Un camp de l'opposition iranienne pris d'assaut

Femmes Moudjahidines du peuple à Bagdad lors des funérailles de six de leurs camarades tués en Irak
Femmes Moudjahidines du peuple à Bagdad lors des funérailles de six de leurs camarades tués en Irak (© AFP - KARIM SAHIB)

Les forces de sécurité irakiennes ont pris de force mardi le contrôle d'un camp des Moudjahidines du peuple

Les forces de sécurité irakiennes ont pris de force mardi le contrôle d'un camp des Moudjahidines du peupleLes forces de sécurité irakiennes ont pris de force mardi le contrôle d'un camp des Moudjahidines du peuple

Les affrontements, violents, ont fait au moins 260 blessés, selon la police irakienne.

Ce groupe, dont les membres sont notamment réfugiés en Irak, compte parmi les plus farouches opposants au régime iranien.

Situé à une centaine de km au nord de Bagdad dans la province de Diyala et à 80 km de la frontière iranienne, le camp d'Ashraf attaqué par les forces irakiennes abrite 3500 personnes. Il a été construit dans les années 1980 pour y accueillir des Moudjahines (combattants) du peuple.

Les opposants iraniens ont été désarmés en 2003 par les forces américaines qui ont pris le contrôle du camp après l'invasion de l'Irak. L'armée américaine avait remis en mai son contrôle aux forces irakiennes.

Aucune explication n'a toutefois été donnée par les forces irakiennes sur le moment choisi pour pénétrer dans le camp.

Le groupe d'opposition avait été fondé en 1965 pour renverser le régime du char d'Iran. Il s'était ensuite retourné contre le régime islamiste avant d'être chassé d'Iran dans les années 80. Les Moudjahidines du peuple s'étaient battus aux côtés des troupes de Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak.

Les Moudjahidines du peuple

L'organisation des Moudjahidines du peuple (OPMI) est constituée d'ennemis déterminés du régime islamique iranien.

Structurée de manière pyramidale, celle-ci, qui n'accepte aucune
opposition en son sein, répond au doigt et à l'oeil à sa chef, Maryam Rajavi, femme du fondateur de l'OPMI, Massoud Rajavi. Celle-ci, auquel les militants vouent un veritable culte de la personnalité, s'est autoproclamée présidente de la résistance iranienne. L'organisation est souvent comparée à une secte.

Son idéologie ésotérique mélange des rudiments de marxisme et des éléments de l'islam chiite. Cette organisation est née en 1965 d'une scission au sein du Mouvement de libération de l'Iran (nationaliste) de Mehdi Bazargan, futur premier chef du gouvernement de la République islamique. Son objectif était de renverser le chah, et beaucoup de ses fondateurs ont péri dans les prisons du régime.

Après une brève période de légalité avec la révolution islamique de 1979, l'OMPI est déclarée hors-la-loi en 1981 après une manifestation sévèrement réprimée. En juin de la même année, un attentat à la bombe contre le siège du Parti de la République islamique (74 morts dont l'ayatollah Behechti, numéro deux du régime) est attribué aux Moudjahidines par les autorités islamistes.

Chassés d'Iran, ils trouvent refuge partout dans le monde. Notamment en France: leur état-major s'installe à Auvers-sur-Oise, en Ile-de-France, avec Massoud Radjavi.

Les Moudjahidines ont créé en 1987 une Armée de libération nationale d'Iran qui a revendiqué plusieurs opérations dans le pays même. Notamment en 1993 contre des oléoducs et le mausolée de l'imam Khomeiny, près de Téhéran. Des dizaines de meurtres leur ont été imputés.

Après le renversement de Saddam Hussein en 2003, les combattants de l'OMPI sont désarmés et regroupés dans le camp d'Achraf.

La même année, Mme Radjavi est arrêtée lors d'une vague d'interpellations, puis libérée après des semaines de protestations de ses partisans, marquées par deux immolations. Son mari n'est plus apparu en public depuis 2003.

Spécialiste des pétitions, des sit-in, des appels aux organisations internationales, l'OMPI a réussi à obtenir en janvier 2009 d'être rayée de la liste des organisations terroristes de l'UE. Elle y figurait depuis mai 2002 et est toujours considérée comme telle par les Etats-Unis. Ce pays leur a accordé le statut de "personnes protégées" au regard des conventions internationales, tout en les laissant inscrits sur sa liste d'organisations terroristes.

Bagdad a annoncé en décembre 2008 son intention de fermer le camp d'Achraf. Washington dit avoir reçu l'assurance que les Moudjahidines ne seront pas expulsés vers des pays où ils risquent la persécution.