La rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un, "pas si improvisée que cela", selon une spécialiste des deux Corées

Le leader nord-coréen et le président américain, le 30 juin 2019, à Panmunjom, en Corée du Nord, dans la zone démilitarisée.
Le leader nord-coréen et le président américain, le 30 juin 2019, à Panmunjom, en Corée du Nord, dans la zone démilitarisée. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

Juliette Morillot, journaliste spécialiste des deux Corées, revient sur franceinfo sur la rencontre entre Donald Trump et le leader nord-coréen, Kim Jong-un, ce dimanche, dans la zone démilitarisée entre les deux Corées.

Le président américain Donald Trump a rencontré le leader nord-coréen, Kim Jong-un, dimanche 30 juin, dans la zone démilitarisée entre les deux Corées. Un moment "historique", explique Juliette Morillot, journaliste spécialiste des deux Corées, co-auteure de La Corée du Nord en 100 questions et de Le monde de Kim Jong-un. Invitée de franceinfo, elle exlique qu'avec l'activité diplomatique et militaire autour de la DMZ [la zone démilitarisée à la frontière entre les deux Corées] depuis une semaine, la rencontre n'était en réalité pas vraiment improvisée.

franceinfo : C'est la troisième rencontre entre les deux chefs d'État depuis juin 2018. Mais une poignée de mains à cet endroit, et un président des États-Unis qui franchit la frontière et pose un pied en Corée du Nord, c'est historique ?

Juliette Morillot : Oui, le mot historique est très souvent galvaudé. Mais pour le coup, ça n'est jamais arrivé. Un président américain allant en Corée du Nord, et puis, un président nord-coréen allant véritablement au Sud, alors que la dernière fois, il n'y avait eu qu'un petit pas fait au-dessus du muret de la frontière, c'est doublement historique. On est 70 ans après la guerre de Corée, et on peut espérer que cette succession de gestes symboliques augure d'un apaisement, d'une paix. Pour le reste, c'est plus compliqué.

Donald Trump a dit qu'il inviterait bien son homologue nord-coréen à la Maison Blanche. Le dictateur pourrait-il vraiment s'y rendre ?

Souvenez-vous, il y a deux ans, au moment où Donald Trump a pris le pouvoir, il a dit qu'il allait régler tous ces problèmes-là et qu'il allait inviter Kim Jong-un à manger un hamburger à la Maison Blanche. Personne n'y croyait, c'était une boutade à la Trump, et puis finalement, ça arrive. Ça pourrait bien se passer. Je pense que Kim Jong-un est un leader qui n'a pas froid aux yeux, et même s'il y a des questions de sécurité très importantes, je pense qu'il pourrait éventuellement accepter cette invitation. Ceci dit, Trump a invité cette fois-ci Kim Jong-un à le rencontrer sur la DMZ par tweet. Ça, c'est le sommet de l'iceberg. Depuis une semaine, on voyait qu'il y avait une activité diplomatique et militaire, autour de la DMZ et autour de ce lieu de rencontre : des rencontres très importantes qui montrent que ce n'est pas si improvisé que cela, et ce qui dénote donc une volonté réelle des deux hommes et de la Corée du Sud de faire avancer le dossier.

Donald Trump a redit ce dimanche qu'il n'était pas pressé de conclure un accord avec Pyongyang sur l'abandon de son programme nucléaire. Pourtant, c'est tout ce qui a provoqué ces démarches de rapprochement. Depuis février, on sait que les négociations sont au point mort. Comment faut-il décoder tout cela ?

Déjà, je dirais que s'il est évident que pour Trump, il s'agit de marquer l'Histoire en rencontrant Kim Jong-un, pour Kim Jong-un, il est plus difficile de voir l'intérêt qu'il a derrière cette rencontre. Paradoxalement, alors qu'on est au coeur d'une volonté de dénucléarisation, son intérêt est de montrer à tout le monde qu'il est accepté comme une puissance nucléaire. Alors oui, les relations se sont refroidies depuis l'échec de Hanoï, mais il ne faut pas oublier qu'il y a deux ans, on était au bord d'une guerre nucléaire, et que le principal est de poursuivre ces liens qui ont été empreints de méfiance et d'agressivité depuis 70 ans. Donc ça prend beaucoup de temps de rétablir tout cela. Je pense que Trump réalise que la dénuclérisation ne se fera pas si vite. Et du côté nord-coréen, ce que l'on veut, c'est une levée des sanctions, et il ne faut pas oublier que l'arme nucléaire est dans la Constitution depuis 2012, donc tout ceci est un peu fumeux.

Comment les Coréens du Sud et du Nord apprécient-ils ce réchauffement diplomatique ?

Je pense qu'ils voient ça d'un bon oeil, parce que l'apaisement sur la péninsule et la paix est toujours un objectif important. Ceci dit, en Corée du Nord, il a fallu quand même transformer l'optique de ce pays, qui depuis des années était cimenté derrière la haine de l'impérialiste américain. Maintenant, il est cimenté derrière la personnalité assez charismatique d'homme portant la paix de Kim Jong-un, même si à nos yeux d'Occidentaux cela paraît un petit peu paradoxal, mais avec derrière cela en filigrane, pour le peuple nord-coréen, la promesse d'un rapprochement avec le Sud et surtout d'une vie économique qui s'améliorerait. Là, on reboucle l'ensemble, il n'y aura progrès sur la dénucléarisation que s'il y a levée des sanctions économiques pour la Corée du Nord.

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