Turquie : quatre questions autour du procès de la romancière Asli Erdogan, qui s'ouvre jeudi à Istanbul

La romancière Asli Erdogan à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 8 mai 2005.
La romancière Asli Erdogan à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), le 8 mai 2005. (ULF ANDERSEN / AURIMAGES / AFP)

Emprisonnée depuis août 2016, elle est poursuivie pour "atteinte à l'intégrité de l'Etat" pour avoir collaboré avec un quotidien soutenant des revendications pro-kurdes. Elle risque la prison à perpétuité. 

Le procès de neuf intellectuels, dont celui de la romancière Asli Erdogan, s'ouvre jeudi 29 décembre devant la cour d'assises d'Istanbul. Cinq des accusés ont eu le temps de s'enfuir, souligne Le Monde." Les quatre restants, l’auteure Asli Erdogan, la linguiste Necmiye Alpay, les journalistes Inan Kizilkaya et Zana Kaya, sont en détention préventive depuis la mi-août".  Quatre questions autour de ce procès emblématique de la dérive autoritaire dénoncée par des ONG en Turquie :

Que reproche la justice turque à la romancière ?

Le procès fait suite à la fermeture, le 16 août 2016, du quotidien Ozgür Gündem, qui soutenait des revendications pro-kurdes. Neuf collaborateurs du journal ont été arrêtés le 17 août, dont la romancière, incarcérée depuis cette date.

Asli Erdogan est poursuivie, souligne le quotidien belge La Libre Belgique, pour "atteinte à l’unité de l’Etat et à l’intégrité territoriale du pays" et pour "propagande en faveur d’une organisation terroriste" ( terme qui désigne le parti des Travailleurs du Kurdistan, le PKK )Comme huit des neuf prévenus, elle risque la réclusion à perpétuité, qui a été requise contre elle.


Turquie : une romancière victime des purges

Dans quel contexte se tient ce procès ?

En Turquie, plus de 40 000 personnes, selon l'AFP, ont été arrêtées depuis que le président Erdogan  (sans lien de parenté avec la romancière) a dénoncé un pustch avorté à la mi-juillet. 

 Au-delà des putschistes présumés, les purges engagées après le 15 juillet 2016 visent les milieux prokurdes et les médias. Nombre d' ONG accusent le pouvoir de profiter de l'état d'urgence pour étouffer toute voix critique. Plus de 160 médias ont été fermés. Le 24 décembre, les autorités turques ont annoncé qu'elles enquêtaient  sur 10 000 internautes soupçonnées d'activités "terroristes" ou d'"injure" aux responsables gouvernementaux sur les réseaux sociaux. Le 26 décembre, le responsable de la cantine du quotidien turc d'opposition Cumhuriyet a été incarcéré pour "injure au chef de l'Etat", après avoir dit qu'il refuserait de servir le thé à Recep Tayyip Erdogan, selon le journal.

Au classement mondial de la liberté de la presse dressé par Reporters Sans Frontières en 2016, la Turquie apparaît en 151e position, derrière le Tadjikistan et juste devant la République démocratique du Congo.


Les chiffres de la purge en Turquie

Qui est Asli Erdogan ?

Physicienne de formation et lauréate de nombreux prix, Asli Erdogan a vu ses romans traduits dans plusieurs langues. Son éditeur français, Actes Sud, a publié Les oiseaux de bois et, en 2013, Le Bâtiment de pierre, où l'auteure dénonçait la torture et les conditions de détention en Turquie.

Elle y décrivait, explique Le Monde, "les tourments d’une femme hantée par son séjour derrière les barreaux aux côtés de militants, d’intellectuels et d’enfants des rues", trois ans avant d'être elle-même prisonnière. Le 4 janvier prochain paraîtra, toujours chez Actes Sud, un recueil de ses chroniques intitulé Le silence même n'est plus à toi.

Pourquoi une mobilisation autour d'Asli Erdogan ?

Au nom (entre autres) de la liberté d'expression, l'arrestation de la romancière de 49 ans a provoqué une vague d'indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes et intellectuels. Ses soutiens affirment qu'Asli Erdogan souffre d'asthme et de diabète et s'inquiètent pour son état de santé.

Des écrivains, des éditeurs et des journalistes comme Bernard Pivot, Annie Ernaux, Tatiana de Rosnay ou Jonathan Littell ont lancé fin août une pétition pour obtenir sa libération. De nombreuses soirées de soutien ont eu lieu en décembre, entre autres à la Maison de la poésie à Paris. 

Sur Twitter enfin, depuis le jour de l'arrestation de l'écrivain, le président du Centre national du Livre, Vincent Monadé, rappelle quotidiennement qu'"Asli Erdogan est toujours en prison" :

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