"Menaces de mort", "interrogatoires très durs" : l'arrestation mouvementée en Turquie de Pascal Torre, membre du PCF

Une urne dans un bureau de vote à Ankara, en Turquie, à l\'occasion de l\'élection présidentielle
Une urne dans un bureau de vote à Ankara, en Turquie, à l'occasion de l'élection présidentielle (ADEM ALTAN / AFP)

Pascal Torre, membre de la commission internationale du Parti communiste français, indique ne pas avoir subi de violences. La délégation dont il faisait partie a été arrêtée dimanche, lors de l'élection présidentielle turque.

Une délégation de membres du Parti communiste français a été arrêtée en Turquie, dimanche 24 juin. Elle était venue en mission d'observation pour contrôler le déroulement de l'élection présidentielle turque. Les membres doivent revenir en France lundi, dans le courant de la journée. Pascal Torre, membre de la commission internationale du PCF, affirme avoir subi "des menaces de mort". Il assure également avoir "pu constater des fraudes" du camp de Recep Tayyip Erdogan, réélu président avec 52,5% des voix selon les résultats quasi-définitifs.

franceinfo : Comment s'est passée votre arrestation ?

Pascal Torre : Nous visitions des bureaux de vote dans des zones rurales et nous avons été prévenus que des incidents très graves se déroulaient au sein de la ville d'Agri. Donc nous avons repris notre véhicule pour nous rendre dans ces bureaux afin d'observer les incidents et, en sortant du village, une trentaine de militaires étaient présents, ont arrêté nos véhicules, saisi nos passeports et procédé à notre arrestation et nous ont conduits dans une caserne de gendarmerie afin de nous interroger sur les raisons de notre présence. Nous n'avons pas subi de violence mais les interrogatoires ont été très durs, avec notamment des menaces à l'égard de nos familles qui se trouvaient en France, et puis surtout des menaces de mort sur le parcours qui doit nous conduire tout à l'heure à l'aéroport.

Vous avez pu constater des fraudes pendant le scrutin ?

À l'issue du scrutin qui modifiait la Constitution, Erdogan avait remporté une victoire à 51% en manipulant les scrutins, puisque deux millions de voix avaient été fraudées. Erdogan a modifié la loi électorale à sa convenance pour s'assurer une victoire large. Nous, nous avons pu constater, là où nous étions, des fraudes et une présence militaire tout à fait exceptionnelle dans les bureaux de vote avec des véhicules blindés, des chars, etc. Dans les zones rurales où le vote HDP [le Parti démocratique des peuples] était extrêmement important, les bureaux de vote ont été fermés et la population devait se déplacer en faisant 60 à 80 kilomètres pour venir voter. La population n'a souvent pas de voiture dans cette zone. Les bus ont été annulés et les chefs de village ont eu des pressions très fortes pour empêcher la population de voter.

L'opposition turque a donc raison de contester sa victoire à l'élection, selon vous ?

Oui. Il y a une utilisation très forte des médias et exclusive, et Erdogan a pu utiliser toutes les ressources de l'appareil d'Etat pour s'assurer une victoire. Mais en même temps il y a une fraude très importante et notamment dans les régions du sud-est de la Turquie où Erdogan avait explicitement donné comme ordre à l'armée et à la police d'empêcher le HDP, qui constitue la force de gauche avec laquelle le parti communiste avait des liens anciens, de passer la barre des 10%. En cela, il échoue, mais il va être doté de pouvoirs exceptionnels maintenant, ce qui va lui permettre de renforcer la dictature dans le pays.

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