Une manifestation massive se déroulait mardi à Manama pour demander la chute du gouvernement

\"Nous sommes des gens de paix\", clame une banderole de manifestants barheïnis (21/02/2011)
"Nous sommes des gens de paix", clame une banderole de manifestants barheïnis (21/02/2011) (AFP / Joseph Eid)

La grogne s'amplifie depuis le 14 février dans le royaume du Golfe gouverné par une dynastie sunnite.La foule estimée à des dizaines de milliers de personnes s'étirait sur un large boulevard reliant le lieu de départ de la marche à la place de la Perle, épicentre de la contestation, distante de près de trois kilomètres.

La grogne s'amplifie depuis le 14 février dans le royaume du Golfe gouverné par une dynastie sunnite.

La foule estimée à des dizaines de milliers de personnes s'étirait sur un large boulevard reliant le lieu de départ de la marche à la place de la Perle, épicentre de la contestation, distante de près de trois kilomètres.

Les manifestants ont commencé à défiler derrière une grande banderole sur laquelle était écrit: "Marche de fidélité aux martyrs", avec les photographies des sept chiites tués pendant la répression du mouvement de protestation.

Les femmes étaient nombreuses prmi les manifestants qui scandaient "le peuple veut la chute du régime" et "A bas les Al-Khalifa", en référence à la famille royale. La police était absente mais un hélicoptère survolait la marche.

Retour d'un opposant chiite
L'opposant chiite en exil Hassan Machaimaa a annoncé lundi, depuis Londres, qu'il rentrerait mardi à Bahreïn. Secrétaire général du Mouvement des libertés et de la démocratie (MLD), il est jugé depuis octobre par contumace dans le procès d'un groupe de 25 militants suspecté de terrorisme. Des accusations dont il se défend.

Entre-temps, lundi sur la place de la Perle à Manama, les protestataires bahreïnis qui campent depuis deux jours s'enhardissent, certains réclamant désormais ouvertement la fin du règne de la dynastie des Al-Khalifa.

Libération de détenus chiites
Le roi de Bahreïn a ordonné lundi la libération de prisonniers chiites et de suspendre les poursuites judiciaires contre d'autres prisonniers politiques, selon l'agence de presse officielle, accédant ainsi à l'une des conditions posées par l'opposition pour un dialogue national.

L'opposition a demandé la démission du gouvernement
L'amorce d'un dialogue avec le pouvoir est conditionnée à la démission du gouvernement, a prévenu dimanche l'opposition bahreïnie. "Le gouvernement qui n'a pas pu protéger son peuple doit démissionner et les responsables du massacre doivent être jugés", a averti Abdel Jalil Khalil Ibrahim, chef du bloc parlementaire du Wefaq (opposition chiite).

Après la mort de 6 manifestants, le prince héritier a proposé le dialogue et a ordonné le retrait de l'armée de Manama. Il a aussi ordonné aux forces anti-émeutes de ne pas s'opposer aux manifestants, accédant ainsi aux demandes de l'opposition.

Samedi après-midi, des centaines de manifestants se sont rassemblés à nouveau sur la place de la Perle à Manama. Les manifestants ont enlevé les barbelés qui entouraient la place alors qu'un hélicoptère survolait le secteur. Deux jours plus tôt, jeudi, un sit-in y avait été dispersé par les forces de l'ordre.

Les violences de vendredi
Selon le dirigeant chiite Abdel Jalil Khalil Ibrahim, les tirs de l'armée vendredi soir contre des manifestants ont fait 95 blessés, 3 de ces blessés étant "dans un état de mort clinique". Dans la journée de vendredi, des milliers de chiites ont enterré leurs morts tués dans la répression des manifs pro-réformes à Manama.

Ces tirs étaient survenus alors que le prince héritier Salman Ben Hamad Al-Khalifa s'exprimait sur la télévision d'Etat pour promettre un dialogue avec l'opposition une fois le calme revenu. "Je ne fais aucune différence entre un Bahreïni et un autre et ce qui se passe actuellement est inacceptable", a déclaré le prince Salman. "Bahreïn connaît aujourd'hui un état de division et c'est inacceptable." Le roi Hamad Ben Issa Al-Khalifa a aussitôt chargé son fils, le prince héritier, de mener un "dialogue avec les parties et communautés sans exception".

Côté Union européenne, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a estimé samedi que le dialogue politique promis par le prince héritier de Bahreïn "devrait débuter sans délais", se disant "profondément préoccupée" du recours à la force par les forces de sécurité contre des manifestants.

Baisse du trafic Internet
Depuis le début de la semaine du 14 février, le trafic Internet à Bahreïn s'est drastiquement réduit, une baisse comprise entre 10% et 20% par rapport à la moyenne des trois semaines précédentes. C'est ce qu'indique rapportant des chiffres d' Arbor Networks, société américaine spécialisée dans la surveillance des échanges de données.

Le royaume est connu pour exercer un filtrage strict d'Internet. Reporters sans frontières (RSF) a classé le Bahreïn comme "pays sous surveillance" dans la liste des "ennemis d'Internet". Les sites politiques, religieux ou critiquant la famille royale sont interdits, tout comme certaines pages Youtube ou Wikipedia.

Si le principal fournisseur d'accès à Internet du pays évoque des perturbations sur le réseau suite à un "très fort usage", Arbor Networks a une autre explication: "Nos données, collectées auprès de cent sources dans le monde entier, tendent à montrer que Bahreïn a significativement renforcé son filtrage du Web pour répondre à la montée de la contestation politique", estime l'entreprise.

Initiative d'internautes sur Facebook
C'est la première fois dans une monarchie arabe du Golfe que se déroule une manifestation de cette ampleur pour réclamer des réformes politiques. Le mouvement a été lancé à l'initiative d'internautes sur Facebook. Des milliers de Bahreinis, essentiellement issus de la majorité chiite, manifestent depuis lundi 14 février pour exiger des réformes politiques et sociales dans ce royaume dirigé par une famille sunnite, dans la foulée des soulèvements en Tunisie et en Egypte. Le plus important parti d'opposition (chiite) Wefaq, qui dispose de 17 des 40 sièges du Parlement, a réclamé mercredi l'adoption d'une nouvelle constitution plus démocratique.

La principale revendication des manifestants est la démission du Premier ministre, le cheikh Khalifa Ben Salman Al Khalifa, qui gouverne le pays depuis son indépendance en 1971. Oncle du roi Hamad Ibn Issa Al Khalifa, il est perçu comme le symbole de la richesse de la famille régnante. La dynastie sunnite des Al Khalifa règne sur Bahrein depuis 1783.

Les manifestants dénoncent aussi la pauvreté et le chômage. Ils s'inquiètent en outre des avantages accordés à des sunnites étrangers venant s'installer dans le royaume (citoyenneté, emplois dans les forces de sécurité, logements) qui tendent à en modifier l'équilibre démographique. Bahreïn fait figure de parent pauvre à côté des autres monarchies pétrolières de la région, ses réserves de pétrole s'étant pratiquement taries.

Le petit royaume du Golfe arabo-persique n'en est pas moins d'une importance stratégique pour les Etats-Unis, qui y ont installé le quartier général de leur Ve flotte. Celle-ci est chargée de surveiller les routes maritimes empruntées par les pétroliers, de soutenir les opérations en Afghanistan et de contrer une éventuelle menace iranienne.

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