Tchernobyl au musée de Kiev : le mensonge de Moscou

(Visite de collégiens au musée de la catastrophe de Tchernobyl à Kiev © Radio France / Anne-Laure Barral)

A l'approche des commémorations du 26 avril 1986, un reportage au musée de Kiev dédié à la catastrophe de Tchernobyl où des collégiens découvrent la vérité ukrainienne.

L'Ukraine s'apprête à commémorer le trentième anniversaire de la catastrophe du 26 avril 1986. Dans les écoles, les enseignants entretiennent ce souvenir en emmenant des classes au musée de la catastrophe de Tchernobyl à Kiev. Les silences et les omissions de Moscou de l'époque y sont mis en évidence.  

La visite de collégiens ukrainiens de 6e au musée de la catastrophe de Tchernobyl : un reportage d'Anne-Laure Barral
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Une page historique

En montant les marches du musée, les élèves de 6e d’un collège de Kiev lisent les noms d'une dizaine villages rayés de la carte aujourd'hui à cause de la contamination radioactive. Leur guide, Alexandra, leur explique devant une maquette un peu vieillotte ce qui s'est passé cette nuit du 26 avril 1986 à 1h23 sur le réacteur 4 de Tchernobyl. Elle leur dit comment l'incendie pendant dix jours a provoqué un nuage radioactif qui s'est étiré sur l'Europe. Une animation vidéo leur montre comment pendant un an il a contaminé l'ensemble de la planète à des taux différents selon les endroits. "Moi ça me fait peur surtout pour les gens qui sont rentrés chez eux près des villes contaminées. Ils peuvent tomber malades" réagit Jenia, 11 ans.

Dans un décor très sombre et inquiétant, les élèves découvrent aussi des photos en noir et blanc des héros de la cette catastrophe : les liquidateurs. Ils sont allés à peine équipés d'une blouse ou d'un tablier de plomb jeter du sable pour éteindre l'incendie.

(Des collégiens de Kiev au musée de la ville dédié à la catastrophe de Tchernobyl © Radio France / Anne-Laure Barral)

La nécessité de savoir

Peu d'élèves de la classe ont déjà évoqué le sujet de Tchernobyl en famille. Leurs parents, trentenaires la plupart, ont peu de souvenirs. Seule Maria en a déjà parlé avec son grand père. "J’ai envie de lui poser plus de question sur ce qu’il a fait là-bas. Je sais qu’il est très malade à cause de Tchernobyl" confie l’adolescente. Le professeur principal des élèves, Mirolena Damna, sait bien que le sujet est davantage devenu une donnée historique qu’un sujet d’actualité. "Il faut absolument que les enfants sachent ce qui s’est passé. Je me souviens très bien que nous avons été  prévenus très tard. J’ai su plus de deux semaines après l’explosion ce qui s’était passé et il a fallu que je mette mes enfants à l’abri" déclare l’enseignante. "Bien sûr que la guerre maintenant est notre préoccupation primordiale aujourd’hui mais il ne faut pas oublier que le danger est toujours là" ajoute Mirolena Damna.

Les omissions de Moscou

C’est avant tout le souvenir du mensonge de Moscou qui est évoqué. Les autorités n’ont pas dit aux habitants qu'une explosion s'était produite. A l'époque, les autorités soviétiques cachent l'information puis la minimisent quand la Suède décèle deux jours après une forte radioactivité en provenance de l'Est. Mikhaïl Gorbatchev n'ira à la télé annoncer l'ampleur de la catastrophe que le 14 mai. "J’essaye de dire aux enfants qu’il ne faut pas avoir une peur aveugle du nucléaire. C’est profitable à beaucoup de pays pour faire leur électricité", explique Alexandra, guide au musée de la catastrophe de Tchernobyl. Mais elle fait aussi l'impasse sur le choix de l'Allemagne de sortir du nucléaire lorsqu'elle présente les pays qui utilisent cette énergie. L'Ukraine compte encore quatre centrales nucléaires en fonctionnement qui produisent presque la moitié de l'électricité du pays. Une question d'indépendance énergétique aussi pour le pays face au géant russe avec lequel il est aujourd'hui en conflit ouvert.