"Méchante femme" : comment l'insulte de Donald Trump lancée à Hillary Clinton s'est retournée contre lui

Donald Trump et Hillary Clinton, le 19 octobre à Las Vegas (Nevada, Etats-Unis).
Donald Trump et Hillary Clinton, le 19 octobre à Las Vegas (Nevada, Etats-Unis). (PAUL J. RICHARDS / AFP)

Le candidat républicain a estimé, mercredi lors du dernier débat avant la présidentielle du 8 novembre, que son adversaire était une "nasty woman". Une insulte qui s'est transformée en slogan de campagne efficace pour Hillary Clinton.

En insultant Hillary Clinton, Donald Trump ne se doutait sûrement pas qu'il lui faisait un énorme cadeau. Mercredi 19 octobre, lors du troisième débat entre les deux finalistes de la présidentielle américaine, le candidat républicain a qualifié son adversaire de "méchante femme" ("such a nasty woman" en anglais). Proposant de taxer les plus riches, la candidate démocrate venait juste de rappeler que Donald Trump s'était vanté de ne pas payer d'impôts. Pour un homme qui venait de lancer que "personne ne respecte plus les femmes que [lui]", la sortie fait mauvais genre. 

Sur les réseaux sociaux, les internautes ont aussitôt flairé le potentiel du sloganEn quelques heures, l'insulte de Donald Trump, devenue cri de ralliement féministe, a encore renforcé la candidature d'Hillary Clinton, notamment auprès des électrices.

Un slogan de super-héroïne

Jeudi, sur Twitter, le mot dièse #ImANastyWoman est aussitôt apparu, poussant des femmes à se réapproprier l'insulte afin d'en faire une fierté, à revendiquer le fait qu'elles s'imposent au quotidien, quitte à apparaître menaçantes, selon certains hommes. L'actrice et réalisatrice Lena Dunham a appelé à retweeter (RT) son message : "RT si vous êtes une méchante femme et que grâce à ça, la vie est vachement belle". "Vous savez de quoi l'Amérique a besoin maintenant ? Un hymne national baptisé Nasty Woman et chanté par Nicki Minaj", a réagi un internaute, cité par le Huffington Post. "Sans déconner, cette année, pour Halloween, je me déguise en méchante femme", a plaisanté une autre. "La place d'une vilaine femme est à la Maison... Blanche", a renchéri un supporter. 

Une internaute a, par ailleurs, relevé que le républicain avait, par la même occasion, réussi à offenser les fans de Janet Jackson, dont le morceau Nasty, sorti en 1986, a vu ses écoutes bondir de 250% sur le site de streaming Spotify. Un hymne parfait pour les Américaines qui voient dans cette insulte la preuve de la supériorité de leur candidate sur un Donald Trump à court d'arguments. 

Dans la foulée, la vidéo de la journaliste féministe Liz Plank, qui a tourné une fausse publicité vantant les mérites d'un parfum Nasty Woman, destiné aux femmes qui se battent pour leurs droits, est devenue virale. 

Un coup de pouce bienvenue pour le camp Clinton

A seulement deux semaines du scrutin, le "Nasty Woman" pourrait s'imposer à l'instar du "Hope" ("espoir") de Barack Obama, en 2008. Des tee-shirts, des mugs, des badges ou encore des bijoux flanqués du fameux slogan ont aussitôt fleuri sur internet, au point de permettre au Huffington Post de réaliser, dès jeudi, un "top 18 des meilleurs accessoires pour la méchante femme en chacune d'entre nous". Sous l'article, un lien propose de faire un don pour une association défendant les communautés insultées précédemment par Donald Trump : les musulmans, les LGBTQ, les Noirs, les Latinos, les vétérans et bien sûr, les femmes.

D'autres, qui ont mis en vente des tee-shirts en ligne, assurent qu'une partie (parfois l'intégralité) des fonds récoltés iront tantôt au Planning familial (une structure défendue par Hillary Clinton et que Donald Trump entend supprimer) ou iront carrément financer la campagne de la candidate démocrate, rapporte Mashable

Toujours pour donner un coup de pouce à la campagne d'Hillary Clinton, un supporter new-yorkais a réservé le nom de domaine "Nasty women get shit done" ("les méchantes femmes vont jusqu'au bout"), afin de renvoyer directement vers le site de la candidate, rapporte Bustle. Un coup de pub malin qui fait la joie d'une équipe de campagne soucieuse de donner une image plus décontractée, moderne et proche des gens, de l'ancienne secrétaire d'Etat. "En insultant Hillary Clinton, Donald Trump a fait que les femmes ont pu s'identifier à elle", remarque le site Vox. Ce qui n'était pas gagné.

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