Etats-Unis : destitution de Trump, attaques contre Warren et "pleine forme" de Sanders... Ce qu'il faut retenir du quatrième débat de la primaire démocrate

Douze candidats à l\'investiture démocrate en vue de l\'élection présidentielle américaine participent à un débat à Westerville (Ohio), le 15 octobre 2019.
Douze candidats à l'investiture démocrate en vue de l'élection présidentielle américaine participent à un débat à Westerville (Ohio), le 15 octobre 2019. (SAUL LOEB / AFP)

Douze candidats à l'investiture démocrate ont vivement critiqué Donald Trump et sa politique, lors de ce quatrième débat télévisé.

Jamais autant de candidats n'avaient participé à un débat pour la primaire démocrate. Douze prétendants à l'investiture du parti se sont fait face à Westerville (Ohio, Etats-Unis), mardi 15 octobre, lors d'une émission co-organisée par la chaîne CNN et le New York Times. Ce quatrième débat en vue de la présidentielle américaine de 2020 a notamment été marqué par un consensus des participants sur la procédure de destitution visant Donald Trump.

Joe Biden (ancien vice-président de Barack Obama), Elizabeth Warren (sénatrice du Massachusetts), Bernie Sanders (sénateur du Vermont), Kamala Harris (sénatrice de Californie), Pete Buttigieg (maire de South Bend, dans l'Indiana), Beto O'Rourke (représentant du Texas), Amy Klobuchar (sénatrice du Minnesota), Andrew Yang (entrepreneur), Julian Castro (ex-secrétaire au Logement de Barack Obama), Cory Booker (sénateur du New Jersey), Tulsi Gabbard (représentante de Hawaï) et Tom Steyer (milliardaire et militant écologiste) ont pris part à l'émission. Voici ce qu'il faut en retenir.

Un front uni sur la procédure de destitution

A moins de quatre mois du premier caucus dans l'Iowa, le 3 février prochain, les démocrates se sont une nouvelle fois collectivement attaqué à Donald Trump. Avec une différence notable par rapport au précédent débat, en septembre : cette fois, la conversation s'est concentrée sur la procédure de destitution lancée contre le président américain, trois semaines plus tôt.

L'ancien vice-président Joe Biden a mené la charge, affirmant que "ce président est le plus corrompu de l'histoire moderne". Le milliardaire fait aujourd'hui l'objet d'une procédure de destitution car il est soupçonné d'abus de pouvoir et d'avoir réclamé l'intervention d'une puissance étrangère dans la campagne électorale. En cause : un appel téléphonique durant lequel il a demandé au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d'enquêter sur Joe Biden et sur son fils, Hunter Biden. "Mon fils n'a rien fait de mal. Je n'ai rien fait de mal", a martelé le démocrate.

S'ils n'ont pas tenté de tirer parti des accusations contre Hunter et Joe Biden, les autres candidats ont, eux aussi, soutenu l'enquête ouverte par la Chambre des représentants. "L'impeachment est la façon de nous assurer que cet homme ne sera pas autorisé à enfreindre la loi encore et encore, sans conséquences", a assuré la sénatrice Elizabeth Warren. "Nos fondateurs avaient imaginé ce moment, un moment où nous avons un président corrompu, a abondé la sénatrice californienne Kamala Harris. C'est un de ces moments et le Congrès doit agir."

Elizabeth Warren, nouvelle cible pour ses concurrents

Pour la première fois depuis le début de la campagne pour la primaire démocrate, Elizabeth Warren s'est retrouvée dans le viseur des autres candidats. Jusqu'ici, Joe Biden, toujours en tête des sondages, concentrait les attaques contre lui. Mais la popularité croissante de la sénatrice du Massachussetts, désormais en deuxième position des intentions de vote, a changé la donne, note CNN (en anglais).

Ses concurrents centristes, le jeune maire Pete Buttigieg en tête, lui ont reproché des mesures "vagues" ou "punitives" sur la santé, l'impôt sur les grandes fortunes et la politique étrangère. L'ancienne professeure de droit à Harvard a notamment été prise à partie sur son refus de dire si son projet de sécurité sociale universelle s'accompagnerait d'une hausse des impôts.

Face à l'avalanche de tacles, signe de son nouveau statut de grande favorite, Elizabeth Warren s'est montrée stoïque, s'en tenant à son programme, mais sans faire d'étincelles. Elle est la candidate qui s'est le plus exprimée durant les trois heures de débat, selon le décompte de CNNSa capacité à réagir aux attaques pourrait être un point essentiel aux yeux des électeurs démocrates, qui veulent avant tout s'assurer qu'ils choisiront le candidat capable de battre Donald Trump, connu pour ses critiques acérées.

