Syrie : d’une simple pression verbale, Washington fait reculer Moscou et Damas

Coup double pour le secrétaire d’Etat américain qui, en quelques mots, a révélé le pouvoir de la Russie en Syrie et les limites de l’initiative russe au pays d’Assad. En affirmant que la patience américaine était très limitée concernant le respect de la trêve, John Kerry a obtenu rapidement une réponse. Moscou a aussitôt annoncé un cessez-le-feu de 48 h à Alep pour «stabiliser la situation»

«A l’initiative de la Russie, un régime de silence est entré en vigueur à Alep pour 48 heures le 16 juin à 00H01 (21H00 GMT mercredi) afin de réduire le niveau de violence armée et stabiliser la situation».

La Russie décrète un cessez-le-feu en Syrie 
Cette annonce du ministère de la Défense a fusé tel un ordre émanant d’une autorité supérieure et a été immédiatement suivi d’effet. Selon Rami Abdulrahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), «il y a eu des bombardements des deux côtés après minuit mais ce matin, c'est calme à Alep», la grande ville du nord que le régime et la rébellion se disputent depuis 2012.
 
Le plus spectaculaire, dans ce qui s'apparente à une injonction au régime de Bachar al-Assad, n’est pas la trêve elle-même, régulièrement violée depuis sa proclamation par Washington et Moscou en avril 2016, et sur laquelle acteurs et observateurs se montrent sceptiques.
 
C’est bien plutôt le scénario selon lequel Alep va pouvoir souffler quelques heures, après les séries de raids meurtriers de l’aviation syrienne sur les zones rebelles et les tirs de roquettes des insurgés contre les quartiers sous contrôle du régime.
 
Faite depuis Moscou, l’annonce de cette nouvelle trêve est en effet intervenue quelques heures après une sévère mise en garde américaine aux présidents russe et syrien.
 
La patience des Américains «n'est pas infinie, elle est même très limitée»
«La Russie doit comprendre que notre patience n’est pas infinie, a déclaré John Kerry. En fait, elle est même très limitée quant au fait de savoir si Assad va ou non être mis devant ses responsabilités» et faire taire les armes sous la pression de la Russie.
 
Même s’il a atténué ses propos d’une «demande de compte aux groupes armés de l’opposition», le message a été reçu 5 sur 5 par Moscou qui l’a aussitôt répercuté sur Damas.
 
C’est la première fois que le chef de la diplomatie américaine hausse ainsi le ton et que son porte-parole prévient que les Etats-Unis «examinaient activement les options à leur disposition».
 
Pour ne pas avoir l’air d’obtempérer aux ordres de Washington, Moscou a toutefois fixé une durée, 48 h, et indiqué qu’il s’agissait de «stabiliser la situation» sans plus de précision, confortant les doutes des observateurs sur la viabilité de ce nouveau cessez-le-feu.

Des pressions et des décisions sans garantie de résultat
«Cette trêve de quelques heures ne vise pas à arrêter le bain de sang et les massacres, s’est indigné l’OSDH, elle est un simple repos pour les assassins et les auteurs des tueries contre les Alepins et le peuple syrien».

Dans l’attente des retombées de cette nouvelle tentative de museler les armes et faire parvenir une aide humanitaire aux milliers de civils assiégés et affamés, l’épisode aura révélé un sens dans l'enchaînement des pressions et des décisions. Mais sans aucune garantie de résultat.

En effet, une source à Damas, citée par l'AFP, exprimait le mécontentement du régime après l'annonce de la trêve. «C'est toujours la même chose, chaque fois que l'armée avance au nord d'Alep et est sur le point d'assiéger la ville, la Russie intervient pour décréter un cessez-le-feu en connivence avec les Américains. Manifestement, Moscou ne veut pas que nous premions Alep», a encore conclu cette source.

En fin de journée, l'OSDH annonçait une reprise des frappes aériennes du régime contre les quartiers insurgés, qui auraient fait de nombreuses victimes.

 
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