Présidentielle américaine : Clinton doit-elle s'inquiéter des sondages qui donnent Trump gagnant ?

Hillary Clinton, candidate aux primaires démocrates, lors d\'un meeting à l\'université Rutgers, dans le New Jersey (Etats-Unis), le 1er juin 2016.
Hillary Clinton, candidate aux primaires démocrates, lors d'un meeting à l'université Rutgers, dans le New Jersey (Etats-Unis), le 1er juin 2016. (DENNIS VAN TINE / NURPHOTO / AFP)

Personne ou presque n'aurait parié sur ce scénario il y a un an, mais, oui, Donald Trump peut remporter la présidentielle américaine. Le milliardaire est même arrivé en tête de certains sondages récemment.

Vue de ce côté de l'Atlantique, l'affaire semblait pliée. Comment les Américains pourraient-ils envoyer le fantasque Donald Trump à la Maison Blanche ? Quand il s'est lancé dans la course, sa victoire aux primaires républicaines semblait impossible, à en croire la plupart des experts. Elle est désormais réalité. Et le bureau ovale n'est plus hors de sa portée.

Il y a quelques semaines encore, Hillary Clinton bénéficiait d'une confortable avance, avec jusqu'à dix points d'écart sur le milliardaire dans les intentions de vote. Mais les sondages se sont récemment resserrés. Donald Trump a même été donné gagnant, à plusieurs reprises : dans un sondage pour le Washington Post, pour Fox ou pour le Rasmussen Reports (en anglais). L'ancienne secrétaire d'Etat a-t-elle des raisons de s'inquiéter ? Francetv info vous explique pourquoi il faut garder son calme (pour l'instant).

On se calme, il est un peu tôt pour faire un pronostic

On respire : l'élection générale, c'est dans 152 jours. A moins d'être Madame Irma, difficile de lire dans les sondages dès maintenant, prévient le Boston Globe (en anglais) : "Si vous paniquez face à chaque sondage qui évoque un scrutin serré d'ici à novembre, vous allez devenir dingue."

Pour preuve, le New York Times (en anglais) a analysé les études d'opinion pour toutes les élections présidentielles depuis 1980. En moyenne, à cette époque, il y avait plus de 8 points d'écart entre les intentions de vote données par les sondages et le résultat final. "L'élection va avoir son lot de rebondissements et de coups de théâtre, prévient le spécialiste des sondages Nate Silver sur son compte Twitter (en anglais). Ne vous inquiétez pas pour des sondages individuels ou des fluctuations de court terme."

En mai 2008, par exemple, Barack Obama était encore donné au coude-à-coude avec John McCain : il finira par gagner avec plus de 7 points d'écart six mois plus tard. En mai 2000, les intentions de vote prédisaient à George W. Bush une large victoire, avec plus de 5 points d'avance sur Al Gore : l'élection se terminera dans un mouchoir de poche, avec un psychodrame sur le décompte des voix en Floride. Plus loin encore, en mai 1988, Michael Dukakis était encore loin devant George H. W. Bush (le père de George W.) : qui connaît encore son nom de ce côté de l'Atlantique ?

Et puis, bon, ce sont des sondages nationaux

Alors, oui, les Etats-Unis voteront bien le 8 novembre, mais pas d'un seul bloc. En réalité, l'élection se jouera Etat par Etat, au suffrage universel indirect. Car, en définitive, ce seront 538 grands électeurs qui décideront de l'identité du successeur de Barack Obama. Et tous les Etats ne sont pas égaux dans cette équation : la Californie dispose de 55 électeurs, quand l'Alaska n'en a que trois, par exemple.

Dans ces conditions, une avance au niveau national n'a pas vraiment de sens. Certes, ce n'est pas arrivé très souvent, mais il est tout à fait possible de remporter l'élection sans avoir une majorité de suffrages dans l'ensemble du pays : cela a été le cas en 1876 et en 1888 mais aussi, plus proche de nous, en 2000. Cette année-là, Al Gore avait obtenu 543 895 voix de plus que George W. Bush au niveau national : cela ne l'a pas empêché de perdre l'élection, avec seulement 266 grands électeurs contre 271 pour son adversaire.

