Une réunion de consultations d'urgence sur la répression syrienne s'est tenue lundi au Conseil de sécurité de l'ONU

Le président syrien Bachar al-Assad lors d\'une allocution télévisée du 13 avril 2011.
Le président syrien Bachar al-Assad lors d'une allocution télévisée du 13 avril 2011. (AFP/SYRIAN TV)

Cette réunion, qui s'est terminée sans résultat concret malgré la poursuite de la répression, a été mise à l'ordre du jour après les violences du week-end, dans lesquelles environ 140 personnes ont été tuées, principalement dans la ville de Hama, l'un des bastions de la contestation.

Cette réunion, qui s'est terminée sans résultat concret malgré la poursuite de la répression, a été mise à l'ordre du jour après les violences du week-end, dans lesquelles environ 140 personnes ont été tuées, principalement dans la ville de Hama, l'un des bastions de la contestation.

Pour la seule journée de lundi, vingt-quatre civils ont été tués, dont dix après la prière du soir au premier jour du Ramadan, par les tirs des forces de sécurité, a affirmé Rami Abdel Rahmane, chef de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Vers un nouveau débat mardi ?
La Grande-Bretagne la France, l'Allemagne et le Portugal, soutenus par les Etats-Unis, veulent pousser à l'adoption d'une résolution condamnant la répression, qui pourrait être à nouveau débattue mardi. Des diplomates ont cependant indiqué qu'il était plus probable que le Conseil de sécurité se mette d'accord sur une simple déclaration, non contraignante.

Pékin et Moscou ne veulent pas d'une résolution
La Russie et la Chine, deux des cinq membres permanents du Conseil, avaient déjà menacé d'opposer leur veto à un projet de résolution, soutenues par le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud. Mais des diplomates ont souligné que tous les pays avaient exprimé lundi leurs préoccupations concernant l'intensification de la répression, et que l'idée d'une action du Conseil gagnait en popularité parmi ses membres.

Mardi, la position de la Russie a évoluée. Le ministère russe des Affaires étrangères a fait savoir que Moscou pourrait voter en faveur d'une résolution des Nations unies condamnant les violences en Syrie mais reste hostile à toute sanction ou forme de pression contre Damas.

L'ambassadrice américaine, Susan Rice, a indiqué qu'un état des lieux "inquiétant" avait été fait devant le Conseil par le secrétaire général adjoint Oscar Fernandez Taranco. "Il y a eu une assez large expression de préoccupation, voire de condamnation", a-t-elle dit à la presse à l'issue de la réunion.

Un diplomate occidental a expliqué que les pays européens avaient modifié leur projet de résolution présenté pour la première fois il y a deux mois, qui appelle le régime syrien à mettre fin aux violences et réclame que l'ONU ait accès aux villes où les manifestations ont lieu, et que soit ouverte une enquête sur les violations des droits de l'homme. "Le silence du Conseil de sécurité a encouragé la répression à se poursuivre", a relevé un autre diplomate occidental.

La Russie et la Chine ne veulent pas de campagne militaire comme en Libye

La Russie, la Chine et d'autres opposants à une résolution sont furieux que l'Otan se soit servi de résolutions sur la Libye pour justifier les attaques aériennes contre le régime de Mouammar Kadhafi, et craignent que l'adoption d'une résolution sur la Syrie risquait d'ouvrir la voie à une campagne militaire contre Bachar al-Assad, ce que les responsables européens et de l'Otan ont vivement démenti lundi. Mais les événements en Libye "vont continuer de jeter une ombre" sur les débats au Conseil de sécurité, a estimé M. Tchourkine.

L'UE aggrave ses sanctions contre Damas

L'Union européenne a aggravé lundi ses sanctions contre le régime du président syrien Bachar al Assad, décrétant un gel des avoirs et une interdiction de voyager visant cinq personnalités impliquées dans le mouvement de répression.

Ces mesures, arrêtées par les Vingt-Sept la semaine dernière, ont été officiellement approuvées après le "massacre" aveugle de civils perpétré ce week-end par l'armée à Hama

L'UE a déjà infligé des sanctions à Bachar Assad et à une vingtaine d'autres responsables ainsi qu'à des firmes liées à l'armée en Syrie.

