Présidentielle américaine : pourquoi il ne faut pas avoir (trop) peur de Donald Trump

Donald Trump, lors du premier débat présidentiel républicain, à Cleveland (Ohio), le 6 août 2015. 
Donald Trump, lors du premier débat présidentiel républicain, à Cleveland (Ohio), le 6 août 2015.  (MANDEL NGAN / AFP)

Elu président de la République, Donald Trump sera-t-il aussi outrancier que durant la campagne ? Pourra-t-il tenir ses promesses les plus folles ? Voici trois raisons de penser que non.

La surprise, puis le vertige. Le 20 janvier 2017, au terme de la passation de pouvoirs avec Barack Obama, c'est bien Donald Trump qui posera ses valises à la Maison Blanche. Au terme d'une campagne souvent outrancière, le candidat républicain a fait mentir tous les sondages, et battu la démocrate Hillary Clinton lors de l'élection présidentielle américaine, mardi 8 novembre. Une élection qui inquiète beaucoup de monde en France comme dans le reste du monde.

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Dans cet article, franceinfo a listé les raisons de s'inquiéter après cette victoire. Mais pour être totalement équilibrés, voici également trois raisons de ne pas avoir (trop) peur de l'élection de Donald Trump.

1Beaucoup de ses mesures ne sont pas réalisables

Tout au long de sa campagne, Donald Trump n'a pas hésité à multiplier les propositions-chocs. Désormais élu président, aura-t-il seulement les moyens de les réaliser ? "La plupart des promesses de Donald Trump ne sont qu’incantatoires", raille Marie-Cécile Naves, docteure en sciences politiques à l’université Paris-Dauphine, interrogée par 20 Minutes. Et certaines "ne sont pas financées", souligne Alexis Karklins, directeur général délégué du cabinet de conseil financier Eight Advisory, cité par BFMTV.

Sa mesure phare – celle de construire un mur tout le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, censé empêcher l’entrée des immigrants illégaux sur le territoire américain – en est un bon exemple. Rien que la longueur de l’ouvrage (quelque 3 000 km), sa hauteur (entre 9 et 20 m) et son coût (de 6 à 12 milliards d'euros) posent question. Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Donald Trump lui-même s'est bien gardé d'avancer des chiffres précis sur ce projet de barrière géante.

"C'est de la pure science-fiction", estime Nicolas Martin-Breteau, spécialiste de l'histoire des Etats-Unis et maître de conférences à l'université Lille 3, interrogé par franceinfo. D'autant plus "science-fiction" que, pour des raisons d'urbanisme et d'environnement, "construire un mur le long du Rio Grande est interdit", rappelle la chercheuse Marie-Cécile Naves dans La Croix.

2Il n'aura pas les mains totalement libres

Avant de recevoir les clés du fameux bureau ovale le 20 janvier, Donald Trump va devoir réfléchir à l’équipe qui l’accompagnera à la Maison Blanche. Une tâche qui ne sera pas forcément aisée, quand on se souvient que le milliardaire s'est fâché avec bon nombre de ténors du parti républicain. Déjà échaudés par les provocations à répétitions de leur candidat, plusieurs avaient en effet jeté l'éponge après les propos dégradants sur les femmes prononcés par Donald Trump dans une vidéo de 2005, et révélée par des médias américains début octobre.

Les républicains sont extrêmement divisés, rares sont ceux qui ont publiquement soutenu Donald Trump, beaucoup ne voulaient pas de luiNicolas Martin-Breteau, spécialiste de l'histoire des Etats-Unisà franceinfo

"Donald Trump n'est pas préparé à exercer le pouvoir, abonde le politologue Yannick Mireur dans Le FigaroIl va prendre la mesure de ce que cela implique en termes de fonctionnement. Car s'il y a unité de gouvernement – l'exécutif et le législatif sont du même bord –, le parti est moribond et très divisé. Et le Congrès est pris en otage par une minorité intransigeante au sein des républicains à laquelle on aurait tort d'identifier Donald Trump."

Le nouveau président devra donc faire des compromis. "On croit souvent que le président américain est un surhomme, qu'il a tous les pouvoirs. C'est faux, il n'a pas un pouvoir extrêmement étendu, rectifie Nicolas Martin-Breteau. Même avec Congrès derrière lui – ce sera le cas pour Trump –, il y aura certainement des blocages. On l'a vu ces dernières années : le Congrès s'est souvent révélé être une force politique d'obstruction des politiques mises en œuvre par le président. Aux Etats-Unis, la notion de contre-pouvoir est importante." 

3Il va quitter ses habits de candidat pour ceux de président

Si le candidat Donald Trump ne s'est délibérément fixé à peu près aucune limite pendant la campagne, le président Donald Trump, lui, va forcément devoir changer de comportement. La fonction suprême va l'obliger à arrondir son discours. Il ne pourra ni tout faire, ni tout dire.

Après avoir fortement clivé durant la campagne, Donald Trump va désormais devoir essayer de rassembler un pays profondément divisé. Novice de la politique, il devra apprendre à "faire président". Pour cela, Trump "pourrait se désintéresser de la présidence et laisser les manettes à son vice-président et au gouvernement", estime Marie-Cécile Naves dans 20 Minutes. "Cela serait dans la tradition républicaine, avec un président qui s’occupe de l’international et de quelques dossiers."

Ses premiers mots de nouveau chef d'Etat, dans la nuit de mardi à mercredi, ont d'ailleurs laissé entrevoir ce changement de ton et de positionnement. Depuis son QG de campagne, à New York, le candidat élu a d'abord félicité Hillary Clinton, qui a "travaillé très longtemps et très durement", jugeant même que les Etats-Unis étaient "redevables" envers elle. Avant de promettre qu'il serait "le président de tous les Américains". "L'heure est venue pour l'Amérique de panser les plaies de la division. (...) Je connais le potentiel de notre pays. C'est énorme. Chaque personne aura la capacité d'utiliser ce potentiel. Personne ne sera laissé de côté", a-t-il insisté.

Qui a dit qu'il fallait avoir peur de Donald Trump ?

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