Présidentielle américaine : Donald Trump est riche, mais à quel point ?

Donald Trump, candidat aux primaires républicaines, lors d\'un meeting à Charleston (Etats-Unis), le 5 mai 2016.
Donald Trump, candidat aux primaires républicaines, lors d'un meeting à Charleston (Etats-Unis), le 5 mai 2016. (MARK LYONS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Dix milliards de dollars. C'est la fortune de Donald Trump, à en croire le businessman. Mais exagère-t-il son patrimoine ?

Sur le site de son entreprise (en anglais), il se présente comme "la définition même de la success story américaine", "l'archétype du businessman", "un négociateur hors pair". Donald Trump sait se vendre quand il s'agit de raconter son histoire : celle d'un magnat de l'immobilier qui a construit son empire par lui-même. En réalité, le candidat aux primaires républicaines s'est appuyé sur son père : Fred Trump, lui aussi professionnel de l'immobilier, fut à une époque l'un des hommes les plus riches des Etats-Unis, rappelle le Washington Post (en anglais).

Qu'importe : Donald Trump est riche. Très riche. Mais à quel point ? Sa dernière déclaration de patrimoine, déposée mardi 17 mai auprès de la Commission électorale fédérale des Etats-Unis, n'apporte pas de réponse définitive à cette question. Au moment où le milliardaire cherche à accéder à la Maison Blanche, l'ampleur de sa fortune fait débat outre-Atlantique. N'exagère-t-il pas son succès ?

Officiellement : une fortune de plus de 10 milliards de dollars

Donald Trump s'en félicite : sa déclaration de patrimoine fait 104 pages de long. "J'ai construit une entreprise incroyable, se félicite le milliardaire dans un communiqué de presse (en anglais). J'ai accumulé l'un des plus importants portefeuilles d'actifs immobiliers, qui sont pour la plupart considérés comme faisant partie des propriétés les plus élégantes et emblématiques du monde."

Il est vrai que l'empire Trump est vaste : un coup d'œil sur son site suffit pour s'en assurer. Le businessman a investi dans de nombreux immeubles, comme la Trump Tower de New York : un patrimoine évalué par ses soins à au moins 687 millions de dollars, détaille le New York Times (en anglais). S'y ajoutent des golfs, pour 550 millions minimum, des hôtels pour 100 millions, des avions pour 58 millions et même des vignes pour 6 millions. Donald Trump vend aussi son nom comme une marque, a possédé le concours Miss Univers et participé à une très populaire émission de téléréalité, "The Apprentice".

L\'entrée de la Trump Tower, à New York (Etats-Unis), le 8 avril 2016.
L'entrée de la Trump Tower, à New York (Etats-Unis), le 8 avril 2016. (BETH HARPAZ / AP / SIPA)

Au total, Donald Trump revendique une fortune de plus de 10 milliards de dollars et des revenus annuels de 557 millions. Sans compter, précise-t-il, les dividendes ou les royalties qu'il peut toucher. Et la campagne présidentielle n'aurait pas heurté son business, au contraire : il assure que son patrimoine a augmenté depuis sa dernière déclaration (PDF), effectuée en juillet 2015.

Des revenus exagérés, selon la presse

Donald Trump a fait de sa carrière d'homme d'affaires l'un de ses arguments de campagne, en mettant en avant, dans nombre de discours, ses succès et ses qualités de négociateur. Inévitablement, des journalistes économiques se sont penchés sur la réalité de sa fortune, difficile à évaluer. Car le milliardaire se refuse jusqu'à présent à dévoiler ses déclarations de revenus, où figurent des chiffres précis, explique le Washington Post. Les médias doivent se contenter des déclarations de patrimoine, où apparaissent des ordres de grandeur : certaines propriétés sont ainsi évaluées à plus de 5 millions de dollars, sans plus de détails.

Cela n'a pas empêché Fortune et le Wall Street Journal (en anglais) de se mettre au travail et d'arriver à des estimations similaires : quand Donald Trump évoque 557 millions de dollars de revenus annuels, le magazine les estime entre 143 et 180 millions de dollars, le quotidien à 160 millions (soit tout de même plus de 10 000 années de smic). "Trump a apparemment exagéré ses revenus, de beaucoup", en omettant notamment de retirer les dépenses de chacune de ses entreprises, comme les salaires, "ce qui pourrait être la raison pour laquelle il a essayé d'éviter jusqu'à présent de publier ses déclarations de revenus", écrit Fortune.

Sur l'intégralité de sa fortune, les estimations sont plus divergentes. Donald Trump parle de 10 milliards de dollars. Pour Bloomberg (en anglais), c'est plus de trois fois moins : 2,9 milliards. Forbes (en anglais), plus généreux, évoque la coquette somme de 4,5 milliards, ce qui place le businessman à la 324e place des milliardaires dans le monde. Réponse de l'intéressé : "Forbes est un magazine en faillite, ils ne savent pas de quoi ils parlent."

Des investissements pas si rentables ?

Quoi qu'il en soit, la carrière de Donald Trump n'est pas faite que de succès. Le site Gawker (en anglais) a listé ses échecs, parmi lesquels figurent la compagnie aérienne Trump, la vodka Trump, le jeu de société Trump, le magazine Trump ou encore l'université Trump. Et si le milliardaire n'avait pas le nez creux quand il s'agit d'investir son argent ?

Donald Trump présente un jeu de société à son nom, le 18 août 2004, à New York (Etats-Unis).
Donald Trump présente un jeu de société à son nom, le 18 août 2004, à New York (Etats-Unis). (JIM SULLEY/AP/SIPA / NEWSCAST / SIPA)

Entre 1988 et 2015, l'homme d'affaires a multiplié sa fortune par quatre, estime l'agence Associated Press (en anglais). Seulement par quatre, pourrait-on dire, puisque d'autres milliardaires ont fait bien mieux : sur la même période, le patrimoine de Bill Gates a été multiplié par plus de 70, celui de l'investisseur Warren Buffett par plus de 27.

Au bout du compte, tout cela importe peu, écrit le New Yorker (en anglais) : quoi qu'il en soit, Donald Trump est le plus riche des candidats à la présidentielle de l'ère moderne, démocrates et républicains confondus. La vraie question, écrit le magazine, c'est celle de la transparence et de la crédibilité : si Donald Trump voulait lever toute ambiguïté, il publierait tout simplement ses déclarations de revenus. Ce qu'il refuse obstinément de faire, sous prétexte que le fisc américain réalise actuellement un audit de sa fortune.

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