Piratage russe : ce que les chefs du renseignement américain vont expliquer à Donald Trump

Le chef du renseignement américain, James Clapper, et le sous-secrétaire à la Défense pour le renseignement, Marcel Lettre, sont auditionnés au Sénat, à Washington (Etats-Unis), le 5 janvier 2017.
Le chef du renseignement américain, James Clapper, et le sous-secrétaire à la Défense pour le renseignement, Marcel Lettre, sont auditionnés au Sénat, à Washington (Etats-Unis), le 5 janvier 2017. (CHIP SOMODEVILLA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Les responsables du renseignement vont être reçus par le président élu, vendredi, pour lui présenter leurs découvertes sur l'ingérence présumée de la Russie dans la campagne présidentielle américaine.

Donald Trump doit rencontrer les patrons des services de renseignement américain, vendredi 6 janvier. L'entrevue se déroulera dans un climat tendu : le président élu est sceptique concernant leurs découvertes sur une ingérence russe "aux multiples facettes" dans la campagne présidentielle aux Etats-Unis. Voici certains de leurs arguments.

La Russie, "une menace majeure"

Dans un rapport préparatoire à cette rencontre (document PDF en anglais), le chef du renseignement américain, James Clapper, le sous-secrétaire à la Défense pour le renseignement, Marcel Lettre, et l'amiral Michael Rogers, directeur de l'Agence nationale de sécurité (NSA), critiquent vivement la Russie. Le rapport affirme que Moscou constitue une menace majeure en raison de "son programme d'attaque informatique hautement perfectionné".

"La Russie est un acteur cybernétique à part entière qui pose une menace majeure pour le gouvernement, l'armée, la diplomatie et les infrastructures commerciales et stratégiques américaines", disent-ils dans ce document.

Du "piratage" et de la "propagande"

Lors d'une audition devant le Sénat américain, jeudi 5 janvier, James Clapper et Michael Rogers se sont montrés certains de leurs allégations contre la Russie. "Notre évaluation est aujourd'hui encore plus inébranlable qu'elle ne l'était" le 7 octobre, quand le gouvernement a pour la première fois accusé publiquement la Russie, a déclaré le premier devant la Commission des forces armées du Sénat.

"Les Russes ont une longue expérience dans l'ingérence électorale, qu'il s'agisse des leurs ou de celles des autres, a déclaré James Clapper. Mais nous n'avions jamais vu une campagne aussi directe pour interférer dans le processus électoral."

Et la Russie ne s'est pas contentée d'orchestrer le piratage du Parti démocrate et la diffusion de ses e-mails, a-t-il affirmé. Ce "piratage n'était qu'une part" de cette campagne qui comprenait aussi "de la propagande classique, de la désinformation et des fausses nouvelles".

Des officiels russes auraient célébré le résultat

D'après le Washington Post (en anglais), les services de renseignement auraient intercepté des communications entre de hauts responsables russes après la victoire de Donald Trump à la présidentielle. "Les officiels russes se félicitaient du résultat", relate le journal américain, citant un rapport remis à Barack Obama par les renseignements.

Le Washington Post avance également que les agences américaines auraient "identifié" les intermédiaires ayant remis à WikiLeaks les e-mails qui auraient été piratés par les Russes. Le quotidien ajoute enfin qu'il y aurait eu des "inégalités dans les efforts consacrés à trouver des informations sensibles sur les réseaux démocrates et républicains".

Donald Trump est sceptique

Les patrons du renseignement regrettent la défiance de Donald Trump à leur égard. "La réunion avec les services de 'renseignement' sur le soi-disant 'piratage russe' a été reportée à vendredi. Ils ont peut-être besoin de plus de temps pour monter leur dossier. Très étrange !" a notamment dit le président élu sur Twitter. Un message plein de sous-entendus et "aux relents conspirationnistes", juge RFI.

Son vice-président, Mike Pence, a justifié ce "scepticisme sincère et sain" par les "échecs des services ces dernières années". De quoi faire réagir James Clapper, qui va prendre sa retraite et n'aura donc pas affaire au nouveau président. "Il y a une différence entre sain scepticisme et médisance", a-t-il lancé.