Le retrait de Syrie, un acte "honteux"

Les prétendants à l'investiture démocrate ont également critiqué la politique étrangère de Donald Trump. Notamment le très polémique retrait des troupes américaines du nord de la Syrie, un acte "honteux" de la part d'un chef d'Etat "instable et fou", selon Joe Biden. Le milliardaire "a commis une erreur monumentale, c'est un désastre total en Syrie", a ajouté Julian Castro.

Les deux seuls démocrates sur le plateau à avoir servi dans l'armée ont toutefois croisé le fer sur le sujet. Si "Donald Trump a le sang des Kurdes sur les mains, de nombreux élus" américains de tous bords aussi, car ils ont soutenu une guerre visant à "changer le régime" syrien, a tancé l'élue hawaïenne Tulsi Gabbard, 38 ans. "Vous avez totalement tort", lui a rétorqué froidement Pete Buttigieg, 37 ans, affirmant que le "massacre en Syrie n'est pas la conséquence de la présence américaine, c'est une conséquence du retrait et de la trahison par ce président d'alliés des Américains."

Un appel à la protection du droit à l'avortement

L'offensive républicaine contre l'interruption volontaire de grossesse (IVG) n'avait jusqu'ici presque jamais été abordée durant les débats de la primaire démocrate, relève le Guardian (en anglais). Plusieurs Etats conservateurs ont promulgué, ces derniers mois, des lois restreignant largement le droit à l'avortement. Avec un objectif : porter le dossier devant la Cour suprême et faire renverser le fameux arrêt – Roe vs Wade – qui autorise l'IVG.

Plusieurs candidats démocrates ont cette fois évoqué le sujet, mardi 15 octobre. "L'accès des femmes aux soins reproductifs (...) est attaqué, a asséné l'ancienne procureure Kamala Harris. Ce n'est pas une exagération que de dire que des femmes – des femmes pauvres, des femmes de couleur – vont mourir à cause de législateurs républicains (...) qui disent aux femmes ce qu'elles peuvent faire de leur corps."

La sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar, qui a réussi à se démarquer lors de ce débat, a directement interpellé le président américain. "Vous, Donald Trump, n'êtes pas du côté des femmes. Vous n'êtes pas du côté de la population de ce pays, alors que plus de 70% des gens veulent conserver l'arrêt [de la Cour suprême qui a légalisé l'IVG aux Etats-Unis]."

Buttigieg, Klobuchar et Sanders marquent des points

Bernie Sanders signait sur le plateau son grand retour dans la campagne après avoir été victime d'un infarctus le 1er octobre. Retrouvant son ton combatif, il a assuré qu'il livrerait une "campagne vigoureuse à travers le pays". "C'est comme ça que je pense rassurer les Américains", a-t-il ajouté, se risquant même à plaisanter sur sa "pleine forme"Il a annoncé qu'un "invité spécial" se rendrait au grand meeting qu'il prévoit samedi à New York. Il pourrait s'agir de la médiatique élue de la Chambre Alexandria Ocasio-Cortez, qui lui apporterait à cette occasion son soutien, d'après plusieurs médias américains.

La sénatrice Amy Kobluchar, qui ne recueille pour l'instant pas assez d'intentions de vote pour espérer participer au cinquième débat (prévu en novembre), s'est montrée particulièrement offensive. Selon le décompte de CNN, elle occupe le troisième rang du classement des candidats qui ont le plus pris la parole durant la soirée.

La prestation de Pete Buttigieg a également beaucoup marqué les esprits, note le New York Times (en anglais). Le maire de South Bend, dans l'Indiana, a attaqué le programme de santé d'Elizabeth Warren et répondu avec force à ses opposants. Durant un échange avec le représentant texan Beto O'Rourke sur le contrôle des armes à feu, il lui a lancé : "Je n'ai pas besoin de leçons de votre part sur le courage, qu'il soit politique ou personnel." Surtout, le modéré a dénoncé le "faux choix" qu'ont les électeurs démocrates entre les centristes, qui ne parviendraient pas à motiver les plus progressistes, et l'aile gauche représentée par Bernie Sanders et Elizabeth Warren.

L'âge de Biden, Sanders et Warren en question

La question de l'âge avancé des trois favoris dans la course à l'investiture démocrate à été évoquée rapidement mardi soir. La crise cardiaque de Bernie Sanders (78 ans) fait planer le doute sur sa capacité à tenir la distance d'une campagne présidentielle exténuante. Joe Biden, 76 ans, a lui déclaré que "son âge et son expérience" faisaient partie des ses atouts dans la course à la Maison Blanche, relève le Washington Post (en anglais). Avec l'âge "vient la sagesse", a poursuivi l'ancien vice-président.

Egalement interrogée sur cette question, la sénatrice Elizabeth Warren (70 ans) a promis de "travailler plus dur, mieux s'organiser et durer plus longtemps" que le candidat républicain à la présidentielle, qu'il s'agisse de "Donald Trump, Mike Pence [son vice-président] ou n'importe qui d'autre".

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