Tunisie : l’état d’urgence prolongé de deux mois

(Un policier posté face à l’hôtel Impérial à Sousse deux jours après l’attaque qui a fait 38 morts © Sipa/Darko Vojinovic)

L’état d’urgence proclamé en Tunisie le 4 juillet dernier s’achèvera finalement début octobre. Il octroie des pouvoirs exceptionnels aux forces de l’ordre, permet d’interdire les grèves et de contrôler les médias.

Au départ, l’état d’urgence devait durer un mois. Il avait été proclamé le 4 juillet dernier par le président tunisien Beji Caïd Essebsi en raison de  "la situation exceptionnelle que traverse le pays après le dernier attentat terroriste et la persistance de menaces qui font que le pays est en guerre d'un genre spécial ".

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Huit jours plus tôt, la Tunisie avait connu une attaque inouïe : un jeune tunisien armé d’une Kalashnikov avait ouvert le feu sur des vacanciers sur une plage et au bord des piscines de l'hôtel Imperial Marhaba, dans la zone touristique de Port El Kantaoui, au sud du pays, tuant 38 personnes.

Aujourd'hui la présidence de la République publie un communiqué dans lequel elle explique que "la prolongation de l'état d'urgence a été décidé en accord avec le président du gouvernement et le président de l'assemblée des représentants du peuple". Elle prendra effet le 3 août 2015 pour une durée de deux mois. 

Déjà deux ans d'état d'urgence

On ne sait pas si la prolongation de l’état d’urgence est liée à une recrudescence de la menace terroriste.

L’état d’urgence accorde des pouvoirs d’exception aux forces de l’ordre. Il permet aussi aux autorités d’interdire les grèves et les réunions  "de nature à provoquer ou entretenir le désordre", de fermer provisoirement "salles de spectacle et débits de boissons" et de "prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature".

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L’état d’urgence n’est plus vraiment une situation exceptionnelle pour les Tunisiens qui ont déjà vécu plus de trois ans sous état d'urgence de janvier 2011 (quelques heures avant la fuite du dictateur Zine Ben Ali) à mars 2014.

Risque d'abus 

Des organisations non gouvernementales ont appelé aujourd'hui le Parlement tunisien à limiter le "risque d'abus" que la nouvelle loi anti-terroriste à créée. "Le terrorisme menace tout le monde en Tunisie mais une loi permettant à la police d'interroger des suspects sans la présence d'un avocat durant 15 jours représente aussi une menace réelle contre les droits de l'Homme ", a réagi Eric Goldstein, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de HRW.

La loi antiterroriste votée le 25 juillet remplace une loi antiterroriste adoptée en 2003, sous la dictature de Ben Ali. Cette loi fût largement utilisée par l'ancien dictateur pour réprimer l'opposition, or selon la représentante de Human Right Watch à Tunis: "De nombreuses entorses aux normes internationales des droits de l'Homme ont été incorporées dans ce texte et (elles) représentent un recul par rapport à la loi de 2003". Autrement dit, la nouvelle loi permettrait des abus plus grand encore que cella adoptée pendant la dictarture. 

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