Un bateau de migrants venu de Libye qui cherchait à gagner l'Europe a été ignoré: 62 personnes sont mortes de faim

Des réfugiés libyens arrivent à Lampedusa, le 19 avril 2011 (image d\'archives).
Des réfugiés libyens arrivent à Lampedusa, le 19 avril 2011 (image d'archives). (AFP/Mauro Seminara)

Selon le quotidien britannique The Guardian, un bateau transportant 72 personnes, dont des femmes, des enfants et des réfugiés politiques, s'est trouvé en difficulté fin mars après avoir quitté Tripoli pour Lampedusa.L'embarcation aurait été en contact avec un hélicoptère et un bâtiment de guerre de l'Otan qui n'ont rien fait pour les secourir.

Selon le quotidien britannique The Guardian, un bateau transportant 72 personnes, dont des femmes, des enfants et des réfugiés politiques, s'est trouvé en difficulté fin mars après avoir quitté Tripoli pour Lampedusa.

L'embarcation aurait été en contact avec un hélicoptère et un bâtiment de guerre de l'Otan qui n'ont rien fait pour les secourir.

Alors que la garde-côte italienne avait été alertée, rien n'a été entrepris et la majorité des personnes à bord, 62 au total, dont 20 femmes et deux enfants en bas âge, sont mortes de faim et de soif dans l'indifférence générale.

Seules onze personnes étaient encore vivantes lorsque le bateau a finalement touché terre, à l'issue de 16 jours de dérive. "Chaque matin, à notre réveil nous trouvions de nouveaux corps, que nous attendions 24h avant de jeter par dessus bord", a raconté au journal l'un des survivants.

Le récit de 16 jours de dérive
Le Guardian a reconstitué le récit du naufrage à l'aide de témoignages de survivants.

Le capitaine ghanéen du bateau dirigeait le navire vers Lampedusa, à 290 km au nord-ouest de Tripoli, quand après de 18 heures de mer, l'embarcation a connu des problèmes et perdu du carburant. Les émigrants (47 Ethiopiens, 7 Nigerians, 7 Erythréens, 6 Ghanéens et 5 Soudanais) ont joint depuis un téléphone portable un prêtre érythréen se trouvant à Rome, lequel a contacté la garde-côte italienne (ce prêtre a confirmé leurs dires).

Un hélicoptère dont les pilotes portaient des uniformes a survolé un peu plus tard le bateau et largué des bouteilles d'eau et des paquets de biscuit, écrit le journal. Les pilotes ont fait signe aux passagers qu'ils devraient rester dans cette zone le temps qu'un bateau vienne à leur secours, mais aucun navire ne s'est jamais présenté.

Le 29 ou le 30 mars, dit le Guardian, le bateau d'émigrants a dérivé en vue d'un porte-avions de l'Otan. Il était "si près qu'il était impossible que ce dernier ne remarque pas l'embarcation". Selon des survivants, deux avions ont décollé du pont et ont survolé à basse altitude le bateau, dont les passagers s'étaient dressés et brandissaient les deux bébés à bord. Cependant, affirme le Guardian, aucune aide n'est parvenue et les émigrants sont morts de faim et de soif l'un après l'autre.

Lorsque, le 10 avril, le bateau à la dérive a échoué sur une plage près de Zlitane, dans les environs de Misrata dans l'Ouest libyen, seules 11 personnes à bord étaient encore en vie. L'une d'elles est morte peu de temps après avoir touché terre.

L'Otan et le Charles de Gaulle, montrés du doigt, démentent les accusations
Carmen Romero
, porte-parole de l'Otan , a indiqué que le seul porte-avions qui participait alors à l'opération de l'Otan en Libye, effective sous mandat de l'Onu depuis le 19 mars, était italien et se trouvait loin de l'endroit où dérivait le bateau.

La porte-parole a rappelé que les bâtiments de l'Otan avaient déjà sauvé "des centaines de vies en mer" et souligné notamment que, dans la nuit du 26 au 27 mars, des navires de l'Otan avaient secouru au total plus de 500 personnes dont les bateaux étaient en difficulté au large de la Libye , au cours de deux opérations distinctes.

Le Guardian écrit qu'après une enquête approfondie, il a conclu que le porte-avions en question était probablement le Charles-de-Gaulle.Le porte-avions français a pris part aux opérations internationales au large de la Libye, mais n'était pas alors, fin mars, sous le commandement de l'Otan.

A Paris, l'état-major a démenti qu'un navire français ait été impliqué dans cette affaire.
"Le Charles-de-Gaulle ne s'est jamais trouvé à moins de 200 kilomètres de Tripoli, alors qu'ils annoncent ce bateau à 60 milles nautiques, soit 110 km, de Tripoli", a expliqué Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées.

Le droit maritime international oblige les navires, y compris les bateaux militaires, à répondre aux alertes d'autres embarcations et à offrir leur aide quand cela est possible.
L'article (en anglais) du quotidien britannique The Guardian