Démission du ministre américain de la Défense : Donald Trump "n'est plus entravé par des gens qui l'agaçaient"

L\'ex ministre américain de la Défense James Mattis pendant une conférence de presse à Kaboul en Afghanistan le 27 septembre 2017.
L'ex ministre américain de la Défense James Mattis pendant une conférence de presse à Kaboul en Afghanistan le 27 septembre 2017. (JAWAD JALALI / EPA)

L'historien et chroniqueur sur franceinfo Thomas Snegaroff estime que "les voix discordantes ne sont plus entendues" à la Maison Blanche. 

Le ministre américain de la Défense, le général James Mattis, a annoncé jeudi 20 décembre qu'il quitterait la Maison Blanche. Depuis deux ans, il s'opposait au président Donald Trump. Les annonces du retrait américain total en Syrie et partiel en Afghanistan ont précipité sa démission. Thomas Snégaroff, historien de la rédaction de franceinfo, a expliqué vendredi 21 décembre que James Mattis faisait partie des "trois généraux qui avaient ce rôle de contenir, d'endiguer l'irrationnalité et les pulsions du président américain". Mais aujourd'hui, il analyse que "les voix discordantes ne sont plus entendues" à la Maison Blanche. Donald Trump se retrouve ainsi entouré de ses soutiens, sans ceux qui "cherchaient à entraver sa marche".

franceinfo : On entend dire que le "chaos" semble régner à la Maison Blanche. Est-ce à ce point-là ?

Thomas Snégaroff : C'est une expression qu'on a beaucoup entendue. Ça a peut-être aussi traduit quelques fantasmes. Mais il y a un fond de réalité. Il y avait trois généraux qui avaient ce rôle de contenir, d'endiguer l'irrationnalité et les pulsions du président américain. En tant qu'hommes d'État, de généraux qui placaient l'intérêt de leur nation avant la politique politicienne, ils disaient qu'ils étaient plus utiles à contenir le président qu'en dehors, à le critiquer. On voit que les trois ont jeté l'éponge, les uns après les autres, devant l'irrationnalité et l'impulsion souvent incohérente de Donald Trump.

Trump est-il isolé ou au contraire, n'y a-t-il plus autour de lui que ses "yes men" dont vous parliez, pouvant lui permettre d'aller au bout de ses choix ?

En tout cas, il n'est aujourd'hui plus entravé par des gens qui l'agaçaient. McMaster notamment, il ne le supportait plus parce qu'il détestait son ton professoral. Pour Kelly aussi. Il ne supportait plus ceux qui apportaient une nuance là où il voulait de l'action. Trump, c'est quelqu'un qui ne lit pas les mémos et qui ne cesse de dire "je ne suis guidé que par une chose, mes instincts". Donc quand vous avez en face des gens qui ont de l'expérience, des généraux à quatre ou cinq étoiles qui disent "écoutez, Monsieur le président, c'est dangereux de faire ça", il ne les supporte plus. On l'a vu aussi à l'ONU : Nikki Haley s'en va, remplacée par une ancienne journaliste de Fox News qui n'a presque aucune expérience internationale. Je ne sais pas si ce sont des "yes men" autour de lui, mais ce sont des gens qui n'ont ni la capacité, ni même la volonté d'entraver le président.

Donc à priori, pour le retrait des troupes en Syrie et en Afghanistan, personne n'a idée ni même espoir d'influencer le président pour qu'il change d'avis ?

Non. On peut maintenant en être certain. Or, on sait que le fonctionnement d'une Maison Blanche ce sont des poids, des contrepoids, des nuances, des réflexions, des inflexions... Là, on se rend compte que plus on avance, moins cette politique est cohérente. Cette incohérence est précisément liée à l'absence de ces contrepoids autour de lui, de ces poids lourds qui jettent l'éponge. Mattis n'est pas parti en retraite comme l'a dit le président américain. Il a démissionné en faisant une lettre publique pour dire pourquoi. Il a donc voulu en faire un geste politique.

Vous êtes à nouveau en ligne