Fusillade en Virginie : "Cela ne fera pas avancer le débat" sur les armes à feu aux États-Unis selon l'historien André Kaspi

Les habitants de Virginia Beach sont venus se recueillir au lendemain de la fusillade.
Les habitants de Virginia Beach sont venus se recueillir au lendemain de la fusillade. (CRYSTAL HUFFMAN / ANADOLU AGENCY)

Une nouvelle fusillade a endeuillé les États-Unis, faisant 12 morts vendredi.

"La législation sur les armes au niveau fédéral a très peu de chance de changer", a affirmé samedi 1er juin sur franceinfo l'historien André Kaspi, spécialiste des États-Unis, après le meurtre de 12 personnes vendredi aux États-Unis. Un employé municipal de Virginia Beach, une station balnéaire de la côte est américaine, a ouvert le feu dans un bâtiment public de la ville, avant d'être lui-même abattu par la police.

franceinfo : Les candidats démocrates dénoncent l'autorisation du port d'arme. Est-ce qu'il y a enfin une prise de conscience politique ?

André Kaspi : Aux États-Unis, il y a des débats de fond, des débats de société. Cela porte sur l'avortement, sur l'immigration et sur les armes à feu. La société américaine est divisée en deux. Il y a ceux qui souhaitent un contrôle des armes à feu. Et il y a ceux qui disent que les armes à feu sont autorisées par le deuxième amendement de la constitution. Pour l'instant, il n'y a aucune possibilité d'une évolution. D'autant plus que, d'un État à l'autre, la législation varie. En Virginie, il est facile de se procurer une arme. La question est de savoir pourquoi il y a ces tueries de masse. La réponse est très simple. Il y a des tireurs qui ne sont pas tout à fait normaux. Ils imitent ce qu'ils ont vu par ailleurs. Plus on fait de publicité sur les tueries et plus il y a de candidats à ces tueries. Et puis la deuxième raison, c'est que les armes à feu sont facilement achetables. Le commerce des armes à feu est quelque chose de facile.

Est-ce qu'il y a un aspect culturel dans le fait de posséder une arme à feu ? Est-ce que c'est un symbole de puissance ?

Ce n'est pas le symbole de la toute-puissance, c'est le symbole de la liberté individuelle. Chaque individu est responsable de lui-même. Chaque individu doit pouvoir se défendre et prendre la décision d'acquérir ou de ne pas acquérir une arme. Il faut préciser que ce ne sont pas tous les Américains qui possèdent des armes. C'est à peu près un tiers. Mais ce tiers n'en possède pas une, il en possède plusieurs. Au cours d'une des grandes fusillades de 2012 dans le Connecticut, l'assassin a simplement pris une arme dans le placard de sa mère, il y en avait une quinzaine. Il a assassiné sa mère et il est allé assassiner une vingtaine d'écoliers. Ce sont des assassins qui ont perdu toute raison qui imitent d'autres assassins et qui utilisent la possibilité d'avoir accès aux armes.

Est-ce que le drame de Virginie peut renforcer l'un des camps, entre pro et anti-armes à feu ?

Cela ne fera pas avancer le débat. La diffusion des armes à feu, cela ne se manifeste pas uniquement pas des tueries de masse. Il y a à peu près 35 000 morts aux États-Unis par armes à feu. Mais sur ces 35 000, les deux tiers sont des suicides. Dans le tiers restant, il y a les bagarres entre gangs. Les grandes fusillades dont parlent les médias, cela correspond à 3 ou 4% des morts. C'est peu par rapport au total. On n'imagine mal qu'il y ait de grands bouleversements dans la législation. Aujourd'hui, les électeurs de Donald Trump sont plutôt favorables à la liberté. Et même les démocrates qui s'opposent à Donald Trump n'ont pas fait grand-chose lorsqu'ils étaient au pouvoir. Ce qui veut donc dire que la législation sur les armes au niveau fédéral a très peu de chance de changer.

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