Erdogan contre l'alcool : nouveau coup de canif à la laïcité en Turquie?

Ankara le 29 janvier 2011: manifestation contre les mesures anti-alcool prises par le gouvernement. Organisée par le web, elle s\'intitulait: «un verre pour l\'AKP».
Ankara le 29 janvier 2011: manifestation contre les mesures anti-alcool prises par le gouvernement. Organisée par le web, elle s'intitulait: «un verre pour l'AKP». (AFP PHOTO / ADEM ALTAN)

Les propos de Recep Tayyip Erdogan sur l’alcool, le 27 avril 2013, ont fait polémique en Turquie, ravivant les craintes des laïques d’une nouvelle tentative d’islamisation de la société.


Le Premier ministre turc a accusé les fondateurs de la République d'avoir fait de la bière la boisson nationale alors que les Turcs préfèrent l'ayran, boisson à base de yaourt. La République turque a été fondée en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk. Ce dernier était guidé par des valeurs laïques plutôt que par une culture islamique qui prévalait alors dans la société ottomane. 

M.Erdogan s'est aussi emporté contre les règlements qui permettaient aux étudiants, jusqu'à ce qu'il les abroge, de «se saouler» sur les campus universitaires.

Les laïques sont inquiets de la vision islamique de la société que le Premier ministre et son parti l’AKP (Parti de la justice et du développement, issu de la mouvance islamiste) veulent imposer.

La consommation d'alcool de plus en plus limitée
Des mesures restreignant localement la consommation d'alcool donnent régulièrement lieu à des polémiques sur ce qui est considéré par une partie de la population comme l’islamisation rampante de la société turque.
 
Ce fut le cas quand les passagers de la compagnie nationale Turkish Airlines ont été privés d’alcool, début 2013, sur huit destinations au Moyen-Orient, alors que l’interdiction concernait déjà la plupart des vols intérieurs. Ou encore quand la municipalité d'Istanbul a exclu toute boisson alcoolisée des cafés et jardins, voire quand elle a imposé des restrictions de licences et de terrasses ouvertes aux amateurs de vin ou de raki.


Quant aux autres symptômes de cette possible islamisation de la société, ils vont de la tolérance du port du voile (interdit dans les institutions et organisations publiques en 1925) dans les universités à l’autorisation du foulard pour les avocates dans les palais de justice… En gros, tout ce qui rend visible l’appartenance religieuse.
 
M.Erdogan a expliqué une nouvelle fois sa vision de l’islam, le 27 avril, au centre d’études islamique d’Oxford. A ceux qui assimilent la Turquie à un islam modéré, il a déclaré: «Nous ne pouvons pas accepter cette définition (…). L'islam ne peut pas être considéré comme modéré ou pas.» Propos qu’il avait déjà tenus en 2007 sur Kanal D TV.
 
«Former une jeunesse religieuse»
Pour autant, l’AKP a-t-il pour but d’islamiser la société turque? En février 2012, Recep Tayyip Erdogan annonçait la couleur en déclarant devant les députés vouloir «former une jeunesse religieuse» en adéquation avec «les valeurs et principes de (la) nation».
 
A l’époque, face aux protestations de l'opposition, qui craint entre autres que les élites soient éduquées dans des écoles religieuses comme lui-même l’a été, M.Erdogan avait ajouté: «Attendez-vous du parti conservateur et démocrate AKP qu'il forme une génération d'athées? C'est peut-être votre affaire, votre mission, pas la nôtre (...). Vous ne voulez pas d'une jeunesse religieuse, la voulez-vous droguée?»
 
Mais autre facette du personnage Erdogan, qui n’en est pas à une contradiction près, il est aussi capable de dépeindre la Turquie, lors d’une tournée dans plusieurs pays musulmans en septembre 2012, comme «un Etat démocratique laïque où toutes les religions (ont) le même niveau».
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