Taxes américaines sur l'acier et l'aluminium : "On est à la veille d'un engrenage de guerre commerciale"

Le président des Etats-Unis Donald Trump lors d\'un discours à la Maison Blanche, le 30 mai 2018. 
Le président des Etats-Unis Donald Trump lors d'un discours à la Maison Blanche, le 30 mai 2018.  (NICHOLAS KAMM / AFP)

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a estimé jeudi sur franceinfo que les taxes douanières imposées par Donald Trump sur l'acier et l'aluminium sont "injustifiés et injustifiables".

Les annonces de Donald Trump d’imposer des taxes sur l’acier et l’aluminium visant l’Union européenne, le Canada et le Mexique jeudi 31 mai sont "injustifiés et injustifiables", a déclaré sur franceinfo Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

"On ne fait pas ça à un allié. On ne peut pas se laisser imposer ce type de mesures", a lancé le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l’Europe qui affirme qu'il y aura des représailles à partir du 17 juin pour "nous défendre", avec des mesures "calibrées". Le contentieux sera porté devant l'OMC.

franceinfo : Comment réagissez-vous à cette décision américaine ?

Jean-Baptiste Lemoyne : La France, à l’unisson de l’Union européenne, déplore l’application par les autorités américaines de ces droits de douanes additionnels, parce qu’elles sont pour nous injustifiés et injustifiables. Le problème qu’a identifié le président Trump, c’est le fait qu’il y a de la production qui parfois est produite à prix cassé grâce à des subventions, des distorsions de concurrence…mais ce n’est pas l’Union européenne ni la France qui est à l’origine de ces problèmes. Il faut plutôt tourner son regard vers l’Asie. Nous, nous respectons pleinement toutes les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Nous considérons que nous sommes des alliés avec les Etats-Unis. On l’a encore prouvé il y a quelques semaines, quand il s’agit d’aller détruire des armes chimiques chez Bassar Al-Assad. Ce sont des soldats français aux côtés des Britanniques et des Américains. On ne fait pas cela à un allié. Nous déplorons cette mesure et nous soutenons l’UE dans la mise en place de mesures de rééquilibrage mais on ne peut pas se laisser imposer ce type de mesures.

L’Europe sera assez unie pour riposter ?

L’Union européenne est à un moment de vérité sur beaucoup de chantiers. Il nous revient d’affirmer une vraie souveraineté économique et financière. Quand on est ensemble, on est plus fort, et quand on est plus fort on ne se laisse pas marcher sur les pieds impunément. Je suis heureux de constater que la semaine dernière, on avait une unité, une solidarité sans faille, et surtout la très haute conscience qu’il est urgent de refonder toutes les règles qui régissent le commerce. On se rend bien compte que si on est à la veille de ce qui pourrait être un engrenage de guerre commerciale, c’est mauvais pour tout le monde.

Y aura-t-il des représailles ?

Nous allons prendre des mesures pour rééquilibrer, nous défendre. Nous le faisons dans le respect du droit international, donc l’UE s’est préparée. On a envoyé une sorte de menu de différents produits, secteurs sur lesquels nous pourrions prendre des mesures. Cette liste a été transmise à l’OMC et à partir du 17 juin prochain, nous pourrons faire ce choix, sur des secteurs ou produits sur lesquels nous allons prendre des mesures de rééquilibrage. On souhaite marquer le coup et le faire dans le souci d’éviter la notion d’escalade et de guerre commerciale. Ces mesures seront calibrées. Le principe est acté. Il est normal que nous montrions cette souveraineté et montrer qu’on ne fait pas ça à des alliés.

Allez-vous porter plainte à l’OMC ?

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker a dit que le contentieux devait être porté devant l’OMC, c’est nécessaire, car il s’agit de faire respecter des règles de droit international. Si on ne respecte pas le droit, c’est la loi de la jungle. On veut que la mondialisation soit équitable. On n’a pas besoin de casser la croissance et surtout qu’elle soit équitablement répartie.