Etats-Unis : un condamné à mort échappe de justesse à son exécution dans le Missouri

Marcellus Willams, prisonnier condamné à mort dans l\'état du Missouri, aux Etats-Unis, dans une photo diffusée le 22 août 2017.
Marcellus Willams, prisonnier condamné à mort dans l'état du Missouri, aux Etats-Unis, dans une photo diffusée le 22 août 2017. (HANDOUT / MISSOURI DEPARTMENT OF CORRECTION / AFP)

Le gouverneur de l'Etat américain du Missouri a institué une commission d'enquête chargée d'examiner le cas de Marcellus Williams, quelques heures seulement avant l'exécution prévue du prisonnier.

Marcellus Williams a-t-il poignardé à mort Felicia Gayle, une femme blanche et ancienne reporter, le 11 août 1998 ? Il y a un gros doute sur la question, mais cet homme noir risquait d'être exécuté, mardi 22 août, dans l'Etat américain du Missouri. Quelques heures seulement avant l'exécution prévue du prisonnier, le gouverneur de l'Etat américain du Missouri a finalement institué une commission d'enquête chargée d'examiner son cas, lui offrant un sursis inespéré.

"La peine capitale est le châtiment ultime et permanent. Pour procéder à une mise à mort, la population du Missouri doit avoir pleine confiance dans le jugement de culpabilité", a estimé le gouverneur républicain Eric Greitens, dans un communiqué. Les avocats de ce détenu de 48 ans crient à l'erreur judiciaire et ont ancé un recours devant la Cour suprême à Washington.

Condamné sur la base de deux témoignages contestés

Pour les procureurs du Missouri, l'affaire est claire : ayant l'intention de perpétrer un cambriolage, Marcellus Williams est entré par effraction au domicile de Felicia Gayle, en banlieue de Saint-Louis. Il a alors surpris la femme de 42 ans sortant de sa douche. Celle-ci s'est défendue et il lui a porté 43 coups de couteau.

Selon l'acte d'accusation, la police a retrouvé dans le coffre d'une voiture, que conduisait à l'époque Marcellus Williams, des effets personnels de la victime, dont une calculatrice et une règle qu'elle utilisait quand elle travaillait au journal Saint-Louis Post-Dispatch. A son procès en 2001, le suspect avait été condamné d'abord et surtout sur la base de deux témoignages l'accusant du meurtre, émanant d'un détenu ayant partagé sa cellule et d'une de ses ex-compagnes, Laura Asaro.

Pour les défenseurs du condamné, ces témoignages recueillis auprès de personnes au passé trouble n'ont aucune valeur, d'autant plus que les deux intéressés ont selon eux été rétribués financièrement par le bureau du procureur. Quant aux objets retrouvés "un an après" par la police, l'avocat du condamné en atténue la portée : Marcellus Williams côtoyait des marginaux et des petits délinquants chez qui l'échange du fruit de cambriolages est courant, a-t-il expliqué.

Pour la NAACP, un exemple du traitement des Noirs par la justice

Un élément pourrait relancer le débat : une récente analyse ADN réalisée sur l'arme du crime a permis de développer un profil masculin qui ne correspond pas à celui de Marcellus Williams. "Une preuve matérielle qui l'innocente complètement", estime son avocat. Des échantillons capillaires prélevés sur le théâtre du crime sont également différents de ceux du condamné, ainsi que des empreintes de chaussures.

"L'ADN est irréfutable, il ne peut pas se tromper, tandis qu'un témoin oculaire peut se fourvoyer, un indic en prison peut mentir", estime l'avocat du prisonnier. Mais la nouvelle analyse ADN a d'abord été balayée par l'Etat du Missouri, qui a affirmé accorder davantage de crédit aux témoignages.

La NAACP, première organisation de défense des Noirs américains, s'est aussi mélée au débat. Selon elle, 'affaire Marcellus Williams regroupe "tous" les travers souvent constatés dans les condamnations pénales des Noirs : "l'injustice raciale, les disparités dans la défense et la sentence, les fautes des procureurs".

L'accusé avait été condamné par un jury composé de 11 Blancs et un Noir, après que six jurés noirs eurent été écartés lors d'un processus de récusation controversé. Le gouverneur Eric Greitens doit préciser bientôt la composition de la commission d'enquête, qui sera composée de cinq membres, dont des anciens magistrats.

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