Turquie: Erdogan joue la stratégie de la tension contre le PKK

Trois hommes dont un adolescent ont été tués dans un accrochage avec la police turque dans la ville de Sirnak le 9 août 2015.
Trois hommes dont un adolescent ont été tués dans un accrochage avec la police turque dans la ville de Sirnak le 9 août 2015. (AFP)

A quoi joue Recep Tayyip Erdogan, le président turc ? Son armée est plus occupée à frapper les combattants kurdes que les djihadistes de Daech. En fait tous les observateurs s’accordent sur un point. Erdogan veut pousser les Kurdes aux actions terroristes pour renforcer son pouvoir.

Gagner les élections en jouant sur la peur. Le pari est risqué, mais Erdogan serait près à le tenter. Ceci expliquerait les attaques à répétitions contre les militants kurdes, et les nombreux bombardements sur des villes à population kurde du sud est de l’Anatolie. Un bilan fait état de 390 rebelles du PKK tombés sous les frappes de l’aviation turque.
 
A cela répondent les attentats des séparatistes kurdes. Ils visent les policiers et les soldats turcs. D’où cette «guerre contre le terrorisme» lancée par Ankara en juillet 2015. Elle vise à la fois les Kurdes et Daech, mais ce dernier est très peu attaqué. L’expert en géopolitique Gérard Charliand, interrogé par la RTS, considère que cette guerre contre les islamistes n’est qu’un paravent.
 
Le seul et unique objectif de Recep Tayyip Erdogan serait électoral. Aux dernières élections législatives, l’AKP son parti a reculé. Il doit s’ouvrir à une coalition pour conserver le pouvoir. Coalition qui n’a toujours pas été trouvée depuis le 7 juin 2015. Aussi, les détracteurs du président Erdogan l'accusent de vouloir choisir le «chaos» pour préparer un nouveau scrutin législatif dont le résultat serait propice à un amendement constitutionnel à la mesure de ses ambitions.
 
La stratégie d’Erdogan serait d’affaiblir le HDP, parti à base kurde. Ce dernier dispose actuellement de 80 sièges au parlement. Une recrudescence des attentats du PKK, pourrait faire fuir les électeurs en cas de nouvelle élection. Cela « peut faire repasser le parti kurde HDP, qui dispose de 80 sièges, sous la barre des 10 % lui permettant d’avoir des députés» déclare Jean Marcou, professeur à Science Po Grenoble, cité par les Echos.
 
Le PKK et sa branche syrienne le PYD ne peuvent pas espérer de soutien de la part des Kurdes d’Irak. Selon le politologue Ahmet Insel «le PKK turc et le PYD, sa branche syrienne, sont des forces laïques, de tradition marxiste, alors que Barzani (le leader des Kurdes d’Irak), lui, est un féodal, un conservateur et un musulman pratiquant…»
 
Et les Etats-Unis dans tout cela serait-on tenter de dire ? Ils ne peuvent guère faire de reproches à Erdogan quand il attaque le PKK. Toujours selon le politologue Ahmet Insel «le PKK et le PYD nourrissent une utopie communarde, écologiste, multiculturelle. Ils tiennent un discours d’extrême gauche, très antinéolibéral». Aussi le vice-conseiller à la sécurité nationale Ben Rhodes a donné la bénédiction de Washington aux frappes estimant que «la Turquie a le droit de mener des actions contre les cibles terroristes».
 
Quant à la lutte contre Daech, ce n’est clairement pas une priorité d’Erdogan. 
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