Mais pourquoi Donald Trump s'intéresse-t-il tant au Groenland ?

La petite ville de Kulusuk (Groenland, Danemark), photographiée le 19 août 2019. 
La petite ville de Kulusuk (Groenland, Danemark), photographiée le 19 août 2019.  (JONATHAN NACKSTRAND / AFP)

Les prétentions du président américain sur ce territoire ont provoqué une crise diplomatique avec le Danemark. Franceinfo vous explique pourquoi le "pays vert" intéresse les Etats-Unis.

L'affaire a viré à la crise diplomatique. Vexé par la réponse de la Première ministre danoise à son intérêt pour le Groenland, Donald Trump a annulé, mardi 20 août, sa visite au Danemark. "La déclaration de la Première (ministre) selon laquelle, c'était une idée absurde" d'acheter le Groenland "était méchante", a tonné le président américain devant des journalistes. En déplacement dans le territoire autonome rattaché au Danemark, Mette Frederiksen avait qualifié d'"absurde" la proposition d'achat du président américain.

Derrière les piques diplomatiques se cachent un intérêt bien réel des Etats-Unis pour ce territoire. Franceinfo vous explique pourquoi.

Parce que c'est un territoire stratégique

Ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis convoitent l'île verte. En 1867, le pays avait tenté de s'offrir un lot Islande-Groenland, sans succès. En 1946, le président Harry Truman avait ensuite proposé au Danemark d'acheter le territoire pour 100 millions de dollars, afin d'en faire un avant-poste militaire.

Située à quelques encablures des côtes canadiennes, entre l'Europe et l'Amérique du Nord, l'île occupe une place stratégique. "Depuis les années 1940, le Groenland est même vu par le Pentagone comme le premier rideau de défense naturel pour la côte Est des Etats-Unis", explique Mikaa Mered à France 24L'armée américaine dispose d'ailleurs d'une base aérienne à Thulé, dans le nord de l'île.

Parce que son sol est riche en matières premières

Faiblement peuplé – 56 025 habitants  pour une superficie de deux millions de km2 –, le Groenland est en revanche riche en matières premières (pétrole, gaz, or, diamant, uranium, zinc, plomb), malgré la présence de la glace qui rend difficile toute exploitation. "Seulement, 20% du territoire est dégelé. Sur cette partie, il y a beaucoup de ressources minérales, du pétrole, du gaz et des minerais rares", explique au Parisien Mikaa Mered, professeur de géopolitique à l'Institut libre d'étude des relations internationale et spécialiste du pôle Arctique.

En 2008, des relevés de l'Institut géologique des Etats-Unis estimaient que le sol groenlandais renfermait 31 milliards de barils équivalent pétrole en énergie fossile (gaz et pétrole). 

Avec le réchauffement climatique, ces réserves pourraient être plus facilement accessibles. Une mauvaise nouvelle pour la planète – la consommation d'énergie fossile est l'un des principaux facteurs du changement climatique –, qui donne cependant des idées à certains. Comme le racontait le magazine The Good Life en 2015, un responsable groenlandais estimait que son pays avait le potentiel pour devenir un "émirat au nord du monde", sur le modèle des Etats arabes riches en énergie fossile.

Parce qu'il est convoité par d'autres pays comme la Chine

Acquérir le Groenland permettrait aussi aux Etats-Unis d'empêcher l'installation de rivaux sur cette île aux portes de leur pays. Comme le raconte Le Figaro, Washington a fait des pieds et des mains pour contraindre l'opérateur chinois China Communications Construction Company à se retirer de l'appel d'offres pour l'extension des aéroports de Nuuk, Ilulissat et Qaqortoq. En 2017, le Danemark avait également refusé qu'une entreprise minière chinoise ne rachète l'ancienne base navale de Gronnedal pour ne pas froisser les Etats-Unis, rapporte Reuters (en anglais).

Plus généralement, l'intérêt américain pour l'île peut être lu comme une réponse aux investissements russes dans l'Arctique. "Clairement s'agissant des Russes, la logique [de Trump] est de dire 'vous ne continuerez pas à être la grande puissance de l'Arctique même si vous présiderez le Conseil de l'Arctique en 2021, explique le chercheur Mikaa Mered à l'AFP. Et par rapport aux Chinois, l'idée, de type doctrine Monroe, est 'on ne vous laissera pas prendre pied au Groenland (...). On recrée un consulat à Nuuk [la capitale groenlandaise], on va repositionner des diplomates, on va co-financer les nouveaux aéroports, financer des programmes d'éducation et sociaux (...). L'objectif ultime, c'est d'acquérir non pas le Groenland mais au moins de nouveaux territoires, de nouvelles parcelles de terre'".

Parce que c'est un territoire vulnérable politiquement

Le contexte politique local n'est pas de nature à décourager les ambitions américaines. Le Groenland entretient en effet une relation ambivalente avec le Danemark, avec lequel il a signé un traité renforçant l'autonomie du territoire en 2009. Comme l'explique Le Temps, les deux partis vainqueurs des dernières élections, les sociaux-démocrates du Siumut et la formation gauche-verte de l'Inuit Atagatigiit, sont favorables à l'indépendance, même s'ils se gardent bien de donner une date.

Ils pourraient se servir de l'intérêt américain pour faire avancer leurs revendications. Après la déclaration de Donald Trump, un cadre de l'Atagatigiit a estimé, tout en jugeant l'offre de rachat inacceptable, que cette affaire montrait que le Groenland devrait avoir son mot à dire en matière de défense et de politique étrangère, rapporte le journal Sermitsiaq (en danois). Deux domaines aujourd'hui gérés par Copenhague.

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