Etats-Unis : le candidat démocrate Joe Biden estime qu'un Noir n'est "pas noir" s'il pense voter Trump

Le candidat démocrate à la présidentielle américaine, Joe Biden, le 12 mars 2020 à Wilmington (Etats-Unis).
Le candidat démocrate à la présidentielle américaine, Joe Biden, le 12 mars 2020 à Wilmington (Etats-Unis). (SAUL LOEB / AFP)

Rival de Donald Trump en novembre, Joe Biden a été accusé de racisme après une déclaration polémique lancée dans une émission de radio. "Je n'aurais pas dû être aussi désinvolte", s'est excusé l'ancien vice-président américain, en regrettant ses propos "fâcheux".

Nouvelle polémique dans la campagne présidentielle américaine. Le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden a été accusé de racisme vendredi 22 mai par l'équipe de son rival Donald Trump après avoir dit à un animateur de radio qu'il n'était "pas noir" s'il songeait à voter pour le président républicain en novembre. "Je n'aurais pas dû être aussi désinvolte", a déclaré l'ancien vice-président américain, 77 ans, en regrettant ses propos "fâcheux""Personne ne devrait avoir à voter pour un parti sur la base de sa race, sa religion, ses origines", a insisté l'ancien bras droit de Barack Obama.

Tout est parti d'un entretien accordé à Charlamagne Tha God, une personnalité qui co-présente une émission populaire de radio new-yorkaise, "The Breakfast Club", diffusée vendredi. Lorsque Joe Biden a dit qu'il devait mettre fin à l'entretien, après quelque 17 minutes, l'animateur lui a répondu: "Ecoutez, vous devez venir nous voir quand vous viendrez à New York, VP Biden (...). Nous avons plus de questions" avant la présidentielle du 3 novembre. "Vous avez plus de questions? Je vais vous dire, si vous avez un problème pour décider si vous êtes pour moi ou pour Trump, alors vous n'êtes pas Noir", lui a répondu l'ancien vice-président de Barack Obama.

La colère d'un sénateur noir républicain

L'équipe de Donald Trump a qualifié cet échange de "dégoûtant" sur Twitter, et le fils du milliardaire républicain, Donald Trump Junior, a affirmé que Joe Biden avait "une mentalité raciste dégoûtante et déshumanisante". Tim Scott, seul sénateur républicain noir, a réagi en soulignant que "1,3 million de Noirs américains ont déjà voté pour Trump en 2016. Ce matin, Joe Biden a dit à chacun d'entre nous qu'on n'était 'pas Noirs'". "Je pourrais dire que je suis surpris mais malheureusement cela correspond à la tendance des démocrates de penser que les voix des Noirs sont gagnées d'avance et d'intimider ceux qui ne sont pas d'accord", a-t-il ajouté.

Un argument qui pourrait faire mouche auprès de certains électeurs noirs qui déplorent qu'en 2016, les démocrates et Hillary Clinton aient pensé que leurs voix étaient justement "gagnées d'avance" et n'aient donc pas assez fait campagne auprès d'eux, faisant baisser leur participation par rapport aux années Obama. Or leur mobilisation sera cruciale pour remporter la Maison Blanche, le 3 novembre. Donald Trump a lui aussi été accusé de racisme après certains propos et d'avoir entretenu l'ambiguïté à l'égard des nationalistes blancs. Il reste peu populaire chez les électeurs noirs.

Son camp plaide la plaisanterie

Face à la controverse, l'une des plus hautes conseillères de Joe Biden, Symone Sanders, elle-même noire, a assuré que ses commentires avaient été prononcés "sur le ton de la plaisanterie". "Mais soyons clairs sur ce que le vice-président disait: il soulignait le fait qu'il était prêt à comparer son bilan concernant les Afro-Américains à celui de Trump à tout moment", a-t-elle tweeté. Joe Biden "a passé sa carrière à se battre aux côtés des Afro-Américains".

Connu pour ses gaffes, Joe Biden est très populaire chez les Noirs, qui l'ont porté vers la victoire dans la primaire démocrate en lui offrant un score écrasant en Caroline du Sud, fin février, lui permettant de revenir en tête de la course dans l'un des retours les plus spectaculaires de l'histoire politique américaine. L'interview s'est poursuivie après cet échange, Joe Biden rappelant son travail pour renforcer le droit de vote lorsqu'il était sénateur ainsi que le fort soutien dont il bénéficie chez les Noirs, avant de promettre de revenir dans l'émission.

Une critique du "racisme institutionnel"

Dans le même entretien, le candidat démocrate dénonce la gestion par l'administration Trump de la pandémie de coronavirus, qui frappe dans plusieurs régions américaines les Noirs de façon disproportionnée : "Cette crise expose au grand jour le racisme institutionnel qui prévaut encore dans notre société". L'animateur lui fait d'autre part remarquer que certains sont contrariés d'avoir entendu d'autres l'exhorter à choisir une candidate noire à la vice-présidence, puisque "les Noirs ont sauvé votre vie politique dans la primaire" démocrate.

Joe Biden répond que "de nombreuses femmes noires sont envisagées" dans son processus de sélection qui pourrait durer jusqu'en juillet. Dans les pronostics figurent la sénatrice et ex-candidate à la présidentielle Kamala Harris, l'ex-candidate au poste de gouverneur de Géorgie Stacey Abrams ou l'élue de la Chambre des représentants, Val Demings.

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