Etats-Unis : on vous explique pourquoi Donald Trump est parti en guerre contre TikTok

Le logo de l\'application TikTok sur un téléphone portable, à Thessalonique, en Grèce, le 1er août 2020. 
Le logo de l'application TikTok sur un téléphone portable, à Thessalonique, en Grèce, le 1er août 2020.  (NICOLAS ECONOMOU / NURPHOTO / AFP)

Le président américain a menacé, vendredi, d'interdire aux Etats-Unis le réseau social, qu'il soupçonne de travailler pour le compte des autorités chinoises. 

Vendue ? Rachetée ? Bannie ? Après des semaines de rumeurs et de tensions, le président américain a annoncé, vendredi 31 juillet, à des journalistes sa volonté d'interdire l'application TikTok et d'acter cette décision rapidement. 

Plébiscitée par les jeunes, la plateforme de vidéos en voit de toutes les couleurs depuis plusieurs semaines, entre menaces d'interdiction au sommet et négociations au point mort. Franceinfo fait le point sur la bataille qui oppose la Maison Blanche au réseau social. 

1D'abord, c'est quoi TikTok ? 

Téléchargée plus d'1,6 milliard de fois dans le monde depuis son lancement en 2016, dont 123 millions aux Etats-Unis, TikTok est particulièrement plébiscitée depuis le début de l'année. Les publications de ses utilisateurs sont souvent des vidéos musicales, de 15 à 60 secondes, généralement agrémentées de filtres et d'effets spéciaux. 

Sa popularité s'est accentuée pendant la pandémie de Covid-19 : les "tiktokeurs" se lançaient des défis pour s'occuper et suivaient les "influenceurs" les plus en vue sur la plateforme. Le réseau social est surtout plébiscité par de jeunes utilisateurs, entre 16 et 24 ans. 

2Pourquoi le réseau social est-il dans le viseur de la Maison-Blanche ?

L'application américaine, qui appartient au groupe chinois ByteDance, est soupçonnée par Washington de capter les données personnelles de ses utilisateurs et de les partager avec Pékin. Elle fait l'objet d'une enquête du CFIUS, l'agence américaine chargée de s'assurer que les investissements étrangers ne présentent pas de risque pour la sécurité nationale. Aucun rapport public n'a été publié jusqu'ici.

Après plusieurs semaines de tension, Donald Trump a tranché en annonçant vendredi à des journalistes à bord de l'avion présidentiel Air Force One qu'il allait interdire l'application aux Etats-Unis, indiquant même qu'il comptait signer le document dès le lendemain. 

Cette annonce a pris tout le monde de cours, y compris les médias américains, qui croyaient savoir que le président allait plutôt imposer à ByteDance de vendre TikTok. Selon eux, Microsoft était en train de négocier avec le groupe le rachat des activités américaines de TikTok. Sans l'annonce de Donald Trump, le Wall Street Journal (article en anglais) indique que les discussions auraient pu aboutir dès lundi.

3Comment se défend la plateforme ?

L'entreprise a toujours nié partager des données avec les autorités chinoises et a assuré ne pas avoir l'intention d'accepter de requêtes en ce sens. Il y a quelques jours, TikTok s'était engagée à avoir un haut niveau de transparence et notamment à permettre des contrôles de ses algorithmes, pour rassurer les utilisateurs et les régulateurs.

Nous ne sommes pas politiques, nous n'acceptons pas de publicité politique et nous n'avons pas d'agenda. Notre seul objectif est de rester une plateforme animée et dynamique appréciée de tous.Kevin Mayer, patron de Tik Tokdans une note de blog

Si la collecte des données est monnaie courante au sein des applications mobiles, difficile de savoir si celles-ci sont ou non utilisées par Pékin. Pour se montrer rassurants, "les dirigeants de ByteDance ont pris la décision, dès le rachat de l’application concurrente Musical.ly et sa fusion avec TikTok en 2016, de maintenir une structure basée aux Etats-Unis, indépendante de sa version chinoise Douyin", explique Le Mondequi précise que "la modération est également effectuée depuis des bureaux situés à Los Angeles, Dublin, Singapour, etc., dans le but de ne pas être accusé d’être un programme d’espionnage et de déstabilisation diligenté par Pékin".

"Nous sommes ici pour rester", a déclaré dès samedi Vanessa Pappas, responsable de la branche Etats-Unis de TikTok, dans une vidéo postée sur l'application, à l'attention des utilisateurs.

Nous sommes ici pour rester. Continuez à faire entendre votre voix ici et continuons à soutenir TikTok !Vanessa Pappas, responsable de la branche Etats-Unis de TikTok

Elle s'est aussi dite "fière" des 1 500 employés américains et a promis de créer "10 000 emplois additionnels dans ce pays au cours des trois prochaines années".

4Quelles sont les réactions de ses utilisateurs ?

Après l'annonce du président américain, les "tiktokeurs" Américains ont vivement et largement réagi sur les réseaux sociaux. Paniqués, de nombreux utilisateurs ont multiplié les prises de parole direct sur leurs comptes ou posté des vidéos "incitant leurs fans à les suivre sur d'autres plateformes comme Instagram, YouTube, Twitter et l'application vidéo Triller", explique CNN (article en anglais).

Entre réactions sarcastiques ou déprimées, ils ont exprimé leur colère ou leur amusement, parfois même leur angoisse. L'un de ses utilisateurs a ainsi posté un titre d'adieu, où il rend notamment hommage à la plus grande star de la plateforme : Charli d’Amelio, qui compte plus de 75 millions d'abonnés.

Sur une autre vidéo, vue plus d'1,5 million de fois, une femme s'étale de la peinture orange sur le visage et construit un mur en briques, sous l'intitulé "Moi en train de convaincre Trump de nous laisser garder TikTok".

5Donald Trump peut-il vraiment bannir la plateforme des Etats-Unis ?

Selon le New York Times, Donald Trump pourrait passer à un décret en s'appuyant sur les larges pouvoirs que lui confère la loi sur "l'International Emergency Economic Powers Act" qui permet d'interdire certaines applications étrangères dans les magasins d'applications américains.

Certains pays ont d'ailleurs déjà franchi le pas, comme l'Inde, où l'application est bannie depuis le 30 juin. TikTok a en effet été placé en tête de la liste de 59 applications chinoises bloquées par New Delhi sur son territoire pour "assurer la sécurité et la souveraineté du cyberespace indien". Le Pakistan, pays musulman très conservateur, a quant à lui lancé récemment "un ultime avertissement" à l'application de partage de vidéos TikTok afin qu'elle supprime de sa plateforme des contenus jugés "immoraux, obscènes et vulgaires".

Toutefois, "bannir une plateforme, même si c'était légalement possible, nuit à la liberté d'expression en ligne et ne fait rien pour résoudre le problème plus vaste de la surveillance gouvernementale non justifiée", a réagi Jennifer Granick, de la puissante organisation de défense des droits civiques ACLU.

Par ailleurs, cette interdiction n'irait pas forcément dans le sens de Donald Trump, à quatre mois des présidentielles. "Les Etats-Unis seraient les grands perdants si TikTok était bannie", a déclaré samedi Daniel Castro, vice-président de la Information Technology and Innovation Foundation, dont les vues sont généralement alignées sur celles des géants de la tech. "Des millions d'Américains, y compris de nombreux supporters de Trump, l'utilisent pour créer et partager des contenus. (...) Tous ses serveurs sont situés hors de Chine, et il n'y a aucune preuve qu'elle constitue une menace pour la sécurité nationale", explique-t-il. 

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