Taxes américaines sur l'acier et l'aluminium : Donald Trump "sonne sans doute le glas pour l'Alena"

Le président américain Donald Trump envoie son poing à la foule alors qu\'il arrive à la base commune Ellington Field à Houston, au Texas, le 31 mai 2018.
Le président américain Donald Trump envoie son poing à la foule alors qu'il arrive à la base commune Ellington Field à Houston, au Texas, le 31 mai 2018. (JIM WATSON / AFP)

Corentin Sellin, professeur agrégé d'Histoire et spécialiste des États-Unis, rappelle, jeudi sur franceinfo, que le président américain est "entré dans le cycle des élections de mi-mandat" de novembre prochain et qu'il "se moque des conséquences internationales."

Les États-Unis ont mis leur menace à exécution dans la guerre commerciale qui les oppose à leurs partenaires en annonçant, jeudi 31 mai, l'application dès vendredi d'importants tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium importés de l'Union européenne, du Mexique et du Canada. Pour Corentin Sellin, professeur agrégé d'Histoire, spécialiste des États-Unis, invité de franceinfo jeudi, la décision de Donald Trump "sonne sans doute le glas pour l'Alena". On peut y voir aussi, selon lui "une sorte de rétorsion" vis-à-vis d'Angela Merkel "avec laquelle le courant ne passe pas".

franceinfo : Est-ce là une preuve que, pour Trump, les alliés ne comptent pas ?

Corentin Sellin : Par cette décision, Donald Trump porte peut-être un coup fatal à l'Association de libre-échange nord-américain [Alena], que les États-Unis avaient formé depuis le début des années 1990 avec le Canada et le Mexique, qu'ils étaient en train de négocier. Cette hausse soudaine des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium, pour la Canada et pour le Mexique, sonne sans doute le glas pour l'Alena. Cela, ce n'est pas rien dans le monde des alliances des États-Unis.

Dans les pays européens les plus visés, est-ce plutôt l'Allemagne et Angela Merkel qui sont les plus touchées ?

Oui. L'Allemagne sera le pays de l'Union européenne le plus touché par cette hausse des tarifs douaniers. On peut y voir une sorte de rétorsion d'un dirigeant envers une autre dirigeante qu'il n'apprécie pas et avec laquelle le courant ne passe pas. Au-delà, c'est une décision qui est un peu surprenante. Il faut rappeler le timing. Donald Trump avait laissé du temps aux européens pour négocier depuis début mars. Là, sans avoir annoncé la chose, il passe à l'acte et il augmente ses tarifs douaniers. C'est une défiance envers les alliés, mais aussi envers tout ce qui est négociation, tentative de compromis. On voit cette spécificité de Trump qui tranche dans le vif sans chercher de compromis.

Plus les mois passent plus s'impose une réalité : Donald Trump fait ce qu'il veut ?

Il fait ce qu'il veut et surtout il fait tout pour son électorat à lui. C'est encore une opération de politique intérieure. Il avait parlé de cette question du commerce lors de son meeting du week-end dernier à Nashville, au Tennessee, en plein cœur du "Trump-Land", blanc, conservateur. Il faut réaliser qu'il est entré dans le cycle des élections de mi-mandat de novembre prochain. Il entend vraiment satisfaire la promesse protectionniste qu'il a faite à un électorat ouvrier, blanc, qui a durement été touché par la désindustrialisation et par les délocalisations, que Trump attribue aux déficits commerciaux avec la Chine et le Mexique. Trump est en train de tenir cette promesse. Et cela doit être un coup gagnant électoralement. Il se moque des conséquences internationales.

Vous êtes à nouveau en ligne