Tiananmen : le rare témoignage d'un des manifestants

(Yan Peng est un dissident chinois, exilé à Taïwan après les manifestations historiques de 1989. © Radio France / Clément Robin)

Après le massacre de la place Tiananmen, il y a 25 ans, les manifestants ont été traqués, et parfois emprisonnés. Et d’autres ont réussi à s'échapper. Notre correspondant à Taïwan Clément Robin, journaliste à RFI, a rencontré l’un d’entre eux.

Peng est un homme discret, la cinquantaine, bientôt prêtre dans la banlieue Nord de Taipei. Rien ne laisse deviner qu’il y a tout juste 25 ans, il était le leader dans sa ville natale, des plus grandes manifestations qu’ait connu la Chine communiste. Aujourd'hui, il se confie : "En 1989, j'avais 25 ans. C'était la première fois que je participais a des manifestations, et surtout d’une telle ampleur. Bien sûr on avait peur et on savait ce que ça voulait dire de se battre en Chine à ce moment-là. Mais nous étions jeunes, nous avions la force, nous avions un idéal. C’était notre rôle de faire entendre notre voix, pour ne pas avoir honte de nous et de notre pays ". 

A l’époque, Peng est ouvrier dans une entreprise d’informatique. Après l’intervention de l’armée à Tiananmen le 4 juin, il est forcé de démissionner. Il monte sa propre entreprise et donne un coup de main à ses compagnons qui sortent de prison. Pour cela il est lui-même arrêté, en 2001, douze ans après le massacre de Tiananmen.

"En prison les conditions étaient très difficiles. Normalement, j’étais censé avoir un procès au bout de 3 – 4 mois. Au final, ça a mis un an et deux mois. Pendant toute cette période, je n’avais droit à rien. Pas de papier, pas de crayon, pas de livre. Evidemment pas d’ordinateur ni de télévision. Je n’avais pas le droit de parler, et bien sûr pas le droit de voir ma famille".

A sa sortie de prison, il reste en résidence surveillée en attendant son procès. En 2004, il s’échappe, aidé par la mafia locale. Après un véritable parcours du combattant il atteint une île taïwanaise proche de la Chine, échappant de peu aux garde-côtes chinois. Depuis il n’a pas revu sa femme et sa fille.