où une majorité d'habitants sont noirs, des électeurs davantage démocrates. D'autres changements, comme des règles plus strictes en matière d'identification, les fragilisent encore plus dans leur accès au vote.

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