Menace de Donald Trump sur le vin français : "C’est très certainement très préoccupant"

Les vignobles de la cave Georges Roumier et le château du Clos Vougeot (arrière-plan) à Chambolle-Musigny, en Bourgogne, le 4 septembre 2017.
Les vignobles de la cave Georges Roumier et le château du Clos Vougeot (arrière-plan) à Chambolle-Musigny, en Bourgogne, le 4 septembre 2017. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Le vigneron François Labet, président de l’interprofession des vins de Bourgogne, explique, samedi sur franceinfo, craindre pour la filière viticole en Bourgogne ainsi que pour les emplois si de tels menaces étaient mises en place.

Dans un tweet, vendredi 26 juillet, Donald Trump a promis à la France des mesures de rétorsion sur le vin français, à savoir des taxes douanières supplémentaires en représailles de la taxe Gafa adoptée le 11 juillet dernier. François Labet, président de l’interprofession des vins de Bourgogne, vigneron près de Dijon, a expliqué, samedi sur franceinfo, pourquoi il avait des craintes devant ces menaces.

franceinfo : Comment considérez-vous cette menace de Donald Trump ?

François Labet : On la prend au sérieux. C'est toujours extrêmement dommageable pour nous d’être pris en otages. C’est un grand classique. Le marché américain est un marché important : pour la Bourgogne, c’est 25% de ses exportations. Ça représente à peu près 20 millions de bouteilles exportées chaque année. Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’au niveau mondial, toutes les grandes régions de production, européennes ou américaines, se battent pour que nous ne soyons plus pris en otages ni d’un côté ni de l’autre. Il faut se souvenir qu’au printemps, le président Trump avait dit tout à fait faussement que la France taxait les vins américains d’une façon trop élevée. Ce système de taxation est européen, il n’est pas du tout hexagonal. Effectivement, les vins français à l’import aux Etats-Unis sont un tout petit peu moins [taxés] que les vins américains à l’import en Europe, mais on parle de quelques centimes. Aujourd’hui, c’est très certainement très préoccupant, comme peut l’être de l’autre côté le Brexit en Grande-Bretagne.

A qui vendez-vous les vins de Bourgogne aux Etats-Unis ?

Le circuit de distribution aux Etats-Unis est extrêmement complexe. Nous vendons en général à des importateurs qui revendent eux-mêmes à des distributeurs, qui revendent eux-mêmes à des détaillants ou à des restaurants. Le client particulier se fournissant principalement chez les cavistes. [L'image du vin français aux Etats-Unis] est extrêmement bonne pour plusieurs raisons. D’abord, parce que les vins français sont très bons, ils ont un rapport qualité-prix formidable. On parle souvent des grands, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Toutes les régions françaises aujourd’hui produisent des vins de grande qualité.

Que représente le marché américain pour la Bourgogne ?

C’est le premier marché export pour nous, le deuxième étant la Grande-Bretagne, le troisième étant le Japon. La Chine n’est pas au niveau d’autres régions productrices françaises pour ce qui est de la Bourgogne. La Bourgogne est un petit peu compliquée à comprendre. Les marchés matures et traditionnels sont toujours nos premiers marchés : Scandinavie, Benelux, en dehors de la Grande-Bretagne, la Suisse et Outre-Mer, les Etats-Unis et le Canada en très bonne progression. La filière [viticole] en Bourgogne, c’est 4 000 exploitations. En emplois directs, c’est à peu près 40 000 personnes mais les emplois indirects sont très nombreux avec les fabricants de bouteilles, de cartons, d’étiquettes, etc. C’est à peu près 100 000 personnes pour la Bourgogne.

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