Les Etats-Unis ont-ils le droit d'acheter le Groenland ?

Upernavik, un petit village de l\'ouest du Groenland (Danemark), le 11 juillet 2015. 
Upernavik, un petit village de l'ouest du Groenland (Danemark), le 11 juillet 2015.  (LINDA KASTRUP / RITZAU SCANPIX / AFP)

Le président américain, Donald Trump, envisage d'acheter cette immense île gelée, territoire autonome du Danemark. Mais dans les faits, un tel processus est extrêmement rare et protégé par la charte des Nations unies. 

"Cela doit être un poisson d'avril", a réagi sur Twitter l'ancien Premier ministre du Danemark Lars Lokke Rasmussen. Il faut dire que la nouvelle apparaît pour le moins étonnante : Donald Trump serait intéressé par le rachat du Groenland, territoire autonome du Danemark, pour l'intégrer aux Etats-Unis, ont indiqué jeudi 15 août des sources proches du président. 

Certains de ses conseillers ont démenti et considèrent que le projet, évoqué lors d'un dîner au printemps dernier, relevait de la plaisanterie. D'autres, au contraire, estiment que le locataire de la Maison Blanche envisage réellement l'achat du territoire, où les Etats-Unis possèdent déjà une base aérienne. 

Dans l'histoire, une pratique courante

Dans les faits, il est possible d'acheter un pays et certains Etats ont acquis des territoires par la conquête militaire ou des accords financiers. L'achat d'un territoire serait loin d'être une première pour les Etats-Unis, qui ont été historiquement les spécialistes mondiaux en la matière. L'exemple le plus emblématique reste l'achat de la Louisiane, vendue par la France en 1803 pour 15 millions de dollars, afin de financer les campagnes militaires de Napoléon Bonaparte, comme le raconte L'Express. En 1867, les Etats-Unis ont réitéré en rachetant l'Alaska à la Russie pour 7,2 millions de dollars. Leur dernier achat date de 102 ans quand, en 1917, le pays a acquis pour 25 millions de dollars, les Iles Vierges et leurs 26 000 habitants... au Danemark justement. 

S'il n'y a plus eu de telles acquisitions depuis de nombreuses années, une autre pratique se développe : certains Etats louent ou achètent des portions entières appartenant à des pays tiers pour exploiter leurs zones agricoles. Il y a dix ans, la Corée du Sud s'est ainsi positionnée comme le premier acheteur de terres, en exploitant plus d'un million d'hectares de surfaces agricoles à Madagascar. Depuis, la Chine a massivement investi en Afrique. Et en France, depuis quelques années, des fonds d'investissements chinois achètent des milliers d'hectares de terres.

Un processus encadré

Mais le rachat d'un territoire par un autre reste rare et très encadré. La question pour un Etat de céder un territoire lui appartenant relève des droits nationaux qui lui sont propres et le processus d'achat ne doit pas contredire le principe d'intégrité territoriale, garanti par la charte des Nations unies

"Un tel processus doit donc nécessairement respecter la volonté des populations concernées et ne peuvent être mis en œuvre que suite à la libre expression de leurs vœux", précise Bernard Mandeville à Atlantico. En France, l'article 5 de la Constitution garantit l'intégrité du territoire : si une parcelle de terres est vendue dans l'Hexagone, le pays garderait toutefois sa souveraineté et la population resterait française.

Une fin de non-recevoir du Groenland

L'importance géopolitique et les réserves minérales de l'île couverte de glaciers et peuplée d'un peu moins de 60 000 habitants a déjà été convoitée auparavant. En 1946, le président Harry Truman avait déjà proposé au Danemark d'acheter le Groenland pour 100 millions de dollars, afin d'en faire un avant-poste militaire. Le Groenland s'est vu accorder l'autonomie par les Danois en 1979 et, en 2008, a obtenu par référendum une autonomie encore plus étendue par rapport au Danemark, même si Copenhague continue de contrôler la défense, la politique étrangère et la politique monétaire du territoire. 

Mais le gouvernement du Groenland ne semble pas du tout intéressé par la proposition de Donald Trump. "Nous sommes ouverts aux relations d'affaires, mais nous ne sommes pas à vendre", a déclaré la ministre des Affaires étrangères du gouvernement autonome du Groenland, Ane Lone Bagger. 

Vous êtes à nouveau en ligne