Erdogan réélu en Turquie dès le premier tour : "C’est un régime d’extrême droite, un régime où il n’y a plus aucune liberté"

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s\'adresse à la foule, après sa réélection dimanche 24 juin
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'adresse à la foule, après sa réélection dimanche 24 juin (EPA)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a été réélu dès le premier tour dimanche, avec 52,5% des voix. Il va entamer un nouveau mandat avec des pouvoirs renforcés. L'écrivaine franco-turque Kenizé Mourad s'inquiète d'un "régime qui tient tous les pouvoirs".

"Il n'y a plus de contre-pouvoirs en Turquie", a estimé, lundi sur franceinfo Kenizé Mourad, une écrivaine franco-turque, après la réélection de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc a obtenu 52,5% des voix dès le premier tour, selon les résultats quasi-définitifs lors de l'élection présidentielle dimanche 24 juin. Une victoire entachée de nombreuses fraudes, selon l'opposition. 

franceinfo : Une délégation du Parti communiste français a été arrêtée dimanche en Turquie. La France va-t-elle le condamner ?

Kenizé Mourad : La France devrait condamner cette arrestation mais elle ne le fera pas dans la mesure où Erdogan a 3,5 millions de migrants réfugiés syriens et qu’il menace chaque fois qu’il y a une contestation de lâcher les migrants sur l’Europe. L’Europe meurt de peur donc Erdogan a là une arme très forte. Mais c’est grave. C’est un régime d’extrême droite, un régime où il n’y a plus aucune liberté. C’est un régime qui tient tous les pouvoirs, il n’y a plus de contre-pouvoirs en Turquie.

Faut-il reconnaître l’élection de Recep Tayyip Erdogan ?

En fait l’opposition ne la reconnaît pas actuellement. C’est vrai que ce sont des élections qui ont été faites sous état d’urgence. En plus, la presse est à 95 % dans les mains du parti au pouvoir, et il y a eu pas mal de fraudes. Le résultat a été annoncé alors qu’il y avait encore pas mal de bulletins qui n’étaient pas ouverts. Cela dit, je pense qu’il n’y aura pas de possibilité de vraie contestation. Il peut y avoir de la contestation dans la rue, mais vu le régime assez autoritaire, et la police partout, je pense que cette contestation ne pourra pas aller très loin. Il faut se demander pourquoi un tel résultat a lieu alors que ce régime autoritaire est très mal perçu par près de la moitié de la population.

Erdogan a fait quand même des choses très bien au départ. Il a un noyau dur de 40 % de la population qui le soutient, parce qu’il a donné au peuple turc des meilleures conditions économiques, il a été aidé par le contexte, il a fait des hôpitaux formidables. Avant, les gens qui n’avaient pas d’argent étaient soignés n’importe comment. Mais surtout, il leur a redonné leur fierté avec deux choses : il a redonné une sorte de fierté de leur religion alors qu’il faut savoir que les milieux laïcs, kémalistes, étaient non seulement en général peu religieux mais souvent laïcs combattants et avec un certain dédain pour ce peuple religieux. Il leur a donné aussi un orgueil de leur grand passé ottoman.

Est-ce que sa victoire était courue d’avance ?

Non, c’est étonnant. L’opposition espérait gagner, parce que la situation économique est de moins en moins bonne. La Turquie a encore des bons chiffres, mais le peuple souffre beaucoup parce qu’il y a une inflation énorme, la vie est très chère. Donc c’est quand même un peu étonnant. Mais, encore une fois, Erdogan a donné au peuple turc une fierté qu’il n’avait plus, ce sentiment aussi d’une stabilité. La démocratie pour le peuple turc souvent est synonyme d’un certain désordre. Il a besoin d’un chef qui lui dise où aller. Il y a effectivement un déficit de l’éducation dans une partie de la population et une éducation religieuse qui a été accentuée par Erdogan, avec les écoles religieuses, qui remplacent de plus en plus les écoles laïques. Et donc il a de façon très habile mis une sorte de filet avec des menaces et promesses et réalisations très positives pour un peuple qui n’a jamais été tellement aidé par sa bourgeoisie turque. On parle des Turcs blancs et des Turcs noirs. Les Turcs blancs sont les Turcs occidentalisés et les Turcs noirs qui sont des Turcs plutôt encore moyen-orientaux avec des valeurs traditionnelles. Et Erdogan leur parle à eux et ils sont sans doute la majorité.

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