Affaire Jeffrey Epstein : "D'habitude les rumeurs complotistes viennent attaquer l'élite, alors qu'ici la rumeur est propagée par le pouvoir"

Donald Trump, le 9 août 2019, à Washington (États-Unis)
Donald Trump, le 9 août 2019, à Washington (États-Unis) (MAXPPP)

Après le "suicide apparent" du financier américain Jeffrey Epstein en prison, Donald Trump a relayé via son compte Twitter une théorie complotiste sur les époux Clinton.

Les théories se multiplient depuis la mort en prison, samedi 10 août, du financier américain Jeffrey Epstein, accusé d'avoir réduit en esclavage sexuel des dizaines des femmes mineures entre 2002 et 2005. Le président américain, Donald Trump, a véhiculé l'une de ses rumeurs en retweetant les propos complotistes d'un comique conservateur. "Il se place non pas du côté de l'élite corrompue, qu'il tente soi-disant de nettoyer depuis 2016, mais au contraire du côté du peuple qui lutte contre les mensonges d'État", a commenté sur franceinfo Thomas Snégaroff, journaliste et historien spécialiste des États-Unis.

franceinfo : Depuis samedi, les théories du complot se répandent sur les réseaux sociaux. Beaucoup d'Américains croient en un meurtre, plutôt qu'à un suicide. Que signifient ces rumeurs ?

Thomas Snégaroff : C'est l'idée que beaucoup de gens avaient intérêt à ce qu'il meure plutôt qu'à ce qu'il parle. L’enquête n'est pas achevée, l'enquête civile continue parce qu'il y a des complices. Ce qui est intéressant dans ces théories, c’est que d'habitude elles viennent attaquer l'élite, attaquer le pouvoir, alors qu'ici la rumeur est propagée par le pouvoir. C'est Donald Trump lui-même qui a retweeté un comique conservateur, Terrence K. Williams, qui a écrit que les époux Clinton étaient responsables de la mort de Jeffrey Epstein.

Que peut signifier ce retweet du président américain ?

D'abord, c'est une manière de dire qu'il n'a rien à voir avec cette histoire. Pourtant, il y a des images qui tournent, qui montrent qu'il a été très ami avec Jeffrey Epstein. En 2002, dans un portrait dans le New York Post, il déclarait : "Je connais Jeff depuis quinze ans, on dit même qu'il aime les jolies femmes autant que moi, et beaucoup sont plutôt jeunes." Donc il savait un peu qui était Jeffrey Epstein. Il a lui-même été accusé en 2016 d'avoir violé une jeune fille de 13 ans dans la résidence d'Epstein. Cela lui permet de dire : "Je ne fais pas partie de cette élite corrompue, de cette élite malsaine, je suis du côté du peuple."

Le peuple se pose des questions sur les agissements de l'élite. En véhiculant cette théorie, Donald Trump se place, non pas du côté de l’élite corrompue qu’il tente soi-disant de nettoyer depuis 2016, mais au contraire du côté du peuple qui lutte contre les mensonges d'État. Il est étonnant de voir un président qui se place de ce côté-là, alors qu’il est censé lui-même représenter l'État et l’élite de l’État.

L'enquête n'est pas finie, on ne peut pas imaginer que ces suites politiques restent de cette nature-là. Des candidats démocrates à la présidence demandent des comptes à la justice américaine.

Jeffrey Epstein avait-il des liens avec les partis politiques ?

Il a été proche du parti démocrate. Il a été invité au mariage de Chelsea Clinton. Il a transporté dans son avion Bill Clinton. Au sein de la Fondation Clinton, qu'il a beaucoup financée, on dit que c’était pour aller lutter contre le sida en Afrique. Il a été présent au cœur de toute cette vie politique new-yorkaise. Cela nourrit cette petite musique qui dit que les élites se croient tout permis, qu'elles sont au-dessus des lois.

Il y a plus de dix ans, Jeffrey Epstein a été arrêté pour les mêmes raisons. Il avait eu un aménagement de peine, il n'avait eu quasiment rien. Celui qui l'avait aidé à l'époque, c'est Alexander Acosta, alors procureur fédéral, devenu ministre du Travail de Donald Trump. Le 12 juillet, il a dû démissionner pour cette raison. L’administration Trump n'est donc pas non plus en dehors de tout ce scandale

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