Belgique: la députée ne reconnaît pas le génocide arménien, elle est exclue

La députée Mahimur Ozdemir a été exclue de son parti pour n\'avoir pas reconnu le génocide arménien.
La députée Mahimur Ozdemir a été exclue de son parti pour n'avoir pas reconnu le génocide arménien. (Benoît Doppagne Belga/AFP)

Mahinur Ozdemir est une élue belge députée au Parlement qui possède également la nationalité turque. Elle a été exclue de son parti, le CDH, pour avoir refusé de dénoncer le génocide arménien. La polémique enfle.


Même la fille du président turc Recep Tayyip Erdogan, Sumeyye Erdogan, a pris la défense de la jeune députée, en participant à une manifestation devant le consulat belge à Istanbul, le 1er juin dernier. C’est le dernier épisode du feuilleton qui secoue la classe politique belge.
 
Le 29 mai 2015, Mahinur Ozdemir a été exclu du CDH (centre droit) pour ne pas avoir reconnu le génocide arménien devant les instances déontologiques de son parti. Le contexte a son importance. La  majorité gouvernementale socialiste planche actuellement sur un texte de reconnaissance du génocide arménien qu’il souhaiterait faire voter à la fin de l’année. Le CDH (c’est l’ancien Parti social-chrétien) trouve le texte un peu mou, l’accusant notamment de ne pas reconnaitre formellement le génocide.
 
Du coup, tout le monde fait dans la surenchère. Le député CDH Georges Dallemagne déclarant même à la radio à propos de l’exclusion de Mahinur Ozdemir : « Qu’on soit de Bruxelles, de Bastogne, Wallon ou Bruxellois, dans notre parti, personne ne peut tenir de propos négationnistes ».
 
Le gouvernement turc n'hésite pas non plus à s'inviter au débat. Mevut Cavusoglu, le ministre des Affaires étrangères, considère que l'exclusion est inacceptable. «Est-ce votre vision de la démocratie et de la liberté ?» écrit-il dans un tweet.

Mahimur Ozdemir parle elle de trahison, et n’entend pas démissionner de ses mandats. Elle est née en Belgique, y a grandi et fait ses études. La première députée belge à porter le foulard au parlement dit le payer aujourd’hui : «Beaucoup de personnes étaient un peu dérangées parce que je porte un foulard. Certaines personnes ont du mal à le digérer. Aujourd’hui, ça a été un bon prétexte en tout cas pour me pendre sur l’espace public.» Et d’ajouter qu’elle est citoyenne belge et qu’elle respectera la position de son pays vis-à-vis du génocide arménien.
 

Le débat aujourd’hui déborde le parti et touche à présent les socialistes wallons. Un de ses élus, Emir Kir, lui aussi d’ascendance turque, a refusé de participer à une minute de silence pour le génocide arménien. Mais le député bourgmestre de Saint-Josse «pèse» 17.000 voix, ce qui expliquerait la mansuétude de son parti.
 
Au-delà des querelles de personnes, c’est tout le rapport à la communauté turque de Belgique  qui est au cœur des débats. Elle est vue comme trop proche d’Ankara, encadrée par l’Etat turc, et finalement trop fermée. Aussi les élus d’origine turque subissent une forte pression pour inciter la communauté à s’ouvrir d’avantage.
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