Réflexion faite : la Turquie vers un virage autoritaire ?

Michel Eltchaninoff, rédacteur en chef de Philosophie Magazine, revient sur la dérive autoritaire orchestrée par Recep Tayyip Erdogan en Turquie.

En Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan prend un virage de plus en plus autoritaire et durcit la répression. L'élection que son parti a perdue à la tête de la mairie d'Istanbul a été annulée par exemple. Va-t-on vers une dictature ? "Ce qui se passe n'est pas un acte de plus, mais un basculement qui aura des conséquences imprévisibles. Ce qui est paradoxal, c'est qu'Erdogan n'avait jamais remis en cause le suffrage universel. (…) au fil des années, il est devenu anti-européen et anti-libéral, mais toujours élu par son peuple. On a tenté de le renverser, mais il a repris le pouvoir de manière démocratique", détaille Michel Eltchaninoff, rédacteur en chef de Philosophie Magazine

Danger pour la Turquie

Il a pourtant été élu démocratiquement… "C'est le paradoxe. C'est quelqu'un qui a toujours restreint les libertés de plus en plus, mais qui pour l'instant, a toujours joué le jeu des élections. (…) on peut se référer à un concept avancé par Fareed Zakaria, qui dès 1997 a publié un article en disant qu'on voyait apparaître dans le monde des démocraties 'illibérales' dans le sens du respect des libertés individuelles. Il dit que d'un côté, il y a la démocratie, le pouvoir du peuple. Et de l'autre côté, il y a une politique libérale qui est le respect des droits de l'individu. Ces deux choses-là ont fonctionné ensemble dans l'Europe moderne après 1945", détaille le journaliste.
Et d'ajouter : "Que se passe-t-il quand un dirigeant se met à attaquer l'indépendance de la justice, persécuter les minorités ? C'est ce qui s'est passé en Turquie depuis 2003. On peut avoir une lecture optimiste, mais je pense que ce qui se passe actuellement en Turquie et une lecture beaucoup moins optimiste. Un dirigeant démocratiquement élu est en train de se retourner contre la démocratie et remettre en cause l'élection du maire d'Istanbul. C'est très dangereux pour la Turquie".

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