Etats-Unis : trois questions pour tout comprendre de l'audition marathon d'Hillary Clinton sur la Libye

Hillary Clinton, le 22 octobre 2015 à Washington (Etats-Unis), lors de son audition devant un comité de parlementaires américains sur une attaque à Benghazi (Libye), dans laquelle quatre Américains dont l\'ambassadeur avaient trouvé la mort en 2012.
Hillary Clinton, le 22 octobre 2015 à Washington (Etats-Unis), lors de son audition devant un comité de parlementaires américains sur une attaque à Benghazi (Libye), dans laquelle quatre Américains dont l'ambassadeur avaient trouvé la mort en 2012. (SAUL LOEB / AFP)

L'ex-secrétaire d'Etat américaine a été interrogée pendant plus de onze heures par un comité chargé de faire la lumière sur l'attaque d'un bâtiment américain en Libye, qui avait fait quatre morts, dont l'ambassadeur, en 2012.

Un véritable marathon : Hillary Clinton a passé onze heures, jeudi 22 octobre, à répondre aux questions et attaques de parlementaires américains au sujet de l'affaire Benghazi. Le 11 septembre 2012, un bâtiment de la mission américaine dans cette ville de Libye avait été attaqué par des extrémistes, et quatre Américains avaient trouvé la mort, dont l'ambassadeur Chris Stevens. Hillary Clinton était alors secrétaire d'Etat, l'équivalent du ministre des Affaires étrangères aux Etats-Unis.

Ses opposants n'ont eu de cesse, depuis, de l'accuser d'avoir négligé la sécurité du bâtiment, et d'avoir menti sur les évènements. Cette audition, la seconde de Hillary Clinton devant cette commission du Congrès, était donc une épreuve périlleuse, dont elle s'est très bien sortie aux yeux des observateurs. Francetv info vous explique cette affaire centrale dans la campagne présidentielle américaine.

Que s'est-il passé à Benghazi ?

Le 11 septembre 2012, un an après la chute de Mouammar Kadhafi, l'ambassadeur américain en Libye, Chris Stevens, visite Benghazi, sur fond de tensions entre les Etats-Unis et le monde arabe. Un film américain anti-islam, l'Innocence des musulmans, diffusé sur internet, provoque des manifestations violentes en Egypte et en Libye. L'ambassade américaine au Caire est attaquée dans la soirée, de même qu'un bâtiment de la mission américaine à Benghazi.

En Libye, quatre Américains trouvent la mort, dont Chris Stevens. Dans un premier temps, cette attaque est mise sur le compte des manifestants. On sait depuis qu'elle était le fait de milices islamistes locales qui, profitant des heurts, ont pris d'assaut et incendié le bâtiment, rappelle le site Vox (en anglais), qui retrace le déroulé des évènements. L'ambassadeur et un officier américain meurent étouffés par la fumée. Dans la nuit, deux membres des forces de sécurité américaines, réfugiés dans une annexe de la CIA proche du consulat, sont tués après un échange de coups de feu et des tirs de mortier des miliciens. Le reste des Américains fuient Benghazi au petit matin.

Qu'est-ce que ce comité reproche à Clinton ?

Près d'une dizaine de comités et institutions ont enquêté sur les évènements de Benghazi, mais celui qui a interrogé Hillary Clinton est le seul à ne pas avoir terminé son enquête. Constitué en 2014 par le président républicain de la Chambre des représentants, il est composé en majorité d'opposants à l'administration de Barack Obama, chargés de faire la lumière sur les erreurs de cette dernière. La controverse, qui tourne à la théorie du complot chez certains Américains, se concentre autour de trois critiques : l'administration aurait ignoré des avertissements sur la sécurité à Benghazi, refusé d'aider militairement les Américains attaqués, et menti pour couvrir ses erreurs. Barack Obama et sa secrétaire d'Etat de l'époque, Hillary Clinton, sont directement visés par ces critiques.

Ces allégations n'ont jamais été prouvées, rappelle Vox, mais le département d'Etat a bien commis des erreurs. Si l'armée n'était pas en mesure de porter secours aux victimes, des avertissements sur la sécurité du bâtiment, y compris de l'ambassadeur lui-même, ont été négligés. L'administration américaine se trompait également en décrivant, après les faits, une attaque issue des manifestations anti-américaines. Mais les investigations ont confirmé qu'elle ne faisait que relayer les informations erronées transmises par la CIA, et que l'attaque, menée par des miliciens islamistes, était tout de même spontanée et imprévisible.

Des explications qui n'empêchent pas les républicains de continuer à attaquer Hillary Clinton sur le sujet. D'autant plus que c'est ce comité sur Benghazi qui, le premier, a découvert des preuves que l'ancienne secrétaire d'Etat avait utilisé son adresse e-mail privée dans l'exercice de ses fonctions, au mépris des règles de sécurité. Un scandale annexe qui empoisonne aussi sa campagne pour la présidentielle. 

Pour beaucoup d'analystes, le but des républicains est d'ailleurs moins de faire la lumière sur Benghazi que d'affaiblir la candidate démocrate. En septembre, un des parlementaires, qui avait soutenu la création du comité, l'a admis à demi-mots. "Tout le monde pensait qu'Hillary Clinton était imbattable, hein ?, a lâché Kevin McCarthy. Mais nous avons assemblé un comité spécial sur Benghazi, et qu'elles sont les sondages aujourd'hui ? Elle est en baisse."

Comment s'est-elle sortie de son audition ?

Hillary Clinton a émergé "presque sans une égratignure" de ses onze heures d'audition, conclut le très influent site Politico. Face aux questions "incisives" des républicains, notamment sur les demandes de renforcement de la sécurité à Benghazi ignorées par ses services, la candidate démocrate à la présidence "a gardé une attitude calme et détendue". "J'en ai plus perdu le sommeil que vous tous réunis" après ces attaques, à assuré l'ancienne secrétaire d'Etat.

Pour Slate, ce sont plutôt les républicains qui, par leurs questions de plus en plus agressives, ont échoué à prouver que leurs investigations ne sont pas simplement un moyen d'attaquer leur adversaire politique. Pour le site, elle a "renforcé son image de femme d'Etat intelligente et compétente" mais aussi "presque désamorcé la controverse sur ses e-mails". Même un éditorialiste républicain l'admettait, jeudi soir : "Il semble qu'Hillary Clinton ne va pas simplement survivre à cette audition : elle va en ressortir plus forte."

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