"Les fondamentaux de la politique étrangère française vont assez mal s'accorder" avec ceux de Donald Trump

Donald Trump à New York, le 9 novembre 2016, après l\'annonce de son élection à la présidence des États-Unis
Donald Trump à New York, le 9 novembre 2016, après l'annonce de son élection à la présidence des États-Unis (JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

L'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, mercredi 9 novembre, ouvre une période d'incertitude dans le monde. Pour Olivier Chopin, spécialiste en sécurité internationale, certains renversements de politique étrangère sont possibles.

Il menace de sortir de l'Otan. Il veut battre le groupe État islamique avec l'aide de la Russie et renégocier l'accord nucléaire avec l'Iran. Quelles peuvent être les conséquences géopolitiques de l'élection de Donald Trump mardi 8 novembre à la présidence américaine ? franceinfo a posé la question à Olivier Chopin, enseignant à Science Po et spécialiste des questions de sécurité internationale.

franceinfo : L'élection de Donald Trump comporte-t-elle le risque d'une déstabilisation de la scène internationale ?

Olivier Chopin : Le mot "déstabilisation" est un peu fort et c'est sans doute trop tôt pour le dire. Il règne pour le moment une certaine incertitude sur les intentions de Donald Trump. Si certaines propositions de campagne du républicain sont effectivement mises en œuvre dans la politique étrangère et de sécurité américaine, cela va provoquer un certain nombre de renversements.

Par exemple, l'Otan était jusqu'à maintenant une organisation destinée à contenir la possibilité d'une résurgence de la puissance russe ou des menaces à l'est de l'Europe. Si un rapprochement de Washington et de Moscou aux dépends des Européens devient effectif, ce serait un renversement important de la politique étrangère de ces soixante dernières années.

La crise syrienne est l'un des grands dossiers internationaux que devra gérer Donald Trump. Son arrivée à la présidence est-elle une bonne nouvelle dans la lutte contre Daech ?

Si l'on considère que Daech doit être détruite de manière brutale et par tous les moyens possibles, une alliance russo-américaine serait très efficace. Mais les dommages collatéraux et les victimes civiles des frappes russes sont déjà très préoccupants. Si les États-Unis appuient la Russie, cela posera un problème majeur à certains partenaires européens, notamment à la France et à l'Allemagne. Ce n'est pas un jeu totalement libre pour Donald Trump. 

Les relations franco-américaines peuvent-elle prendre un coup de froid ?

Les fondamentaux de la politique étrangère française, qui repose sur la promotion du droit et un certain idéalisme, vont assez mal s'accorder avec une politique réaliste, froide et calculatrice de Donald Trump. Mais n'oublions pas que la politique américaine est structurée par l'idée des intérêts nationaux et des rapports de puissance. Aux yeux de Donald Trump, il faut laisser agir ceux qui pourront mieux agir que les États-Unis. Cela signifie que le renforcement de l'Europe de la défense va devenir une nécessité. Au sein de l'Otan également, les Européens vont devoir faire un effort pour financer et participer militairement beaucoup plus à leur propre défense. On peut imaginer un rééquilibrage assez important.

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