Dossier commercial entre les États-Unis et l'Union européenne : "Jean-Claude Juncker s'est bien débrouillé"

L\'ancien directeur général de l\'OMC Pascal Lamy, le 5 janvier 2018.
L'ancien directeur général de l'OMC Pascal Lamy, le 5 janvier 2018. (ISHARA S. KODIKARA / AFP)

Pascal Lamy, ancien directeur général de l'OMC, estime que la guerre commerciale avec les États-unis est en passe d'être évitée.

"Jean-Claude Juncker s'est bien débrouillé dans un triangle : il est avec les États-Unis quand il faut faire pression sur la Chine et il est avec la Chine quand il faut faire pression sur les États-Unis", estime Pascal Lamy, ancien directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et président d'honneur de l'institut Jacques Delors, jeudi 26 juillet sur franceinfo. Il revient sur les discussions entre Jean-Claude Juncker et Donald Trump ce même jour.

franceinfo : Que faut-il lire entre les lignes du discours d'Emmanuel Macron ?

Pascal LamyIl faut lire dans les propos de Macron un certain nombre de précautions, qui sont de tradition dans les positions françaises, en matière de politique commerciale communautaire. Il y a notamment un souhait très net de ne pas voir l'agriculture faire partie de ces nouvelles discussions bilatérales. Il n'y a aucune raison d'être inquiet sur ce point, puisque l'armistice agréé hier exclut l'agriculture, les services, les voitures et les véhicules des conversations, qui seront limitées à un certain nombre de biens industriels, dont les droits de douanes sont aujourd'hui très très faibles. En ce qui concerne la dimension transatlantique, il ne s'agit en aucune manière de recommencer un grand accord. C'est une sorte d'accord tel celui qui a été imaginé il y a trois ans, mais réduit à peu près des deux tiers.

Quels sont les enjeux de ces discussions ?

Donald Trump a lancé une vaste offensive commerciale en collant des droits de douane partout chez ses partenaires commerciaux, notamment sur l'acier et l'aluminium, car il est assez obsédé - à tort d'ailleurs - par le déficit de la balance commerciale américaine, qui dure depuis 35 ans. Il a lancé cette offensive et le président de la Commission européenne, monsieur Juncker, est allé à Washington pour lui expliquer que ça ne faisait pas beaucoup sens sur un certain nombre de sujets. Monsieur Juncker, avant d'aller à Washington hier, était allé à Pékin la semaine dernière pour obtenir des Chinois l'acceptation d'une discussion multilatérale dans le cadre de l'OMC, notamment entre les Américains, les Européens, les Japonais et les Chinois, pour améliorer un certain nombre de règles. Les Américains, les Européens et les Japonais sont notamment d'accord sur le fait que les disciplines de l'OMC ne disciplinent pas assez un certain nombre de pratiques chinoises et les Chinois ont commencé à le reconnaître.

Que faut-il changer à l'OMC ?

Les règles actuelles de l'OMC datent des années 1990, elles ont donc entre vingt et trente ans d'âge, dans un monde qui a beaucoup, beaucoup changé. Il y a vingt ans, la Chine était un pays en développement, de taille assez modeste. C'est aujourd'hui l'un des géants du commerce mondial. Or, si l'on prend l'exemple des subventions, normalement, pour que la concurrence internationale soit égale et juste, on ne peut pas subventionner sa production pour l'exporter. Les règles de l'OMC sur ce point sont faibles, difficiles à interpréter et ça autorise de fait un certain nombre de pratiques chinoises. Le secteur d'État, la partie de l'économie chinoise directement contrôlée par l'État, représente 30 à 40% de l'économie chinoise. Il faut donc réécrire les règles de l'OMC, ce qui ne peut pas se faire sans que les Chinois soient autour de la table. C'est là que monsieur Juncker a été assez malin, il s'est bien débrouillé dans un triangle : il est avec les États-Unis quand il faut faire pression sur la Chine et il est avec la Chine quand il faut faire pression sur les États-Unis. L'accord d'hier est une volte-face de la part de monsieur Trump, mais il nous a habitués à changer d'avis. L'une des raisons essentielles de la volte-face de monsieur Trump sont les sanctions européennes, les mesures de rétorsion que l'Europe a prises sur les Harley Davidson ou le jus d'orange, par exemple. Elles ont fait assez mal à l'économie américaine. Pour le moment, du point de vue européen, nous évitons cette guerre qui allait continuer. Je pense que la fermeté a payé.

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