La fiscalité au coeur du combat électoral américain

M. Romney et B. Obama, représentés par deux acteurs ((New York, 5-9-2012): en plein combat, notamment... fiscal
M. Romney et B. Obama, représentés par deux acteurs ((New York, 5-9-2012): en plein combat, notamment... fiscal (AFP - Files - DON EMMERT)

La fiscalité est l’un des principaux débats de la campagne présidentielle américaine. Barack Obama accuse son adversaire républicain Mitt Romney de vouloir favoriser les plus riches tandis que ce dernier reproche au président démocrate sortant d’avoir laissé le pays crouler sous les dettes.

Le chiffre donne le vertige : la dette des Etats-Unis d’Amérique atteint aujourd’hui 16.000 milliards de dollars ! Après le retour des républicains à la Maison blanche en 2001 avec George W. Bush, le Congrès a voté de très substantielles réductions d’impôts, de l’ordre de 1.350 milliards de dollars, alors que dans le même temps, le budget s’enfonçait dans le déficit (qui s’élève actuellement à près de 10% du PIB). Les contribuables les plus aisés ont alors vu leur taux d'imposition passer de 39,6 à 35%.

Pour Barack Obama, les réductions fiscales en faveur des personnes aisées ont joué un rôle important dans la hausse du déficit. Pourtant, sous sa présidence, la situation ne s’est pas améliorée. Mis en difficulté lors des scrutins parlementaires de 2010, les démocrates s’étaient entendus avec les républicains pour prolonger les allègements fiscaux accordés par tous les contribuables du temps de G.W. Bush.

La question de la réduction d’impôts donne parfois lieu à des dérapages. Le candidat républicain a ainsi estimé qu’«il y a 47 % des gens qui voteront pour le président [Obama] quoi qu’il arrive». «Des gens qui ne paient pas d’impôts», «qui sont convaincus d’être des victimes, qui sont convaincus que le gouvernement a la responsabilité de s’occuper d’eux, qui sont convaincus d’avoir le droit d’être soignés, nourris, logés». En creux : seuls les assistés, qui ne contribuent pas à la richesse nationale, ne sont pas soumis à l’impôt…

Mitt Romney et ces «gens qui ne paient pas d'impôts»

Certes, Mitt Romney reprend des chiffres, diffusés en 2011 par le Tax Policy Center, organisme «non partisan». Si effectivement, selon cette source, 46,4 % des Américains ne payent pas l’impôt sur le revenu, nombre d’entre eux se voient prélevés au titre des assurances sociales (maladie et vieillesse). Résultat : seuls 18 % des foyers ne payent aucune taxe. Mitt Romney a reconnu que ses mots auraient pu être choisis de façon «plus élégante». Mais il n’en persiste pas moins sur le fond.

Au cœur du programme républicain
La baisse des impôts est un élément essentiel du programme républicain. Elle est particulièrement chère aux plus conservateurs d’entre eux, issus du Tea Party. Pour cette raison, le candidat a choisi comme colistier l’un de leurs champions, Paul Ryan. Ce chantre des réductions fiscales entend faire des coupes budgétaires massives en taillant notamment dans des domaines comme l’éducation.

Le candidat républicain propose aujourd’hui de réduire le déficit budgétaire de 5000 milliards de dollars et d’équilibrer le budget d’ici 2020. Il entend ramener tous les taux d’imposition de 20% (le taux maximum passerait ainsi de 35 à 28%). L’Amérique, c’est «créer la richesse, pas la redistribuer», explique-t-il.

La loi sur la santé, la principale réforme de Barack Obama (Obamacare), serait en grande partie abrogée. L’âge pour bénéficier de la couverture santé fédérale (Medicare) passerait de 65 à 67 ans. Ce système serait remplacé par un système de bons aux montants limités en fonction des cotisations. Il n’y aurait pas de coupes dans le budget de la défense, qui serait doté de 4% du PIB, soit 545 milliards en 2013.

Mitt Romney et la santé: "rien n'est gratuit"


MittRomneyFrance, 22 août 2012

Barack Obama accuse son adversaire de vouloir favoriser les riches. «Ceux qui gagnent plus de 3 millions de dollars (…) recevraient, grâce au plan de Mr Romney, une réduction d’impôt de 250.000 dollars », affirme le président sortant qui qualifie son adversaire de « Robin des bois à l’envers». Selon le Tax Policy Center, l’application du programme républicain entraînerait «de grandes réductions d’impôts pour les foyers à hauts revenus et augmenterait le fardeau fiscal pour les contribuables à faibles et/ou moyens revenus».

Le bilan et le programme d’Obama
De son côté, le président sortant est jugé sur son bilan. Selon les républicains, la dette nationale s’est alourdie sous son mandat de 6000 milliards de dollars. LMitt Romney pourfend le plan de relance de l’économie, d’un montant de 831 milliards de dollars, lancé en 2009 par l’administration Obama. A l’écouter, celle-ci a distribué l’argent à ses partisans et à des intérêts particuliers.

Pour un éventuel second mandat, l’actuel locataire de la Maison blanche propose de réduire le déficit budgétaire à 3,9% du PIB d’ici 2014. Pour ce faire, il entend faire appel aux plus riches en augmentant notamment de 35 à 39,6% le taux marginal maximum d’impôt sur le revenu. Dans le même temps, les foyers fiscaux gagnant plus de 1 million de dollars devraient acquitter au minimum 30% d’impôts. Il veut par ailleurs améliorer la couverture santé des ménages modestes et faire baisser les dépenses militaires de près de 490 milliards sur 10 ans.

Obama en campagne dans l'Ohio

afpfr, 1-8-2012

Combien gagnent-ils ?
Au-delà des programmes électoraux, le débat porte aussi sur les revenus et l’impôt de… chacun des candidats. Les démocrates rappellent ainsi que le candidat républicain dispose d’une fortune personnelle estimée à 250 millions de dollars. Ils mettent aussi en cause sa gestion du fonds d’investissement Bain Capital (de 1984 à 1999), accusé notamment d’avoir largement délocalisé ses activités, pratiqué des licenciements. Le fonds est par ailleurs la cible d’une enquête pour fraude fiscale. Rappelant qu’en 2008, Barack Obama avait dévoilé plus de 10 ans de feuilles d’impôts, ses partisans demandent à Mitt Romney de rendre publique la sienne pour 2011. Ce que celui-ci a refusé de faire jusque-là. Il a publié celle de 2010 : il en ressort qu’il avait payé 13,9La fiscalité % d’impôts fédéraux sur ses revenus bruts (21,6 millions de dollars).

De son côté, Barack Obama, dont la fortune est estimé à 10 millions de dollars, a annoncé avoir touché 789.674 dollars en 2011, dont plus de la moitié issu de ses droits d’auteurs pour ses livres. Il a payé 162.074 dollars d’impôt sur le revenu, avec un taux d’imposition de 20,5%.

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