Syrie: plus de quatre mois de contestation

MARS 2011
- 15: A Damas, rassemblement à l'appel d'une page Facebook pour "une Syrie
sans tyrannie, sans loi sur l'état d'urgence, ni tribunaux d'exception".
- 18: Manifestations réprimées à Damas, Deraa (sud) et Banias (nord-ouest).
- 23: 100 morts à Deraa, foyer de la contestation.
- 26-27: Violences meurtrières à Lattaquié (nord-ouest).
- 30: Assad dénonce une "conspiration".

AVRIL
- 1er-2: Manifestations à Douma (près de Damas) et Homs (centre).
- 14: Nouveau gouvernement.
- 18: Damas dit vouloir mater une "rébellion armée de groupes salafistes".
- 21: Levée de l'état d'urgence, abolition de la Cour de sûreté de l'Etat
et nouvelle réglementation pour les manifestations.
- 22: Plus de 80 morts dans la dispersion de manifestations.
- 25-26: L'armée entre à Deraa. La répression y sera particulièrement brutale.
- 29: Des dizaines de milliers de manifestants, au moins 66 morts
(Observatoire syrien DH).

MAI
- 9: L'UE, qui décrète un embargo sur les armes, sanctionne 13 hauts responsables. Assad et neuf autres ajoutés le 23.
- 18: Washington sanctionne Assad et six autres responsables. Assad doit choisir: "diriger la transition ou s'écarter" (Obama).
- 28: Appel à manifester à la mémoire d'Hamzeh al-Khatib, 13 ans, "torturé à mort" par la sécurité à Deraa.
- 31: Assad décrète une amnistie générale.

JUIN
- 1er: Human Rights Watch dénonce des "crimes contre l'humanité".
- 3: 65 civils tués, dont 60 à Hama (centre), lors de manifestations.
- 5: 35 morts à Jisr al-Choughour (nord-ouest), selon l'OSDH. 120 policiers y sont tués le 6. Damas accuse des "groupes armés", des témoins évoquent une mutinerie.
- 10: Ankara accuse Damas d'"atrocités".
- 10-12: L'armée reprend le secteur de Jisr Al-Choughour.
- 13: Le déploiement de l'armée s'étend au nord-est, près de l'Irak.
- 26: L'armée étend son offensive à Kseir, proche du Liban.
- 30: Alep gagnée par la contestation. L'opposition annonce la création d'un Comité pour le changement démocratique.

JUILLET
- 1er: Plus d'un demi-million de manifestants à Hama. 28 tués dans le pays.
- 6: La répression à Tall Kalakh (ouest) s'apparente à un crime contre l'humanité (Amnesty).
- 8: Manifestation monstre à Hama, où se rendent séparément les
ambassadeurs des Etats-Unis et de France. Le 11, des partisans du régime attaquent les ambassades de ces pays à Damas.
- 15: Plus d'un million de manifestants notamment à Hama et Deir Ezzor (est). 28 tués, dont 16 à Damas, par les forces de sécurité.
- 16-19: Au moins 50 personnes tuées à Homs, touchées par des tirs de l'armée ou dans des affrontements opposants/partisans du pouvoir.
- 24: Campagne d'arrestations dans des quartiers de Damas (OSDH).
- 25: Adoption d'un projet de loi sur le multipartisme.
- 28: Près de 3.000 disparus depuis le début de la contestation (ONG).
- 29: Des centaines de milliers de manifestants dénoncent l'inertie de la communauté internationale. 20 morts.
- 31: 139 tués, dont cent lors d'une offensive de l'armée à Hama: "un des jours les plus sanglants" (OSDH). Obama se dit "horrifié".

AOUT
- 1er: Assad félicite l'armée syrienne.
Moscou appelle à la fin des violences et de la "répression". L'UE demande au Conseil de sécurité d'agir pour mettre fin aux violences.

Depuis la mi-mars, la répression a fait quelque 2.000 morts, dont plus de 1.600 civils (ONG). Plus de 12.000 personnes ont été arrêtées et des milliers ont fui.

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