Pour se faire une idée précise des chances de chaque candidat, il faut donc disposer d'études dans plusieurs Etats. Et là encore, il faut faire preuve de patience. "S'intéresser au collège électoral, c'est super une fois que vous avez des données riches – des sondages récents et multiples de chaque Etat, précise Nate Silver. Et nous n'aurons pas cela avant quelques mois." A l'heure actuelle, par exemple, on ne compte que 39 sondages Trump contre Clinton pour les Etats stratégiques de l'Ohio, de la Floride et de Pennsylvanie. En 2012, il y en avait eu 126 dans le mois précédant l'élection de Barack Obama pour un second mandat, rappelle FiveThirtyEight (en anglais).

En plus, la carte électorale n'est pas très favorable à Trump

Donald Trump aime les challenges. Face à lui s'en trouve un à la mesure de son ego : le milliardaire promet de redessiner la carte électorale des Etats-Unis. "Je vais gagner dans des Etats où aucun républicain n'oserait même faire campagne", prédisait-il dans une récente interview à Associated Press (en anglais). Pour l'emporter, le businessman compte capitaliser sur sa popularité auprès des Blancs issus de la classe ouvrière, explique l'agence.

Sauf que voilà, Donald Trump part avec un sacré handicap. A chaque élection présidentielle entre 1992 et 2012, les candidats démocrates ont systématiquement remporté 18 Etats, auxquels s'ajoute le district de Columbia, analyse le Cook Political Report (PDF en anglais). Soit 242 grands électeurs, quand il en faut 270 pour remporter l'élection. Il suffirait à Hillary Clinton de poursuivre sur cette lancée et de remporter la Floride pour s'assurer l'entrée à la Maison Blanche, remarque le Washington Post (en anglais).

Dans certains Etats stratégiques, le milliardaire aura du mal à se faire entendre, pense le New York Times (en anglais). Le journal évoque le cas du Colorado : la ligne très dure de Donald Trump sur l'immigration risque de ne pas plaire auprès de l'électorat de cet Etat, où la population hispanique est plus importante que la moyenne nationale. A contrario, son discours sur les accords internationaux pourrait lui servir dans la Rust Belt, la "ceinture de la rouille" du nord-est du pays, industrielle et en crise : la Pennsylvanie est une cible possible, selon le quotidien américain. Mais la route vers la Maison Blanche est encore semée d'embûches.

Mais bon, quand même, Sanders fait mieux que Clinton…

Reste qu'il est difficile de faire des prédictions tant l'élection de 2016 est inédite : jamais les candidats démocrate et républicain n'ont fait face à autant de défiance des électeurs, note FiveThirtyEight (en anglais). Donald Trump atteint en moyenne 58,4% d'opinions défavorables, selon les récents sondages, et Hillary Clinton ne fait pas beaucoup mieux, avec 55,4%.

Plus préoccupant pour la démocrate, son challenger durant les primaires, Bernie Sanders, est nettement plus populaire auprès des électeurs : le sénateur obtient 49% d'opinions favorables. Et, dans les sondages, il apparaît mieux placé que l'ancienne secrétaire d'Etat pour défaire le milliardaire : à en croire les récentes études, il devancerait largement Donald Trump en cas de face-à-face, avec 48,8% des intentions de vote, contre seulement 37,8% pour le businessman.

Un fait que Bernie Sanders ne manque pas de rappeler. "Actuellement, dans tous les principaux sondages récents, que ce soit au niveau national ou au niveau des Etats, nous battons Donald Trump, souvent largement, toujours bien plus largement que Hillary Clinton", a récemment argumenté le sénateur à la télévision. Certes, Bernie Sanders n'a pas subi autant d'attaques que la secrétaire d'Etat, note le New York Times (en anglais). Mais ses supporters sont aussi plus rétifs à l'idée de se rallier à Hillary Clinton, remarque le Washington Post (en anglais). Ce sera d'ailleurs l'un des enjeux après la convention démocrate de juillet : la candidate réussira-t-elle à convaincre les pro-Sanders de voter pour elle ?

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